‹ Pierre Simple (volume 3)Chapitre 131 sur 219 · CHAPITRE XVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII

veux que vous soyez chez moi le plus agréablement possible y et quand vous serez las de soigner votre ami , ma petite fille prendra votre place. Vous verrez que ce sera une bonne petite garde, M. Simple. La bonté du colonel m'arracha des larmes ; il me serra la main ; puis avertissant O'Brien que le diner était prêt , il appela sa fille , cette charmante enfant qui m'avait déjà soigné , et la pria de rester dans la chambre. — Céleste, lui dit-il, vous savez un peu d'anglais; il ne vous en faut pas davantage pour comprendre ce dont le malade aura besoin. Allez seulement chercher votre ouvrage, pour ne pas vous ennuyer lorsqu'il dormira. Céleste sortit un instant, revint avec sa broderie , et se plaça à mon chevet ; le colonel et O'Brien quittèrent alors la chambr©. Céleste se mit à broder, et tandis qu'elle avait les yeux baissés sur son ouvrage, je pus la regarder sans qu'elle s'en aperçut. Comme je l'ai déjà dit, c'était une ravissante petite fille; elle avait les cheveux châtain-clair, les yeux fort grands, et des sourcils dont l'arc semblait tiré au compas ; elle avait aussi la bouche et le nez parfaits ; mais ce qui me plaisait en elle, n'était pas tant chacun de ses traits, que l'expression de sa physionomie , où respiraient la grace , la modestie , la douceur et l'intelligence. Quand elle souriait , et rarement parlait-elle sans sourire, ses dents étaient comme deux rangées de petites perles.

Je ne l'eus pas regardée long-temps , qu'elle

leva les yeux de dessus son ouvrage, et sapercevaat que je la regardais : — Avez vous besoin... de quelque chose... besoin de boire»., dit-élle. Je parle si mal anglais.

— Non , merci , répondis-je. Je n'ai besoin que de sommeil.

— Alors... fermez... les yeux, répliqua-t-elle en souriant; puis, elle alla vers la croisée, et baissa les rideaux afm de rendre la chambre plus obscure* Mais je ne pus dormir ; le souvenir de tout ce qui venait d'arriver en une couple d'heures; ma blessure , et ma condition de prisonnier ; l'inquiétude qu'auraient, pensais -je , mon père et ma mère; la perspective d'aller en prison et d'être enfermé entre quatre murs quand je serais guéri ; tout cela me tournait dans la tète , et joint aux souffrances que me causait ma cuisse, m'empêcha de reposer un seul instant. La petite fille entrouvrit plusieurs fois le rideau pour voir si j'étais endormi et si j'avais besoin de quelque chose ; puis elle se remettait tout doucement sur sa chaise. Le soir, le chirurgien revitit; il me tâta le pouls , ordonna des applications démollients sur ma jambe qui était fort enflée et qui devenait fort douloureuse, et dit au colonel 0 Brien que, quoique j'eusse une fièvre violente, j'allais aussi bien qu'on pouvait l'attendre de mon état. Mais je ne m'étendrai ni sur les atroces douleurs que je souffris pendant les quinze jours qui suivirent l'extraction de la balle, ni sur les soins attentifs dont O'Brien, le

Page 1