‹ Pierre Simple (volume 3)Chapitre 130 sur 219 · CHAPITRE XVIir · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIir

dédire. En outre, songez que ce sont des Français qui nous interrogent, et en France votre noblesse ne ferait pas de dilïicuUë. Au surplus , Pierre , quand ils vous croiraient noble, où serait ie mal ?

— Je nai pas la force de discuter plus long-temps, OBrien; mais je voudrais que vous n'eussiez pas commis ce mensonge.

On questionna ensuite O'Brien sur son propre nom et sur le grade qu'il avait dans la marine. Quand il les eut énçucés, on lui demanda aussi s'il était noble .

r-^ Je suis un O'Brien, répondit-il; et, s'il vous plait , que signifie 10 qui précède mon nom si je ne suis pas noble ? Cependant vous pouvez , monsieur l'interprète , ajouter que par égard pour certaines convenances nous avons mis notre titre de côté. L'ofticiei" français partit d un long éclat de rire qui nous étonna beaucoup. L'interprète eut grand' peine à expliquer ce qu'avait répondu OBrien; mais, comme 0 Brien me lapprit plus tard , sa réponse avait été traduite dans un sens dubitatif.

L'interrogatoire fini , tout le monde quitta la chambre sauf lofficier, qui alors, à notre extrême surprise, s'adressa à nous en très bon anglais. — Messieurs , nous dit-il , j'ai obtenu pour vous , du gouverneur, la permission que vous restassiez che« moi, jusqu'à ce que M. Simple fut guéri. Mais il me faut, M. O'Brien, votre parole d'honneur que vous ne tenterez pas de vous évader. Consentez-vous à me la donner ?

O'Brien demeura stupéfait. — Par le ciel et l'enfer! sY'cria-t-il, vous parlez donc anglais, colonel ? Vraiment c'est mal à vous, de ne pas nous en avoir prévenus, car alors nous n'aurions pas jasé de nos petits secrets avec si peu de mystère.

— Bah ! M. O'Brien, repartit l'olTicier en souriant, ce n'était pas plus la peine à moi de vous l'apprendre qu'à vous-même de me dire que vous compreniez le français.

— Corbleu! s'écria O'Brien , comme j'ai été joliment pris dans mon propre piège ! Vous êtes Irlandais, je gage?

— Je suis effectivement d'origine irlandaise , répliqua le colonel , et mon nom est O'Brien , tout comme le vôtre. J'ai été élevé dans ce pays, faute de pouvoir servir le mien et y conserver la religion de mes pères. Je puis maintenant être regardé comme français, car il ne me reste de ma primitive patrie , que la langue, qui m'a été apprise par ma mère , et un sentiment de chaude sympathie pour tousles Anglais que je rencontre. Mais, à la question, M. O'Brien, voulez-vous me donner votre parole d'honneur .^

— La parole d'un Irlandais, et ma main par-dessus le marché, répondit O'Brien en serrant la main du colonel. Vous êtes ainsi plus que doublement sûr que je ne m'évaderai jamais et ne laisserai pas mon petit Pierre ici. Quant à l'emporter encore sur mon dos, j'en ai eu assez d'une fois.

— Il suffit, répliqua le colonel. M. O'Brien, je

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