‹ Pierre Simple (volume 3)Chapitre 134 sur 219 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

dre de nous tenir prêts sous deux jours à partir pour Toulon , où nous devions joindre un autre convoi de prisonniers et être conduits avec eux dans l'intérieur. Je ne raconterai pas la scène de nos adieux ; elle fut comme le lecteur doit se Vimaginer , infiniment cruelle. Je promis à Céleste de lui écrire , et elle promit de répondre à mes lettres si on le lui permettait. Nous serrâmes la main du colonel, nous le remerciâmes de toutes ses bontés , et à son grand rcp'ret , nous fûmes remis à la surveillance de deux cuirassiers français qui nous attendaient à la porte. Comme cependant nous préférâmes êti e encore prisonniers sur parole jusqu'à notre arrivée aux portes de Toulon , les soldats ne nous surveillèrent pas de très près , et nous partîmes à cheval , 0 Brien et moi marchant les premiers, les cuirassiers se tenant par derrière.

Tout le long de la route, nous pûmes, selon qu'il nous plut, aller le trot ou le pas. Le temps était délicieux , nous étions de bonne humeur , et nous oubliâmes presque que nous étions prisonniers. Les cuirassiers ne nous suivaient quà une distance de vingt ou trente toises , et causaient ensemble ; aussi O'Brien observa-t-il que c'était de la part du gouverneur une galanterie charmante de nous avoir donné deux domestiques en si belle livrée. Le soir du deuxième jour nous atteignîmes Toulon, et dès que nous en eûmes franchi les portes, nous fûmes livrés entre les mains d'un officier à physionomie

très sinistre, qui, après avoir échangé quelques mots avec les cuirassiers, nous annonça d'un ton bourru, que nous cessions d'être prisonniers sur parole , et qui nous remit à un caporal en le chargeant de nous conduire à la prison près de l'Arsenal. Nous donnâmes à chacun des cuirassiers un pour-boire de quatre dollars, à cause de leur politesse , et on nous emmena au lieu de notre captivité. Chemin faisant , j'avouai à 0 Brien que j'avais peur qu'il nous fallût dire adieu à toute espèce de bien être, — \ ous ?vez raison cette fois, Pierre , répliqua-t-il; mais il y a certain joyau , appelé l'espérance , qu'on trouve encore quelquefois au fond de son escarcelle lorsqu'elle est tout à fait vide , nous ne devons donc pas le perdre de vue , mais chercher à nous évader le plus tôt possible. Cependant , moins nous en parlerons , mieux vaudra. Au bout de quelques minutes nous parvînmes, à notre destination; la porte s'ouvrit, nous fûmes rudement poussés dans 1 intérieur d une salle, nous et nos vahses, car nous n'avions pris que peu d'effets pour le voyage , le colonel promettant de nous envoyer le reste aussitôt que nous lui aurions écrit pour linstruire du dépôt dans lequel nous serions placés , et quand les portes se refermèrent, quand les verroux furent tirés , je sentis une espèce de frisson me courir par tout le corps. Quand nous retrouvâmes l'usage de nos yeux, — car quoique la prison ne fût pas très obscure, néanmoins notre passage de l'éclat d'un beau jour à des

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