‹ Pierre Simple (volume 3)Chapitre 159 sur 219 · CHAPITRE XXri · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXri

vie qui n'avail jamais été vide. Buvez encore, Pierre.

— Impossible, O'Brien, ou je serais gris.

— N'importe ! buvez encore; songez que ces pauvres diables sont morts pour s'être endormis sur la neige. Pierre, ajouta-t-il en se levant soudain, vous ne coucherez pas ici; suivez-moi.

Vainement fis-je des objections. La nuit était presque venue, et il me mena vers le village, prés duquel il aperçut une cabane abandonnée. — Voilà un abri, Pierre. Entrez-y, couchez-vous, et dormez. Je veillerai, moi. Pas un mot! je le veux! entrez sur-le-champ.

Il me fallut obéir, et au bout de quelques minutes je dormais profondément, car j'étais accablé de froid et de fatigue. Nous avions marché pendant plusieurs nuits de suite, et le peu de repos que nous prenions pendant le jour ne nous faisait presque aucun bien. Oh ! combien je soupirai de fois pour un lit chaud et pour quatre ou cinq couvertures ! Dès que le crépuscule parut, O'Brien m'éveilla. Il était resté en sentinelle toute la nuit, et avait fort mauvaise mine.

— O'Brien, vous êtes malade? lui dis-je.

— Point, mais j'ai vidé tout le flacon, ce qui est une mauvaise plaisanterie pour vous. Toutefois, n'ayez pas peur, j'y remédirai.

— Nous regagnâmes alors le bois au milieu d'une pluie fme et d'un épais brouillard; car la température avait changé et le défi;el commençait. Le dépel était pire encore que la gelée, et nous sentîmes plus

rigoureusement le froid. O'Brien insista de nouveau pour que je dormisse dans la cabane, mais cette fois je refusai positivement, à moins qu'il n'y entrât luimême , et je lui démontrai que loin de courir ainsi plus de risques , peut-être en courions-nous moins que s'il restait dehors. Me voyant bien résolu, il se décida enfin, et nous gagnâmes tous deux notre gîte sans avoir été vus. Nous nous couchâmes, mais je ne m'endormis pas de quelque temps, afin de voii' si O'Brien s'endormait. Il sortit et rentra plusieurs fois tandis que je faisais semblant de dormir; enfin la pluie tomba à verse ; il revint se coucher, et au bout de quelques minutes, vaincu par la nature, il tomba dans un profond sommeil et ronfla si fort, que j'eus peur qu'on ne l'entendit du village. Je me levai alors et je veillai à mon tour, parfois me recouchant et dormant un peu, puis revenant à la porte.

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