CHAPITRE XXIV
Ce qui arriva àFlessingue, el ce qui arriva quand nous quittâmes Flessingue.
Une heure avant le jour nous partîmes ; plusieurs pieds de neige couvraient la terre, mais le ciel était pur, et ce fut sans aucune difficulté , qu'après avoir traversé les villes d'Axel et d Halst, nous arrivâmes à Terneùse le quatrième soir. De là , sans plus d obstacle, nous atteignimes Flessingue en compagnie d'une douzaine d autres traînards qui n'avaient pu suivre le corps principal. x\ notice arrivée , on nous demanda si nous étions des conscrits ; O'Brien fit une réponse affirmative, et montra sa feuille de route. On prit sur un registre ses noms et prénoms, ou plutôt ceux de l'individu à qui elle appartenait^ et on le prévint quil devait se présenter à l'état-major avant trois heures. Nous franchîmes la porte, enchantés de notre succès , et alors O'Brien tira la lettre que lui avait remise la cabaretière lorsqu'il se faisait passer pour gendarme , et qu'on avait voulu faciliter mon évasion. Il en lut l'adresse et demanda le chemin de la 1 ue qu'elle indiquait. Nous eûmes bientôt trouvé la maison et nous entrâmes.
— Des conscrits! s'écria la maîtresse de l'auberge, mais j en ai déjà de la cave au grenier. Il faut que ce soit une erreur ; où est votre billet de logement 1
— Lisez, répondit O'Brien en lui remettant la lelhv.
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Elle s'empressa de la lire, et la mettant sous son fichu, le pria de raccompagner. O'Brien me fit signe de venir, et elle nous mena dans une petite chambre. — Que puis-je faire pour vous ? dit la femme. Je ferai tout ce qui sera en mon pouvoir ; mais hélas ! vous quitterez cette ville sous deux ou trois jours?
— N'importe ! répliqua O'Brien, au reste nous en parlerons plus tard ; pour le quart-d'heure , ayez seulement la bonté de permettre que nous restions dans cette petite chambre; nous désirons ne pas être vus.
— Comment donc? vous êtes conscrits et vous avez peur qu'on vous voie ! Voudriez-vous par hasard déserter ?
— Une seule question : vous avez lu cette lettre ; votre intention est-elle d agir comme votre sœur vous en supplie?
— Je le jure, aussi vrai que je veux aller au ciel l C'est une excellente femme que ma sœur, et pour m'écrire en termes si pressants il faut qu'elle ait de puissants motifs. Ma maison et tout ce que je possède sont à votre service ; que puis-je dire de plus?
— Mais , continua O'Brien , à supposer que je veuille déserter, me prêteriez-vous encore secours?
— Au péril de ma vie. Vous avez secouru ma famille dans l'embarras,
— Eh bien! alors, pour le moment, je ne vous empêcherai pas plus long-temps de vaquera vos affaires ; je vous ai entendu appeler plusieurs fois. Faites-
nous dîner quand vous le pourrez; nous restons ici.
— Si je me connais en physio... je ne sais quoi , observa O'Brien quand elle fut sortie , il y a de l'honnêteté dans cette femme, et il faut que je me fie à elle, mais pas encoie, nous devons attendre le départ des conscrits. Je tombai d'accord avec 0 Brien; nous restâmes à causer ensemble, et au bout dune heure environ, la femme nous apporta notre diner.
— Comment vous appelez -vous? lui demanda O'Brien.
— Louise Eustache ; vous iiuriez pu le voir sur la lettre.
— Etes-vous mariée?
— Oui-dà, et depuis six ans. Mon mari se trouve rarement à la maison; il est pilote à Flessingue. Vie dure , plus dure même que celle de soldat. Qui est ce jeune homme?
— Mon frère , qui compte , si je deviens soldat, s'engager comme tambour.
— Pauvre enfant ! c'est dommage.
Le cabaret était plein de conscrits et d'autres gens, de sorte que l hôtesse avait assez à faire. Le soir, elle nous introduisit dans une petite chambre à coucher qui donnait dans la pièce que nous occupions. — Vous êtes tout à fait seuls ici, nous dit-elle ; les conscrits doivent être passés en revue demain, je crois, sur la place d armes, à deux heures ; avez-vous l'intention d'y aller?
— Non , réj)ondit O'Brien ; on croira que je suis