‹ Pierre Simple (volume 3)Chapitre 56 sur 219 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

Je fus couiTOucô au dernier point, et voulus tirer de nouveau mon poignard, mais elles m'avaient entouré et m'en empêchèrent. — Rappelez- vous que votre honneur est engagé , criai-je à la jeune femme en me débattant.

— Mon honneur ! que Dieu vous bénisse, Pierre ; moins nous en parlerons, mieux vaudra.

— Mais vous m'avez promis qu'on me laisserait tranquillement sortir, repris-je d'un ton de reproche.

— Oui , et vous sortirez ; mais souvenez-vous , Pierre , que vous êtes officier et gentilhomme , vous ne voudrez sûrement pas être assez ladre pour déguerpir sans nous régaler. Combien avez-vous d'argent dans votre gousset? Et sans me donner le temps de répondre, elle mit la main dans ma poche, et tira ma bourse, qu'elle ouvrit. — Tiens, Pierre, vous êtes aussi riche qu'un juif, reprit-elle tandis que les autres comptaient trente schellings sur la table. \ oyons, que nous permettez-vous de demander.*

— Tout ce qu'il vous plaira, répondis-je, pourvu que vous me relâchiez.

— Eh bien ! alors, va pour un gallon de gin. Sali, appelez madame Flanagan. Madame Flanagan, un gallon de gin et des verres propres.

Madame Flanagan reçut la majeure partie de mes espèces, et revint au bout d'une minute avec le gin et de grands verres.

— Maintenant, Pierre, mon amour, mettons-nous tous autour de la table et faisons i ihotte.

— Non, certes ! répliquai-je ; prenez mon ai gent, buvez le gin; mais , je vous en prie , laissez-moi aller. Elles ne m'écoutérent pas; je fus alors obligé de masseoir avec elles ; le gin circula et elles m'en firent avaler un verre qui faillit m'étouffer. Il eut cependant un bon eflet; il me donna du courage, et une ou deux minutes après je me crus de force à les combattre toutes. La porte de la chambre était du même côté que la cheminée , et je m'aperçus que le poker (1) qu'on avait laissé entre les barres de la grille , en était rouge. Quoique je fusse brûlant de fièvre, je me plaignis d'avoir froid, et j'allai avec leur permission me chauffer les mains. Aussitôt que j'atteignis le feu , j'empoignai le poker qui ressemblait à un tison, et le brandissant au-dessus de ma tête je me précipitai vers la porte. Elles s'élancèrent toutes pour me retenir; mais je portai à celle qui se trouva le plus prés de moi une botte qui la fit reculer avec un grand cri; je crois que je lui brûlai le nez. Profitant de la circonstance, je gagnai la rue sans me désaisir de mon arme, tandis que toutes les femmes me poursuivaient avec des vociférations et des hurlements. Je ne cessai de galoper et de brandir mon poker que quand je fus mouillé de sueur et qu'il fut tout- à-fait froid. Je me retournai alors et je vis que j'étais seul; il faisait fort noir; chaque maison était

(1) Barre de fer pour remuer le feu du charbon de terre. A. M.

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