‹ Pierre Simple (volume 3)Chapitre 55 sur 219 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

d'àme que dans mes lectures j'avais vus de grands hommes donner en face de la mort. Je regardai par le trou de la serrure , et je vis que les chandelles étaient rallumées , qu'il n'y avait plus que des femmes dans la chambre, qu'elles parlaient toutes ensemble, et ne pensaient point à moi. Mais, au bout d'une ou deux minutes , une autre femme arriva de la rue, avec ses longs cheveux noirs flottant sur ses épaules, et son bonnet à la main: — C'est bien , s'écria-t-elle , ils ont happé mon mari, mais qu'on me fouette si je n'ai pas encagé dans ce cabinet le petit aspirant , et il m'en tiendra lieu. — Je crus que j'allais mourir quand je remarquai le visage de cette mégère et que je m'aperçus qu'elle et plusieurs de ses compagnes se dirigeaient vers la porte pour l'ouvrir. Au moment où elle l'ouvrit, je tirai mon poignard , résolu à mourir en officier, et comme elles avançaient toutes, je me réfugiai dans un coin, brandissant mon arme sans dire un mot. — Bien î s'écria celle qui m avait fait prisonnier, je déclare que j'aime à voir un peu de gâchis après la tempête. Regardez donc le jeune mangeur de biscuits prêt à se battre. Tout beau ! mon amour, vous m'appartenez.

— Jamais ! arrière , ou il s'ous en adviendra mal ! m'écriai-je avec indignation. Et je levai mon poignard pour la tenir en respect. Je suis officier et gentilhomme.

— Sali, hurla l'odieuse femme, apportez un ba-

lai et un seau d'eau sale, et je vais lui ôter ce poignard des mains.

— ]Non , non , répliqua une jeune femme d'assez bonne mine , laissez-le-moi ; ne lui faites pas de mal. C'est vraiment un fort gentil bout d'homme. Comment vous appelez-vous , mignon ?

— Je me nomme Pierre Simple, répondis-je,'et suis officier du roi. Prenez donc garde à ce que vous ferez.

— N'ayez pas peur, Pierre ; on ne veut pas vous tuer ; mais il ne faut pas tirer votre poignard devant des dames ; ce n'est ni d'un officier ni d'un gentilhomme. Rengainez donc votre lame et montrez-vous bon enfant.

— Non , répondis-je , à moins que vous ne me promettiez qu'on me laissera tranquillement sortir d'ici.

— Je vous le promets , sur ma parole, Pierre; sur mon honneur. Cela vous suffit-il?

— Oui, mais il faut que tout le monde m'en promette autant.

— Sur notre honneur ! crièrent - elles toutes ensemble. Et n'en demandant pas davantage, remettant mon poignard dans le fourreau, j'allais quitter la chambre.

— Halte-là , Pierre ! fit la jeune femme qui avait pris ma défense; il me faut un l)aiser avant qu'on ne sorte. — Et à moi et à nous toutes aussi, s'écrièrent les autres coquines.

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