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Pierrefonds-les-Ruines et Pierrefonds-les-Bains

Si vous êtes touriste , si \ous aimez les vieux monuments , les ruines imposantes et grandioses , les sites pittoresques , les Lois épais et les eaux limpides , allez à Pierrefonds ! . . .

Si vous êtes malade — ou si vous croyez l'être, — si vous êtes atteint d'affections de l'estomac , de la poitrine ou du foie, de rhumatismes, de blessures anciennes, allez encore à Pierrefonds !

Pour nous y rendre , nous passons le plus ordinairement par Compiégnc. Si nous ne connaissons pas cette délicieuse ville , nous nous y arrêtons assez de temps pour visiter les ruines des fortifications, l'hôtel-de-ville, le musée Vivenel, l'église Saint- Jacques , le château.

Coïïipiégne, par son iaimonsc oi niagaiiir(uc ïovùi, par son chemin de fer et sa grariilc rivière , par le parc élégant de son baau château impérial, est bien ruiio des cités les plus agréables qu'on puisse rencontrer.

Il ne m'appartient pas d'en faire ici l'histoire ; j'en dirai un mot seulement — rien qu'un mot — pour ceux de mes lecteurs qui voudraient, en se rendant à Pierrefonds, suivre mon conseil et consacrer un peu de leurs instants à la charmante yille.

Gompicgne fut bâti par les Gaulois. — Il y a longtemps de cela comme on voit. — Clotaire y mourut en 50 1 ; et, aux combats sanglaats que s'y livrèrent les Francs , succédèrent bientôt des luttes moins terribles et moins farouches. La chasse attira succeosivement k Gompiègn e tous les rois de la première et de la seconde race ; — la ville fut agrandie; en 876, par Ghafles-le-Giiauve, qui lui donna le nom de Garlùp'jUs, Ea 1430, Gompiègne fut assiégé par les liourgaignons et par les Anglais : Jcanned'Arc y fut faite prisonnière, le 21 mai; les Anglais acharnés à sa mort, la firent condamner comme sorcière par un tribunal inique que présidiit l'évéque de Beauvais , Gauchon, — puisqu'il faut l'appeler par son nom !

Une page moins triste de l'histoire de Gompiègne est le fameux camp de Goudun, où Louis XIV rassembla soixante mille hommes pour étonner l'Europe, comme dit saint Simon a par une montre de puissance qu'elle » croyait avoir épuisée par une guerre longue et géné- » raie, et en môme temps, pour donner, et plus encore ») à madame de Maintenon , un superbe spectacle sous » le nom de Monseigneur le duc de Bourgogne. »

Boufflers qui commandait ce camp , crut qu'il était de £on devoir et de çon honrieur d'y manger sa fortune en fêtes qui émcrTeillèrent la cour et le Iloi d'Angleterre. Quand Louis XiY lui dit comme après la prise de Furnes : « Je suis content de vous, » le maréchal s'estiri] a heureux et n'eut point de regrets.

Louis XV \int ensuite. Il devait faire de Compiégne son séjour de prédilection cL lui donner ce luxe, cet éclat, cette magnificence de cour qui contribuèrent si puissamment à sa prospérité. Il ordonna à l'architecte Gabriel d'éleyer sur les ruines d'une antique maiEon de chasse, un château d'une splendeur toute royale. C'est celui que nous voyons aujourd'hui.

Le 27 mars iSiO, la ecur d'honneur du château de Compiégne s'ouvrit pour recevoir rarchiduchesse Marie- Louise d'Autriche. Par une attention délicate, l'Empereur avait voulu que la princesse se retrouvât à Compiégne en quelque sorte dans sa patrie. Ainsi , on avait préparé un appartement tout-à-fait identique à celui qu'elle occupait à Schœnbrun , et dans le parc, on avait élevé comme par enchantement un berceau de verdure, d'un kilomètre d'étendue , qui devait lui rappeler un autre berceau bien cher à son cœur.

Compiégne a été souvent , depuis le premier empire , témoin de chasses splendides. Par les souvenirs qu'il rappelle, par les monuments qui le -distinguent, il est digne de l'attention^ des archéologues et des touristes. Arrêtez-vous donc a Compiégne, ô vous qui allez à Pierrefonds, et si vous y séjournez, descendez à l'Hôtel de la Cloche , à cet ancien hôtel dont Alexandre Dumas

fait mention dans son Monte-Clirislo. — Les propriétaires, MM. Viiillemot et Morliêre, vous donneront tout le confortable que vous pourrez désirer ; ils ont un bon chef de cuisine, une bonne cave, et n*écorchent pas

trop les X'oyageurs.

Les omnibus pour Pierrefonds partent de ÏHôtel de la Cloche \ le prix en est de 2 francs pour Faller et le retour, et de 1 fr. 25 pour Fallcr seulement. Les personnes qui aiment leurs aises , et qui veulent voir commodément la forêt, peuvent trouver de bonnes calèches chez Roussel , place du Château, et chez Ozouf , rue du Chat-qui-tourne,

Pierrefonds n'est qu'à douze kilomètres de Compiégne. On y arrive par l'excellente route de Villers-Cotterets qui traverse la foret : impossible d'imaginer des sites plus pittoresques et plus séduisants.

Une fois à Pierrefonds , s'il vous faut un hôtel , vous n'avez que l'embarras du choix. Vous trouvez YHôkl des Bains, le Grand-Hôtel de Pierrefonds, Y Hôtel des Ruines , et Y Hôtel des Etrangers,

L'hôtel le plus confortable, et sans contredit le plus aristocratique, est Y Hôtel des Bains, Vous le remarquerez, dés votre arrivée, au milieu d'un délicieux parc, et coquettement assis sur les bords du grand étang. C'est une très-gracieuse maison de campagne , un moderne château qu'on a converti en hôtel. Il y a la tous les agréments de la vie champêtre ,. — de la vie de château s'entend ; — le casino et les jeux divers s'y trouvent ; on y a sous la main l'étang pour la pêche et pour le canotage ; on y rencontre un bon restaurant ; des remises et

des écuries y sont annexées ; enfin , c*est le rendez-vous de la bonne compagnie , et nous serons nécessairement obligé d* en parler encore, puisqu'il fait partie intégrante, pour ainsi dire , du bel établissement des bains , de cette nouYclIe heureuse fortune de Pier refonds. U Hôtel des Bains est géré par Madame d'Hovine. L'éloge de cette dame se trouve dans la bouche de tous ceux qui ont pu apprécier Tordre extrême et le bon goût qui régnent dans sa maison.

Le Grand Hôtel de Pierrefonds a pour lui un nouveau Vatel , le fameux Hochard , ancien chef de cuisine chez un ambassadeur. Je conviens volontiers que Hochard est un véritable talent dans l'art culinaire. J'ai toujours eu la reconnaissance de l'estomac , et chaque fois que j'ai eu l'occasion de bien dîner quelque part , je l'ai dit : Pourquoi non ? La cuisine du Grand Hôtel de Pierrefonds est fme et délicate ; les vins y sont bons et généreux : avis aux gourmets !

VHôtel des Ruines est tenu par Connétable-Terjus. J'ai ouï dire que M"^® Connétable s'entendait parfaitement à faire la cuisine de chasse , et qu elle excellait surtout dans la matelote et le lapin sauté.

Je n'aime pas à parler de ce que je ne connais pas ; c'est pourquoi je passe sous silence V Hôtel des Elrangers, Je crois, cependant, que c'est là qu'il faut descendre quand on vise à l'économie.

En dehors des hôtels , on trouve aussi dans Pierrefonds de petites maisons et des appartements meublés. On doit sous ce rapport désirer un progrès qui s'opérera évidemment au fur et à mesure de l'importance plus grande que

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ne peut manquer de prendre rétablissement des bains. Maintenant que vous êtes installé à Pierrefonds , ami lecteur, je gage que votre plus grand désir est de courir aux ruines du château féodal, et d'apprendre l'histoire de ses anciens seigneurs Je vais donc essayer de satisfaire votre curiosité, avant de vous entretenir de Pierrefonds moderne — de Pierrcfonds-lcs-Bains.

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Pierreibnds ctîiit renomme jadis autant par la force de son château que par la puissance de ses seigneurs. L'asi^ect seul des ruines majestueuses et sévères qui sont encore debout , montre assez quels pouvaient être la conduite et les desseins des premiers maîtres. Retranchés sur des hauteurs, Lien fortifiés dans leur château, ces hardis chevaliers réduisaient leurs plus nobles et plus vaillants voisins à la nécessite de les craindre et de rechercher leur alliance. Les églises, les monastères, les communautés d'habitants se plaçaient sous leur sauve-garde, moyennant des concessions de territoire et des redevances féodales. Pendant deux siècles, les seigneurs de Pierrefonds établirent leur domination sur une vaste étendue de pays, soit par'Jeur épée, soit parla protection qu'ils accordaient , et ils devinrent redoutables aux rois eux-mêmes.

Antérieurement au château dont nous admirons les

l restes, il en existait un autre, situé sur l'emplacement I qu'occupe à présent la ferme du Rocher. On ne sait pas au juste en quelle année fut édifié ce premier château , mais ce qui est certain, c'est qu'il remonte au-delà de 1,060. Une pente fort raid e le rendait inaccessible de plusieurs côtés. Un grand et majestueux donjon, accompagné de deux tours énormes par leur grosseur et par l'épaisseur de leurs murs, en défendait l'accès du côté de la plaine de Béronne, Des fossés profonds, des redoutes, et toutes sortes d'ouvrages avancés couvraient une partie de cette plaine On dit que cet ancien château fut construit avec les débris d'une maison royale qu'on appelait le palais du Ghesne , et qui était établie a peu de distance du Chéne-Herbelot. Sous les rois de la seconde race, on y aurait tenu des parlements et des assemblées de la nation. Les premiers seigneurs de Pierrefonds étaient châtelains de cette maison royale, et comme ils vivaient au temps où les Normands ravageaient la France , ils durent se fortifier le mieux possible : par leur valeur, ils s'acquirent une renommée qui s'étendit au loin.

Les anciens châteaux-forts n'avaient d'abord été construits que pour servir de barrière aux invasions des cn-^ ncmis du dehors. Ce ne fut que plus tard qu'ils devinrent pour la plupart le séjour de seigneurs orgueilleux, occupés à lever des impôts arbitraires sur des voisins qu'ils auraient dû défendre et protéger.

Quand le premier château de Pierrefonds tomba en ruines, que ses logements ne furent plus assez vastes.

ni assez commodes, quand il parut indigne d'un domaine royal , Louis d'Orléans, frère de Charles YI , et premier duc de Valois, jugea à propos de Fabandonner aux religieux de Saint-Sulpice et de Saint-Mesmes , et d'en élever un nouveau qui fut un véritable chef-d'œuvre d'architecture (1).

A l'est, et non loin de Tancien édifice , était une croupe de montagne qui s'avançait dans la vallée , et que la nature semblait avoir disposée pour rétablissement d'une grande forteresse. Ce fut là qu'en 1390 on construisit le second château de Pierre fonds.

Les historiens qui ont pu le voir avant 1617 n'en parlent qu'avec admiration. Monstrelet le nomme un châtel moult bel , et ptmsamment édijié; il ajoute qtcil était mouU fort défensaUe , bien garni et rempli de toutes choses appartenant à la guerre.

Le château avait la forme d'un trapèze ir régulier; sa surface était d'environ 6,390 m êtres ^^^^ Une haute muraille , surmontée"" '^3^n double chemin de ronde avec créneaux et mâchicoulis , reliait les sept tours circulaires, qui formaient comme autant de petites forteresses où quelques hommes pouvaient résister avec succès à un grand nombre. Quatre de ces

(1) Thibaut de Pierrefonds avait fondé vers le douzième siècle le prieuré établi dans le château en l'honneur de saint Sulpice, et y avait établi des religieux de Marmoiitier. On sait que ces derniers étaient des moines bénédictins dont la maison principale était située près de Tours.

Un siècle plus tard , Nivelon II avait fait don au prieuré de Sainl-Sulpice de Téglise de Saint-Mesmes, située pareillement dans l'enclos de son château.

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tours coiïpaicnt les angles de Fcnceirite; les trois autres étaient au milieu de chacun des côtés de Test, du nord et de l'ouest. La tour de l'est , d'une saillie extérieure considérable , renfermait la chapelle dédiée à saint Jacques. Le donjon, se trouvait prés de l'angle sud-est, il était couvert d'une terrasse avec parapet crénelé, et flanqué à chacun de ses angles d'une guérite ronde en encorbellement. C'était la demeure du seigneur et le dépôt des archives. Enfin, d'autres bâtiments destinés aux gens de la suite , aux offices , aux cuidnes et à tous les accessoires d'une maison princiére, étaient adossés au mur d'enceinte , à droite et à gauche de l'entrée principale. Cette entrée, couverte de sculptures représentant des têtes de sangliers et de loups, était flanquée de tourelles et protégée d'un haut corps-de-garde. Il fallait franchir des fossés et plusieurs ponts-levis pour arriver dans la grande cour où se trouvaient les remises et les écuries. Les tours et les murs de ce château étaient assis sur le roc. Les tours avaient 36 métrés de hauteur en maçonnerie , et comme le roc ne couvrait pas toute la surface de la montagne, on profita des intervalles pour établir des galeries et des caves.

Le château de Pierrefonds était l'un des plus formidables du moyen-âge. Tout le soin qu^on avait apporté a sa construction militaire, n'avait pas empêché d'en foire à l'intérieur un lieu de luxe et de délices. Quand ils n'étaient pas en campagne, les seigneurs y trouvaient d'aimables distractions. Rien ne manquait à leur sensualité , ni la bonne chère, ni le bon vin , ni les folles maît resses. Au reste , ils avaient cela de commun avec tant

d'autres puissants de Li terre, et leur vie se partageait entre ies combats , les amours faciles , les plaisirs de la table et ceux de lâchasse.

Plan géométi'al du second château de Pierrefonds.

Mais il nous faut reprendre de plus haut. Après avoir donné une description du dernier château de Pierrefonds , nous devons revenir à l'histoire des puissants seigneurs qui ont ajouté par leurs succès , et merae par leurs revers, un nouvel intérêt aux ruines que nous voulons visiter.

L'origine des premiers seigneurs de Pierrefonds est fort obscure : on ne connaît exactement leur lignée

qu'à partir du onzième siècle. Nivelon l*^% de Pierrefonds, fils de Nicolas P^ assista à l'assemblée des grands du royaume, tenue à Laon en 1047 par le roi Henri l"'. Son nom figure sur une charte royale qui prescrit la restitution d'un bien usurpé sur le monastère de Saint-Médard de Soissons.

Il possédait , outre la terre de Pierrefonds, une portion considérable de la forêt de Cuise (1) et de celle de Fietz, diverses seigneuries , bon nombre de bénéfices , des cures, des prieurés, des vicomtes, des dîmes ; en un mot, son immense chfitellenie s'étendait, d'un côté, jusqu'au faubourg de Crise de Soissons, et de l'autre, jusqu'au Bourgct , prés de Paris. Nivelon était redoutable pour ses voisins , car il pouvait en peu de temps rassembler « de ses avoueries » plusieurs corps de troupes de vassaux dont il donnait le commandement à des chevaliers exercés dans le métier des armes.

Quoiqu'il eût reçu de ses aïeux la plus grande partie des immenses biens dont il jouissait , il lui vint des scrupules sur la façon dont ils avaient été acquis. Il pensa donc faire pardonner de nombreuses exactions, en fondant une église collégiale pour les habitants du bourg, à la place d'une chapelle fort étroite , qui se trouvait au bas de la montagne. A cette époque, il y avait déjà un bourg de Pierrefonds, peuplé de familles qui avaient abandonné les campagnes voisines pour venir implorer du seigneur des secours en cas d'attaque, et se réfugier au besoin dans l'immense forteresse par des conduits souterrains.

{i) La forêt de Cwise devint en 1340 la forêt d« Compiègne.

La nouvelle église fut placée sous l'invocation de saint Sulpice. Nivelon y fonda un chapitre de chanoines, et y plaça comme doyen son frère Thibaud , depuis évêque de Soissons. Quand vint sa mort , vers 1072 , il fut inhumé dans un caveau attenant à cette église. Les historiens ont conservé son inscription funéraire comme un monument des temps féodaux ; en voici la traduction : Ci GIT Nivelon I, seigneur de Pierrefonds, qui a

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