‹ Pierrefonds-les-Ruines et Pierrefonds-les-BainsChapitre 2 sur 7 · FONDÉ CE LIEU, ET QUI A FAIT LE PRIEUR SON PAIR DE · texte numérisé non relu

FONDÉ CE LIEU, ET QUI A FAIT LE PRIEUR SON PAIR DE

FIEF ET DE NOBLESSE, Au treizième siècle, le nombre des pairs de cette châtellenie s'élevait à soixante. Le droit de pairie appartenait à certains fiefs ; il fallait être noble pour l'exercer.

Nivelon eut cinq enfants : Jean auquel il donna le vicomte de Cheîle; Pierre qui devint la tige des seigneurs de Yic-sur-Aisne ; Hugues , élu à l'évéché de Soissons ; Arnould, mort sans postérité, et Nivelon II, héritier, comme aîné , de la châtellenie.

Nivelon II alla mourir en Terre-Sainte en 1102, avec son frère, Tévêque de Soissons. Ses successeurs furent : Drogon ou Dreux qui s^occupa pendant toute sa vie d'étendre et d'embellir sa seigneurie ; Dreux II , qui se fît connaître surtout par ses contestations avec plusieurs établissements religieux dont il avait pris les biens; et Nivelon III qui, étant mort en 1174 sans enfants , laissa ce qu'il possédait à sa sœur Agathe de Pierrefonds. Celle-ci épousa Conon , comte de Soissons d'un despotisme extraordinaire. Il s'emparait de tous les domaines à sa convenance, y mettait des garnisons, et bravait jusqu'à l'autorité du roi, Conon n'eut pas d'en-

fants, et, avec sa veuve, s'éteignit la première maison de Pierrcfondev. Les biens immenses que possédait Agathe, furent divisés entre ses collatéraux.

Mais le roi Philippe-Auguste avait résolu d'annihiler la puissance des seigneurs de Pierrefonds, dont la force et le crédit avaient souvent balancé l'autorité de ses prédécesseurs. Il se fit donc céder, en 1193, par Gaucher de Châtillon, comte de Saint-Pol et bouteillier de Champagne , la part que celui-ci pouvait avoir sur Pierrefonds , moyennant quatre-vingts livres de rentes , à prendre sur Clichy-la-Garenne et sur Montreuil-aux- Bois, Avant la mort d'Agathe, en 1180, Philippe- Auguste avait déjà traité avec Nivelon, évoque de Soissons , de tous les droits auxquels il pouvait prétendre sur la seigneurie et sur le château de Pierrefonds. La clause principale de cette cession portait que Nivelon et les évêques ses successeurs seraient déchargés du droit de gîte qu'ils devaient annuellement au roi.

En 1183, Agathe de Pierrefonds avait donné aux religieux de Longpont quelques biens dépendant de son domaine. Le roi racheta ces biens dans la dernière année de son régne, et tenta même de s'approprier ce qui restait encore de la seigneurie de Pierrefonds. Il confia Fadministration de la châtellenie à des baillis et à des prévôts qui exerçaient en même temps les fonctions de receveurs et déjuges. Quant à la jouissance des bâtiments du château , elle fut abandonnée aux religieux de Saint- Sulpice. La vicomte de Pierrefonds que Philippe-Auguste ne put acquérir, fut possédée pendant plusieurs siècles par des descendants de Jean de Pierrefonds, du nom

de Morienvai. Ce domaine passa dans le IS'^ siècle aux mains de Raoul de Vienne , sciaiieur d'Autreval , et devint ensuite la propriété de la maison d'Estrées , branche de Cœuvres. Le maréclial d'Estrées portait encore , en 1668 , le titre de \iromte de Pierrefonds que ses descendants conservèrent.

Les habitants du bourg de Pierrefonds- jouissaient d'une charte de commune , que Philippe-Auguste renouvela et confirma d'autant plus volontiers, que les privilèges qu'elle accordait tendaient h l'anéantissement des fieffés du château. Ainsi, cette charte proscrivait l'exercice des droits de servitude, de main-morte et de for-mariage, sous la condition, cependant, que les hommes affranchis ne pourraient contracter d'alliance avec les « serves » des lieux voisins. Les bourgeois de Pierrefonds devaient fournir au roi, en retour de celte immunité, soixante sergents et une voiture à quatre chevaux. Les arriérefiefs payaient d'ailleuïs des redevances particulières. Saint Louis ratifia ces privilèges. Suivant un compte de 1202, on sait que la terre de Pierrefonds rapportait annuellement au roi onze cent cinquante livres.

La châtcllenie de Pierrefonds était déjà réunie au Valois, lorsque saint Louis donna ce pays à la reine Blanche, sa mère. A la mort de la princesse , le roi disposa de la seigneurie en faveur de son fds Tristan , et quand celuici vint à mourir, en 1270, sa veuve Yolande perçut un revenu de 2,000 livres sur les domaines de Pierefonds et de Viviers. Le Valois fit alors retour à la couronne.

Les mardi 23 et mercredi 24 ociobrc 1308 , Philippele-Bel séjourna au château de Pierrefonds.

Depuis qu'elle était tombée dans le domaine royal , la seigneurie de Pierrefonds avait vu s'éteindre un à un ses privilèges: ce ne fut que sous Louis d'Orléans, premier duc de Valois, quelle reprit une véritable importance. On sait que la seconde forteresse fut établie, en 1390, par les soins de ce prince , la première ayant été abandonnée, ainsi que nous l'avons dit, aux religieux de Saint-Sulpice.

Louis d'Oriéans ne voulait pas seulement élever un monument qui fût digne d'un domaine royal, il tenait aussi à augmenter le nombre des places de sûreté. A peine le second château de Pierrefonds fut-il achevé, en 1407, qu'il fut assiégé par les Bourguignons. Bosquiaux , célèbre oriéaniste, le défendit vigoureusement , poursuivit ses ennemis dans leur retraite , et les contraignit d'abandonner les tours d'Amblemy, de Viviers , de Gourtieux qu'ils tenaient bloquées.

^ Le château de Pierrefonds pouvait opposer une résistance longue et vigoureuse. Au moyen -âge, les moyens de défense étaient supérieurs aux moyens d'attaque, et toute place était imprenable de vive force quand elle était située dans un lieu de difficile accès, et que ses remparts étaient assez élevés pour braver l'escalade ou la sape. Le château de Pierrefonds se trouvait défendu naturellement par ses fortifications, et Bosquiaux y avait une garnison et des munitions importantes.

En 141 1 , quand Valéran , comte de Saint-Pol , se présenta à la tête des Bourguignons pour mettre de nouveau le siège devant la place, Bosquiaux, quoiqu'on mesure

de résister et de triompher de ses ennemis , paraissait décidé à se rendre. On suppose qu'il avait reçu des ordres secrets du duc d'Orléans, qu'il devait livrer le château et tirer de sa capitulation le meilleur parti possible , plutôt que de laisser endommager par un siège un tel chef-d'œuvre d'architecture. Le duc savait bien , d'ailleurs , que Pierrefonds lui serait aisément restitué , quand il aurait fait la paix avec le roi son oncle.

Bosquiaux dicta donc des conditions au comte de Saint- Pol. Ainsi, il demanda qu'on lui payât deux mille écus d'or comptant; que la dame de Gancourt reçût un saufconduit pour se rendre au château de Coucy ; que la liberté fût donnée, à lui et à ses gens, d'emporter leurs effets, et que tous sortissent avec les honneurs de la guerre. Bosquiaux évacua le château ; le comte de Saint-Fol en prit possession , et s*en fit nommer gouverneur par le roi.

Après la paix d'Auxerre , signée vers la fin de l'année 1412 , le duc d'Orléans rentra dans les bonnes grâces du roi. Tous ceux de ses biens qui avaient été pris ou confisqués lui furent rendus, mais le comte de Saint-Pol, qui commandait à Côucy et à Pierrefonds, refusa de lui restituer ces deux forteresses.

Le roi cependant prit parti pour le duc d'Orléans et pressa Valéran d'abandonner Pierrefonds, Le comte fit de trés-justes représentations : il dit qu'on l'avait nommé à perpétuité capitaine de Pierrefonds; qu'il avait déboursé deux mille écus d'or pour en obtenir la conservation ; que les préparatifs du siège lui avaient coûté de fortes sommes, et qu'il restituerait Pierrefonds et

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Coucy si on lui accordait des dédommagements conve-

nables.

Quelques légitimes que parussent les demandes de

Valéran, on ne put y souscrire. L'État était trop obéré

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alors, et les finances du duc d'Orléans suffisaient à peine à soutenir sa maison. Valéran, pressé de toutes parts , se détermina à céder ; mais il voulut en même

temps tirer vengeance des procédés du prince , et avant de rendre le château, il y fit mettre le feu en diffé-

rents endroits. Le progrès des flammes fut terrible : elles consumèrent en peu d'instants la plus grande partie des

1 toits et endommagèrent même les couronnements de quelques-unes des tours. Celle de la chapelle, surtout, eut beaucoup à souffrir. Le comte de Saint-Pol prétendit

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