‹ Pierrot amoureux; acte en versChapitre 1 sur 8 · SCENE I · texte numérisé non relu

SCENE I

PIERROT seul {Se levant après une pause)

0 lune ! belle lune aux blancs rayons d'opale

Qui vagues doucement sur les grands lacs d'eau pâle,

Qui couvres les forêts de rayons irrisés,

Qui jettes tes lueurs aux grands bois hérissés,

Je t'aime ! ô blanche lune ! oh ! crois-moi donc, je t'aime !

Et jetterais à tout, ici-bas, l'anathème,

Haïrais le soleil et les bois et les monts. Livrerais la nature aux satans, aux démons, — Qu'au cœur me resterait la douceur de ton culte. Et que je chanterais toujours ta gloire occulte !

{i'f)e pause. Il soupire, se rassied, puis, petuif)

Mais, grand Dieu ! quel amour pour toi brillante aux cieux î J'ai beau lever vers toi, tout suppliant, les yeux, T'implorer à genoux, t'adresser ma prière. Tu restes insensible et froide comme pierre. Immobile et raillant mon amour insensé ! Et tandis que je suis — folie ! — à t'encenser. Je te vois impassible en ton grand ciel sans voiles ! Tes cadettes, tes sœurs, les brillantes étoiles Scintillent dans les cieux, se trahissent au moins.. . Elles sont, au zénith, les éternels téznoins De ta froideur de marbre... {Très triste) et puis de ma souf-

[france î

{Une pauie. Se levant)

Ah ! mon Dieu, non, vraiment, — je n'ai plus d'espérance : Poète malheureux, — errant dans les grands bois. Ayant le ciel pour dôme et possédant pour toits Les arbres d'alentour ! — Enfant de Pampelune Eghezée ou Namur, («mer) et.... l'amant de la lune !

{Avec chaleur)

Et pourtant je sens là, qui vibre tout en moi. Je ne sais quel désir, — je ne sais quelle foi. Je sens que de mon être il faut que flamme naisse. Je me sens torturé des feux de ma jeunesse !

Et j'attends quelque chose.... et je ne sais point quoi !

{Une pause. Puis comique) Entretemps, mon Pierrot, il te faut tenir coi !

(Lyrique) Ah ! non, décidément, la vie est bien infâme !...

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