DIANE
Les temps sont revenus des humaines tendresses. Un invincible appel m'attire dans ces bois, Comme aux jours anciens oij la tremblante voix D'un berger mérita mes divines caresses.
O pâle Endymion dans le soir endormi, L'amour inconsistant des filles de la terre Ne pouvait assouvir ton noble cœur austère Et le bois solitaire était ton seul ami.
Les frivoles chansons qui partaient de ces bouches Que le soleil d'Hellas mûrissait comme un fruit Etaient pour ton oreille un insipide bruit Et, seul, tu t'enfuyais dans les antres farouches.
Ces voix ne charmaient point ton angoisseetlesmots D'amour qui s'envolaient de ces lèvres rieuses Ne pouvaient, en toffrant des nuits mystérieuses, Ni rafraîchir ton cœur ni consoler tes maux.
Sans doute tu savais, esprit rempli d'un songe, Que tous leurs grands serments en une heure oubliés, Que leurs aveux en vain toujours multipliés N'étaient que parodie et n'étaient que mensonge.
Ou peut-être qu'épris d'un idéal trop grand, Quelque enfant, d'une main inconsciente et sûre, Un jour, on se jouant, t'avait fait la blessure Dont ton cœur languissait et s'en allait mourant.
Aussi dans le silence et dans la solitude Des bois où nul humain ne pénétrait jamais, Dans les retraits obscurs des forêts que j'aimais, Tu venais promener ta sourde inquiétude.
Quand mon disque montait au nocturne horizon, Quand mon pâle sourire éclairait la clairière. Tu venais murmurer une vague prière, Le front dans ma clarté, les pieds dans le gazon.
Moi qu'on nommait la Chaste entre les Immortelles, Tu venais épancher dans mon sein tes douleurs, Tu venais attester mes hautaines pâleurs Qu'il est de purs désirs et des amours fidèles.
Sentant un cœur de femme en ma sérénité. Mais un cœur immuable et qui vaut qu'on si fie, Qiii, sans vils abandons, se donne pour la vie. Ton pur amour montait vers ma haute beauté
Et, pendant une nuit pacifique et clémente. Je descendis pour toi de mon trône lointain. Et je mis, jusqu'à l'heure où tremble le matin, Sur ton front et tes yeux ma caresse calmante.
Est-ce ta voix encor que j'entends aujourd'hui? Non ! les temps ne sont plus de la divine Hellade. Le repos maintenant a pris ton cœur malade, Et, depuis, ma clarté bien des siècles a lui.
Mais la même douleur d'amours trop mensongères, Depuis que tu n'es plus, a, bien des fois, brisé Des cœurs, et plus d'un rêve encore est écrasé Par de petites mains que l'on croyait légères.
Elle se tourne vers le tertre où dort Pierrot.
Ces longs vêtements blancs flottant autour du corps Me rappellent un peu le peplos des Hellènes. Aussi j'irai vers toi, propice et les mains pleines Du doux apaisement, ô jeune homme qui dors.
Mais... je le reconnais à son sourire pâle! C'est mon ami Pierrot, c'est mon dernier amant. Le rêveur aux yeux ronds ouverts candidement, Au teint blafard sur qui jamais ne mord le hâlel
Pierrot ! homme de plume, excentrique rôdeur, Va, je te connais bien. Que de fois la nuit brune T'a vu, le nez en l'air, amoureux de la lune, Un espoir ingénu dans ton masque boudeur.
Un hommage naïf est un homm.ige encore. Aussi je t'ai souri plus d'une fois d'en haut, Ame simple, jeune homme exquis et sans défaut, Toi que ton innocence indicible décore.
Et je puis bien aller vers toi, dans l'irréel. Etre indécis, issu d'un caprice et d'un rêve. Moi qui suis née un soir du soupir qui soulève L'âme humaine vers l'astre et l'immatériel.
Car tu n'es comme moi d'aucun temps, d'aucun monde Tu m'aimes de tout temps sans jamais te lasser. Et les hommes toujours te reverront passer Gardant ta rêverie extatique et profonde.
Eh! quoi, mon pauvre ami, des méchants, des vilains, T'ont raillé, t'ont fait mal, et dans la nuit tu pleures. Et tu viens, recourant au seul amour sans leurres, Me montrer tes bobos, et, tiiste, tu te plains!
Eh brien, Endymion, je viens dans les fougères; Mes yeux caresseront ton front pour t'apaiser, je fermerai ta bouche avec un long baiser, Et je clorai tes yeux avec mes mains légères.
Elle s'approche de Pierrot, et se penche vers lui. I es voix. Diane se retire dans un taillis qui s'épaissit sur elle.