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Mais je compte aussi des partisans dans les Salons printaniers, du côté Artistes français et Société Nationale. Jean- Gabriel Domergue s'avère un des plus chauds. Et il est chaud par la palette aussi. Il me profile, penché devant une marquise minaudière, dans sa Leçon d'amour dans un parc. Et dans une autre scène, cet élégant coloriste dresse une svelle Colombine s’apandonnant à l’étreinte de ce rêveur de Pierrot, cependant qu'elle laisse poser à Arlequin un tendre baisemain sur ses doigts.
Paul-Albert Laurens reprend le thème inépuisable de l'éternel trio. Colombine déguisée en sultane, à l'instar de la princesse Murat, étendue sur un divan, paraît disposée à écouter Arlequin, cependant qu’à l’autre bout, Pierrot, à genoux, tend à la coquetle un large bouquet de roses incarnates, au col de papier blanc. Henri Montassier, dans ses mascarades follement gricieuses, ne saurait oublier le blanc compagnon qu’il figure volontiers sautillant avec insouciance.
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Le plâtre, le marbre, la pierre fournissent aux sculpteurs une matière dont la blancheur se prête bien au mourlage ou à la taille directe des effigies du blanc Pierrot. Bristol est le père d'un petit Pierrot adolescent exposé naguère au grand Salon. Patlagean et, avec lui, d’autres statuaires, ont mêlé souvent au blanc peuple des stalues, dans les expositions, des Pierrots. Mais celui d'André Vermare a élé coulé dans le bronze, et, le mime Georges Wague ayant servi de modèle, il ne pouvait que se présenter délicat, expressif, distingué d’allures. Mais revenons aux . peintres.
- Le peintre fantaisiste Chéret ne manque pas de comprendre et de mettre presque toujours au premier plan le blanc amoureux de la lune parmi sa farandole bigarrée de personnages de la Comédie-Italienne, qu'il a reprise si souvent et avec quoi il a encore décoré le rideau vivant de l’ancien théâtre Grévin. Chéret s’est également
Epouarp-Marcez SANDOZ
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servi du même personnage enfariné pour personnifier la pantomime sur l'un des quatre panneaux d’un paravent exécuté en tapisserie par la manufacture des Gobelins, sur l'intelligence initiative de Gustave Geffrov.
Pourtant, dans le domaine de la fantaisie, celui qui m'a le plus souvent dessiné et peint c'est le maître Willetle.
Dans ses grandes compositions décoratives, dans ses silhouettes pour le Chat Noir, dans ses dessins pour les journaux, il m'a figuré, avec une variété toujours renouvelée, une inépuisable verve, tantôt enfantin, pareil à quelque angelot se découpant non sur un ciel de Boucher, mais sur un ciel montmartrois, tantôt müûri, satirique et amer. Willette a même eu l'audace de concevoir le Pierrot vêtu de noir, mais il a apporté dans son innovation, un tantinet sacrilège, tellement d'esprit qu'en modifiant du blanc au noir mon vêtement, il n’a pas changé pourtant l'essentiel de mon caractère. Le grand
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Willette, qui a même publié pendant un certain temps un journal, le Pierrot, s'est pénétré de ce type jusqu'à S'identifier presque avec lui. On a surnommé Willette le Pierrot, de même qu'on l'avait fait pour Banville.
Pour m'éviter, comme l'a dit le poète du Baiser lui-même, Banville, des transitions plus grosses que des câbles, Willette me fournit le moyen, l'échelle, pour passer aisément des peintres chez les humoristes. Car le maître Willette, peintre et humoriste, réunit en lui les deux genres. Les humoristes, vous le pensez bien, se disputent mon drôle de corps. Pierrot est aussi indispensable à une exposition de l'Humour qu'il l'est à la représentation d’une pantomime. Il n'y à pas un Salon d'Humoristes où l'on ne s'arrête devant une de mes attitudes comiques, où l’on ne s'amuse d’un de mes mots les plus drôles. Et on lit au-dessous la signature de Léandre, de Neumont, de Louis Morin, d'André Warnod, de tant d'autres.
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Avec les Humoristes, voisinent les dessinateurs des élégances modernes, les illustrateurs raffinés des publicetions de choix. Ceux-ci, les Brunelleschi, Gir, Georges Barbier, Siméon, Fortuné Paillot, Lorenzi, Manuel Orazi, devaient tout naturellement ne pas dédaigner « le dandy de la lune » ainsi baptisé par Jules Laforgue. Et Pierrot s'étale élégamment attifé, pomponné, empoudré, pimpant, aux devantures des librairies, à tous les kiosques de journaux, non seulement aux jours de Carnaval, mais tout au long de l’année, sur lies couvertures de la Vie Parisienne, de Je Sais Tout, de Vogue, etc. Il me faudrait, pour être complet, citer tous les journaux illustrés. Je demeure donc très connu. Je l'emporte même sur M. Mandel dont la célébrité sera moins durable que la mienne.
Une des marques de la gloire consiste à être pris pour modèle dans l’ornementation des bbelots, des têtes de pipe, ou des pots à tabac. Cette marque,
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Pierrot n'a pas à l’envier. Un sculpteur de talent et de goût, Edouard-Marcel Sandoz a réalisé toute une série de Pierrots exécutés en porcelaine de Limoges et qui se trouvent en vente dans tous les grands magasins. On confectionne avec mon personnage de curieuses poupées modernes en étoffe. Et celles-ci ne sont que les descendantes des pittoresques marionnettes habillées de Séraphin, à la fin du dix-huitième siècle.
Je deviens même un sujet pour la réclame des produits pharmaceutiques, des savons et des parfums. Songez à la ouate thermogène et au Pierrot qui crache le feu. Songez au Parfum Tendre, au Tong et fin Pierrot, debout, en extase, les mains jointes, devant le flacon d'odeur que lui présente une blonde Colombine dont la robe rappelle les pétales d'une large rose. Songez au Pierrot à la bulle de savon, à celui qui se rase et à tous leurs frères de l'affiche, tous plus ingénieux les uns que les autres. Et je n'ai pas touché d'argent pour
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ces diverses publicités. Je ne suis pas un homme d'affaires ; j'ai toujours la bourse plate.
Mais j'inspirerai les artistes, les poètes et les peintres de demain comme j'ai inspiré ceux d'hier. Car Pierrot représente ce qui ne meurt pas. Il est le blanc jet d’eau jaillissant de l'âme et retombant en harmonieux murmures ; il personnifle l'émotion du poète, le cœur fervent de l’amoureux, la fantaisie de l'esprit, la poursuite du rêve. Il reste, non je valet, mais Île page de la lune. Et il y aura toujours des rêveurs à la lune qui tourneront leurs yeux
Yers l'ami Pierrot pour qu’il intercède
auprès de sa reine.