Scène I
Iierrot, sa mandoline sous le bras, revient tout [penaud d’une fredaine avec la Lune. Il regrette amèrement la nouvelle infidélité qu’il a faite à Colombine. Il se mord les doigts d’un air contrit et se frappe la poitrine, furieusement.
Jamais plus il ne se laissera prendre par cette enjôleuse de là-haut, cette sirène, près de laquelle, d’ailleurs, il ne trouve que déception. Mirage, rien bue mirage ! Il montre le poing au ciel vide.
Il s’en va, méloncoliquement, poser sa mandoline sur le banc du jardin. Puis il se dirige vers la maison.
Hélas ! comment le recevra sa chère Colombine qu’il a quittée si méchamment depuis trois grands jours ? Il l’aime pourtant bien, sa Colombine, d’un amour sincère et profond....
Le voilà devant la porte. Il hésite, il n’ose pas entrer : son cœur bat à se rompre. Décidément, il n’aura pas le courage d’affronter la juste colère de Colombine !.... Il revient vers le banc et s’y assied, le visage empreint d’une grande tristesse.
De temps a autre, il lève les yeux vers la fenêtre où il espère voir apparaître Colombine. Il tousse même légèrement pour attirer son attention. Mais la fenêtre reste close.
Enfin, il s’arme de courage et va frapper a la porte. Colombine ouvre la fenêtre et, apercevant Pierrot qui joint les mains d’un air suppliant, elle lui fait signe de retourner auprès de la Lune. Elle referme la tenêtre bruyamment, mais elle reste derrière la pcrsienne pour observer, sans être vue.
Pierrot, navré, retourne à son banc. La tête entre les mains, il s’abîme dans une insondable douleur. Tout est fini cette fois, bien fini. Colombine ne lui pardonnera pas.
Il pleure. Que faire de l’existence sans Colombine ?
Il n’a plus qu’à mourir, à mettre fin, lui-même, à une vie désormais malheureuse. Il se tuera.
Mais quel genre de mort va-t-il choisir ? Un bon coup de poignard dans le cœur ?.. Il prend son poignard et en appuie la pointe sur sa poitrine. Non, pas ça... L’idée de son sang coulant, rouge, sur son vêtement blanc, lui fait horreur. Il jette le poignard.
La strangulation ?... Mais on tire la langue affreusement ; on fait une grimace horrible. Non, décidément, les pendus sont trop laids.
Il préfère se jeter à l’eau. Justement la rivière coule à deux pas, là, derrière les grands arbres. Il va piquer une tête dans la rivière, c’est entendu.
En se levant, il aperçoit sur le banc, près de lui, sa mandoline. Une idée lui vient : s’il tentait un dernier effort, s’il essayait encore d’attendrir Colombine. La musique et les chants lui ont déjà réussi.
Il prend son instrument, s’avance sous la fenêtre et joue une sérénade dans laquelle il clame ses regrets et son repentir :
Il est bien coupable envers elle, envers sa Colombine si jolie, si douce, si affectueuse. Il l’a blessée au cœur, cruellement, mais il pleure la faute qu’il a commise et lui revient fidèle pour toujours. Elle est aussi bonne que belle, elle lui pardonnera.
Si le cœur de Colombine ne s’ouvre pas au pardon, Pierrot va mourir !.... C’est un dernier adieu qu’il
adresse, dans une dernière parole d’amour, à sa
femme sincèrement adorée .
La fenêtre demeure obstinément close.
Pierrot, désespéré, jette son instrument inutile et descend vers le fond du jardin, lentement, se retournant à chaque pas, dans l’espoir de se voir rappeler.
Colombine qui l’épiait, cachée par la persienne, voyant qu’il va disparaître derrière les grands arbres, sort de la maison et lui tait signe de revenir.
Il accourt, tout joyeux.