‹ Pierrot inconstantChapitre 2 sur 3 · Scène II · texte numérisé non relu

Scène II

Pierrot, croyant que Colombine lui pardonne, cherche à l’embrasser. Elle s’y oppose énergiquement : elle a bien voulu l’empêcher d’aller se jeter dans la rivière, mais se laisser embrasser, jamais ! Ces joueslà ne sont plus pour le coureur, pour l’infidèle. Qu’il aille porter ses baisers à la Lune.

Désormais, il habitera une autre chambre que la sienne, là-bas, tout au fond de la maison. Une barrière les sépare : il n’y aura plus rien de commun entr’eux.

— Pas même la table ? mime Pierrot.

— Si, la table.

— • Et le lit ?

— Oh ! non, non, non.

Pierrot se rapproche, suppliant : elle ne sera pas si cruelle, elle ne le repoussera pas impitoyablement. Il essaie de lui prendre la main, mais elle se dérobe.

Il insiste : son cœur brûle toujours d’amour pour sa Colombine. Il n’aime et n’a jamais aimé qu’elle. Il ne comprend pas comment il a pu la quitter pour

la Lune. La Lune ! . une face bêtement ronde,

horriblement plate, froide, monotone, ennuyeuse. Tandis que Colombine, une petite femme charmante, pleine d’attraits : une taille souple, onduleuse, adorable, un minois gracieux et spirituel, des joues roses, des yeux aux promesses voluptueuses, une bouche qui appelle le baiser !...

Il tend les lèvres, mais Colombine le repousse, encore sévère. Il se met à genoux devant elle. Il était fou, sans doute, quand il l’a abandonnée. Mais il a le cœur bien gros maintenant d’avoir fait de la peine à sa petite femme chérie. Il implore son pardon.

Colombine, attendrie, se penche vers lui :

— Ce sera bien pour la dernière fois, au moins; il ne recommencera plus ?

— Jamais, jamais.

Elle lui met au front le baiser du pardon. Pierrot se relève, lui prend la taille et l’embrasse follement. Sa figure s’illumine de joie.

Le crépuscule descend....

Pierrot, dont le bras n’a pas abandonné la taille de son amie, la conduit doucement vers le banc où il s’est assis tout à l’heure, seul et désespéré.

Ils y prennent place, étroitement serrés l’un contre l’autre, dans l’effusion du bonheur recouvré. Pierrot susurre à l’oreille de Colombine des paroles d’amour, entrecoupant de baisers sur la nuque et sur les épaules ses déclarations ardentes et ses protestations de fidélité. Colombine se laisse faire gentiment, heureuse d’avoir retrouvé son Pierrot, qu’elle adore malgré tout.

Au-dessus d’eux, sur la branche d’un arbre, un rossignol se met cà chanter. Ils lèvent la tête et prêtent à ces trilles harmonieux une oreille attentive et charmée.

« C’est pour nous qu’il chante, mime Pierrot, c’est pour célébrer notre réconciliation, notre bonheur, car nous serons heureux maintenant, comme aux premiers jours de notre union. Je serai ton bien, ton esclave, ta chose. Je resterai toujours auprès de toi, mon adorée, toujours, toujours.... »

La nuit est venue. La tête de Colombine s’est penchée sur l’épaule de Pierrot. Elle dort, la jolie Colombine, elle dort, le sourire aux lèvres, et Pierrot la contemple amoureusement.

Le rossignol s’est éloigné. On entend, adoucie, sa chanson mélodieuse .

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