‹ Pierrot Narcisse, songe d'hiver; comédie fiabesqueChapitre 10 sur 14 · III.RROT (à part · texte numérisé non relu

III.RROT (à part

Je me rappelle tout!.. O cette étrange tête

Fraternelle et si douce, et qui me ressemblait !

Cette tête pensive et pâle qui voulait

Partager ma chimère et ma mélancolie î..,

La reverrais-je mcor si j'aimais l'antre?... Ci Eliane) Oublie.

O pauvre âme en tumulte! Oublie! Cet amour

Qfti te métamorpkOtê et t'éclaire, le jour

Où j'en aurais pitié, détiendrait de la haine!

Ecoute... C'est la fin de toute ivresse humaine, Et ce serait la fin de la nôtre, vois-tu! Si je refuse, va! ce n'est point par vertu, Ni par orgueil, ni par vanité', ni par feinte, Non...

ELIANE

Mais alors, pourquoi? Dis-moi pourquoi?

PIERROT

Par crainte!

Par crainte?

Je me sens, moi le fou, le railleur, Lâche devant répreuve et devant la douleur. Tu connais peu la femme, ô femme trois fois femme ! Mais nous serions demain la fable de Bergame. Crois-moi. Ce bel amour vient d'une vanité De femme : je n'ai pas, comme d'autres, été, Lamentable et piteux, languir sous ta fenêtre. Eliane vaincue a rencontré son maître.

Ton âme de coquette a bondi sous t 'affront, Et c'est par vanité que tu courbes le front ! Vanité! Vanité! Voilà toute l'histoire. Tu me ferais payer bien cher cette victoire, Et tu te vengerais, chaque jour, en détail. J'ai peur du vent qui souffle à travers l'éventail, C'est le même qui souffle à travers la montagne. Signé : Gastibel\a.

ELIANE (comme au sortir d"un rêve et se calmant peu à peu) Pauvre amour en Espagne!

PIERROT Tu n'y penseras plus, demain, à ton réveil.

ELIANE Hélas!

PIERROT

Comme la neige aux baisers du soleil Tu te réveilleras froide et rose, étonnée, Disant : « J'avais rêvé que je ni étais donnée] »

ELI ANE Ainsi, je t'oublierai?

PIERROT

Sans peine, et tu riras De toi même et de moi quand tu me reverras.

ELIANE (pensive) Peut être...

PIERROT

Ton amour était une amourette.

La femme de Pierrot doit être une Pierrette. Es-tu Pierrette?

ELIANE

Hélas!

PIERROT

Tu n'es pas de mon sang, Elianel...

ELIANE

Et pourtant, tu tiens le même rang Que nous, et tes aïeux aimèrent mes aïeules!

PIERROT

Mais les uns sont morts seuls, les autres mortes seules. Sépares par le sang dont ils étaient sortis, l'unis de s'être aimés et de s'être assortis!

ELIANE [étonnée)

./.• ne te comprends plus, Pierrot . /// m'embarrasses! bien fur de vivre'

PIERROT (grave)

Ecoute : il est deux races Vieilles comme l'azur et comme la clarté : L'une éprise de force et de réalité, Belle, luxuriante, héroïque, ravie Par la banalité splendide de la vie.

Et cette race-là c'est celle des heureux ! L'autre est la race des rêveurs, des songe-creux, Et de ceux qui, nés sous le signe de Saturne, Ont un lever d'étoile en leur cœur taciturne! C'est la race farouche et douce des railleurs Qui traînent par le monde un désir d'être ailleurs. Et que tue à jamais la chimérique envie De vivre à pleine bouche et d'observer la vie. C'est la race de ceux dont les rêves blasés Se meurent du regret d'être réalisés!

L'une est pleine de joie, et l'autre de rancune. L'une vient du soleil, et l'autre de la lune; Et l'on fait mieux d'unir l'antilope au requin Que les fis de Pierrot aux files d'Arlequin!

ELI ANE (souriant)

La chose est vraisemblable, hélas! mais peu galante, Et votre métaphore est par trop violente! Oh! vous aurie\ bien pu, sans vous en trouver mal. Choisir, pour être juste, un plus bel animal! Requin me paraît dur!... (Elle rii)

PIERROT (vivement)

Ah! cet éclat de rire Sonore, frémissant, et qui s'enfuit à tire D'ailes, comme un oiseau délivré vers le jour. Ce beau rire, Eliane, emporte votre amour !

ELI ANE (riant plus fort)

Cette comparaison semble moins familière. Requin m'avait déplu : j'aime asse^ la volière C'est d'un style plus noble, et vous ave\ du tact.

PIERROT

Volière, plus j'y pense, est bien le terme exact ! Vous ne tarderez pas à confirmer l'image : Car votre âme déjà s'emplit d'un doux ramage; Une colombe en rêve y murmure : « Arlequin! »

Arlequin, après vous? Non! Ce serait mesquin...

PIERROT Ce sera le plus fol oiseau de la volière !

ELIANE

Arlequin?... Un enfant...

PIERROT

Et vous en sere\ fière Plus tard, après bien des étés et des printemps, Quand vous aure\ trois fois ou quatre fois vingt ans !

ELIANE

// se peut faire. . Dieu! j'ai perdu ma perruche! Ma perruche!

PIERROT (cherchant)

Là?

ELIANE Non!

l'IKRROT

Je la vois : elle juche

Là-haut.. Chut!... Je la tiens!

(Rattachant l'oiseau >u poing d'Eiiane)

— Désormais, parle^ bas, Quand vous dircç des mots quelle ne comprend pas!

aim i QjUIN ('!" dtl l liane !

On attend...

PIERROT (avec une politesse détachée)

Preneç mon bras, Madame.

ELIANE (même jeu) Avec plaisir, Monsieur.

ARLEQUIN (entrant)

Vene\! On vous réclame Depuis tantôt... mon oncle et nos amis sont là...

PIERROT Quoi! tu ne chantes plus la hi la, la ho la!

ARLEQUIN (faisant la moue) On chante quand on veut...

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