‹ Pierrot Narcisse, songe d'hiver; comédie fiabesqueChapitre 13 sur 14 · on m 7, ard&U comme un fanal · texte numérisé non relu

on m 7, ard&U comme un fanal

Semble un eveauc en train de passer cardinal!

MEZZETIN

Ohl ' . ..

PREMIER ABBÉ

Expirer ! La bonne comédie!

Ta face éblouissante a l'air d'un incendie! Les pompiers vont te suivre!

DEUXIÈME ABBÉ

Et demain, les lourdauds De notre Observatoire apprendront aux badauds Qu'ils ont vu quelqu immense aurore boréale!

PREMIER ABlii:

Quelle santé superbe !

DEUXIÈME ABBÉ Effrayante'.

ARLEQUIN

Idéale !

MEZZETIN

Je meurs... la terre tourne... à l'aide! un médecin! Je Suis mort!... (Il tombe sur la table.)

CASSANDRE

// suffit. On le fait à dessein.

Il ne parlera plus, s'il est mort!... Allons, vite, Ranime\-lé. . .

TROISIÈME ABBÉ

Veut-on que je le ressuscite '!

C'est facile : vqye\ plutôt!... Cher Me^etin, Ces rieurs sont obtus, et je te crois atteint Beaucoup plus gravement que tu ne veux le dire !

MEZZETIN Toi, du moins, tu comprends!..

TROISIEME ABBE

Comment pouve^-vous rire'/ Ne voye\-vous donc pas qu'il est malade?

MEZZETIN

Oh! oui!

TROISIÈME ABBÉ

Malade! Très malade!... Il s'est évanoui

Deux ou trois fois pendant qu'il mangeait la salade!

MEZZETIN (attendri) O cet ami! comme il est bon! Je suis malade!

CASS ANDRE (à part) // renaît!

L LIANE (à part) // sourit!

TROISIÈME ABBÉ Malade serait peu...

MEZZETIN (souriant)

Oh ! oui, très peu, fort peu!...

TROISIÈME ABBÉ

J'affirme, tête-bleu !

Ou' il est encor plus bas qu'il ne dit!...

ARLEQUIN

Son haleine E$i courte!

i ROISIÈME ABBÉ

Sa prunelle inquiétante est pleine l) une Urtmgt lueur...

MEZZETIN (m. un,

/ cela !

TROISIÈME AlîBÉ

C'est certain :

Tu n'as plus qu'un moment à vivre!... Me\\etin! Tu m'as l'air d'être mort!...

MEZZETIN (se jetant dans ses bras)

Tu )ne sauves la vie!

ELIANE

Si vous moure% ainsi, Monsieur, j'en suis ravie!

PREMIER ABBÉ

O ce cher Metfetin! Pardonne : j'avais tort!

Et maintenant, Messieurs, un cri : « Vive le mort! »

TOUS Vive le mort!

PREMIER ABBÉ

Pierrot! tu gardes le silence!

Pourquoi ne ris-tu pas!

l'IKRROT (béat)

. O divine indolence l Céleste nonchaloir de la fin des repas ! J'écoute la chanson du Kirsch : ne parle\ pas. Oh! taisons-nous : causer est une impolitesse. Ecoutons le discours que nous tient Son Altesse Le Kirsch, prince allemand de très vieille maison, Le Kirsch, âpre seigneur de cette âpre saison, Beau margrave givré d'argent pâle et d'hermine, Traînant derrière lui l'odeur puissante et fine Des profondes forêts où se grise le vent !

ARLEQUIN Tout cela dans un verre'!

ELIANE

Oh! vous êtes savant!

Vous ave\ le palais pédant. Voulez-vous boire Encore un petit brin de cette forêt noire ?

DEUXIÈME ABBÉ

Regarde^ le fumer son havane, passant

Et repassant, l'œil clos, sous son ne\ frémissant,

Comme une fleur de feu le rubis du cigare!

TROISIÈME ABBÉ Oh! prends garde, Pierrot!

DEUXIÈME ABBÉ

Tu vas te brûler! Gare!

PIERROT (aspirant son cigare)

Dessert! 6 cher instant qu'il faut éterniser!

O la folle chaleur! C'est plus doux qu'un baiser,

Et j'ai l'illusion d'une lèvre amoureuse

Qui me cherche et me fuit ! Quelle est donc la chartreuse

Qui pourrait m inspirer ce rêve d'être aimé9.

Et ce rêve, ô délice, est très vite fumé!

Mais à de vains propos c'est asscç condescendre!

ELIANE hevisons d'autre chose...

MI/XI I IN A votre tour, Cissandrc !

Votre groupe, /<• centre, est il pan- le rejet hu budget ' ...

AKI.i.nUIN M ;,.//// qui parle du budget!

PREMIER ABBÉ

// est fort compétent : il est lui-même un centre, Et ne cesse d'enfler certain budget : son ventre!

CASSANDRE (important)

Le centre, hier encor, penchait pour le rejet;

Mais je l'ai supplié de voter le budget.

Seulement, pour porter un coup au ministère,

— Vous n'en soufflerez mot : c'est encore un mystère!

Nous devons proposer, tout au dernier moment.

Un petit, très petit, petit amendement

Par lequel on verra soudainement par terre

Le budget côte à côte avec le ministère!

MEZZETIN Peut-on vous demander un éclaircissement!

Faites !

MEZZETIN

Qii entendez-vous par un amendement!

CASSANDRE Diable!

MEZZETIN

Je vous attends!

PREMIER ABBÉ

Je brûle de comprendre !

CASSANDRE (embarrassé) Ce que j'entends par là ! Comment le leur apprendre !

ARLEQUIN (lancéj Je vous l'expliquerais d'un mot, si je voulais!

PREMIER ABBÉ Bravo!

TROISIÈME ABBÉ Vive Arlequin!

ARLEQUIN (plongeant sous la table et ramenant les mollets postiches de son oncle)

Vqyeç ces faux mollets!

MEZZETIN (riant) Le drôle!

CASSANÎJRE (furieux)

L'insolent !

ARLEQUIN

Eh bien! c'est ce qu'on nomme Un amendement!!

CASS ANDRE (se levant) Monstre ! A ssassin !

ELIANE

Le pauvre homme!

CASSÀNDRE (pOUrWlivanl Arlequin autour de la table) Ma canne!

A Kl EQl IN (MUUml par dessus sa chftiie

/ e Derby t

PREMIER Ai-.i.i

I/niiri ah !

DEUXIÈME ABBÉ

Très bien sauté !

CASSANDRE Te voilà, pour le coup, pendard, déshéritai

ARLEQUIN (revenant derrière Cassandre) Cest de la politique!... Et puis cette perruque,

CASSANDRE Le gueux!

TROISIKMR ABBE O le genou!

ARLEQUIN (enlevant la perruque)

...Qui couvre votre nuque ...

i : \SS.\ \ DRE (apoplectique)

Je te t ûrai!

ARLEQUIN (fuyant;

De loin!... Eh bien! cet ornement.

Dans le jargon du crû, c'est un amendement!

CASSANDRE (poursuivant Arlequin;

A rrête\ !... A rrête\ !

ARLEQUIN (disparaissant)

A bas le ministère !!

(Tous les convives se lèvent pour s'interposer et suivent la chasse. Pierrot seul reste absorbé, devant son kirsch, i

PIERROT (accoudé sur la table)

Les voilà donc partis... Je vais pouvoir me taire,..

J'ai trop vécu depuis ce soir ... Je veux rêver, Redevenir enfin mon maître, et me sauver Dans le silence auguste et fier de ma pensée1.... Je suis content de moi : cette fête est passée, Et je sens que mon âme en garde le meilleur... Eliane, E liane ! ô cher caprice ! ô fleur Capiteuse et maligne ! ô fleur cueillie en songe ! Tu seras le plus fol et le plus beau mensonge Des mensonges cruels qui font la vérité, Et tu n'as rien souffert de la réalité ! Et toi, son Arlequin, cœur d'enfant, cœur de soufre, O flamme qui fais mal, sourire dont on souffre, Petit cierge amoureux brûlant par les deux bouts, Arlequin, Eliane, évanouissez-vous !

(Il se lève.)

Combien j'en ai déjà, pâles, coiffés de nimbes, Combien de ces profils féeriques, dans les limbes De ma mémoire, et dans le vague clair-obscur De mon âme! ô profils de tendresse et d'azur, Aimés avant de vivre, et morts avant de naître. Que je n'ai pas aimés, et que j'aimais peut-être!

(Se croisant les bras.) Comme on devient mauvais, implacable et moqueur, A se pencher ainsi sur les gouffres du cœur! Et comme le cristal de la divine enfance Se Jèle étrangement à la première offense! On en garde à jamais un sourire attristé, Où la peur de souffrir semble de la fierté!

(Regardant le porc.) O la belle nuit claire! La neige au loin, la neige Tombe sur les rumeurs du monde sacrilège, Douce sœur du silence et des esprits plaintifs, La lune se promène, et ses rayons fur tifs

Ont et repassant sur les herbes glacées, Ce sont les chers désirs et les ehères pensées I), quelqu'un qui m'appelle et que je ne vois pas ...

ARLEQUIN (entrtiH MtouiRé) onnel..

PIERROT

Les voici : /entends le bruit d'un pas... Je ne veux plus les voir... Fuyons:... Ah! (Il se voit dans la glace.)

ARLEQUIN (à part)

Quelle chasse!

Cassandre renâclait comme une contre-basse; Eliane riait; un des abbés cherchait A retenir la contre-basse, et moi, V archet De ce gros instrument orageux et classique. J'allais comme le vent, de peur de la musique! Tiens! Je ne suis pas seul... Pierrot!... Que fait-il là? On dirait qu'il répète un menuet! ...

PIERROT (regardant son image)

O la Douce apparition, ô la lumière en fête! Je la revois .. c'est elle, elle-même, la tète Fraternelle et si pure, et qui me ressemblait ; Cette tête pensive et pâle qui voulait Partager ma chimère et ma mélancolie!

Elle bouge ... Elle vit...

ARLEQUIN (à part)

Si Von croit que j'oublie Le bon tour que Pierrot a voulu me jouer, Je consens, sur mon âme, à me laisser rouer ! Ecoutons... cet écran peut avoir des oreilles! (Il se cache.)

PIERROT (se contemplant)

C'est un autre, et c'est moi... ses lèvres sont pareilles Au sang vierge d'un cygne assassiné, ses yeux Profonds comme des deux, ses yeux mystérieux Sont deux lacs de tristesse et de candeur où sombre Le soir silencieux de mes yeux, et dans l'ombre Plus lointain qu'un espoir et plus pur qu'un regret, Son visage éploré me suit comme un portrait.

ARLEQUIN

A qui parle-t-il donc de sa voix lente et basse? Personnel...

PIERROT (à son reflet) Parle! oh! parle!

ARLEQUIN

// regarde la glace!...

PIERROT (s'exaltant)

Je comprends maintenant!... C'était toi, cher absent,

Cher fantôme à la fois invisible et présent,

Qui me gonflais le cœur de cette étrange ivresse!

ARLEQUIN

77 parle à son reflet...

PIERROT

Cette immense tendresse Eparsc autour de moi, ce besoin de souffrir, Cette soif de te voir, et la peur d'en mourir, Ces roses sous le gel, ces roses mensongères Dont le parfum tout bas, comme des voix légères, M'ensorcelait la chair, ces roses folles, ces Roses qui fleurissaient à mes tempes, à mes Narines, à mes yeux, toute cette jeunesse. Tout cela me venait de toi, n'est-ce pas? N'est-ce Pas? fout cela venait de toi!!

ARI.KOl l\

Bon ! j'ai compris !

Le cousin de la neige à la fin s'est épris De son image!... Ah! Ah! Pierrot! nous allons rire! Il fe me vengerai!. .

PIERROI

Tu ne veux rien me dire?

I Lent et presque chanté"] O cœur plein de mon cœur, vaste comme les mers, Espoir inexaucé de mes lèvres hautaines, Qui nous a révélé ces ivresses lointaines, Par delà l'heure triste et les baisers amers'!

ARLEQUIN (répétant) Espoir inexaucé de mes lèvres hautaines.

Mes yeux tendres et las fleurissent tes yeux chers,

ARLEQUIN (mémo jeu) Par delà l'heure triste et les baisers amers,

PIERROT Purs comme un ciel enfant, bons comme tes fontaines!

ARLEQUIN (même jeu

Aies yeux tendres et bas fleurissent tes yeux chers !

PIERROT Quel silence enivré d'étoiles incertaines !

ARLEQUIN ^mêmejeui Pur comme un ciel enfant, bon comme les fontaines.

PIERROT (éperdu)

Un baiser de la lune a fiancé nos chairs !

(11 se précipite, les bras tendus, vers la glace, qu'il brise, et tombe, son habit blanc

rouge de sang.)

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