‹ Pilules apéritives à l'extrait de Montaigne, préparéesChapitre 14 sur 34 · XXII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XXII INTRODUCTION

croix sont contraires à l'hypothèse singulière qu'il avait jugé intéressant de discuter et qu'il eût mieux valu, peut-être, ne pas émettre. « Il a parlé longuement, dit-il, sans fausse pruderie, de l'uranisme ; sans l'approuver jamais, il s'est borné à le tolérer chez autrui et rien ne nous permet de conclure de la licence de ses écrits à la licence de ses mœurs. » Voilà qui est partait et bien net. Mais cette infamante accusation pourrait renaître, et je ne crois pas pouvoir mieux en défendre mes clients qu'en suivant l'exemple d'Hypéride lorsqu'il plaidait pour Phryné devant le tribunal des héliastes. J'invite les deux accusés à imiter la belle courtisane grecque, et à se présenter « tout nuds » devant le jury. L'acquittement me paraît assuré sans réserve. Les accusés seraient même fondés peut-être à réclamer des dommages-intérêts pour citation abusive.

Je joindrai donc à ces pilules, comme complément du traitement, trois des vingt-neuf sonnets composés par la Boétie en l'honneurd'une dame inconnue dont Montaigne ne voulait dire le nom qu' « un jour, à l'aureille » de la belle Diane de Louvigny, comtesse de Gramont et de Guiche. Ces vers ne lleurent guère l'uranisme. Je terminerai par la lettre dans laquelle Montaigne décrit à son père les derniers moments de son fidèle ami. L'homosexualité n'inspire pas que je sache de sentiments si purs et si purement exprimés.

Certaines expressions du seizième siècle pourraient étonner un peu le lecteur non familiarisé avec les écrivains de cette époque ; j'ai cru bon de placer en appendice un petit lexique très sommaire oij sont traduites en langage courant les plus surannées de ces expressions.

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ICONOGRAPHIE DE MONTAIGNE

Au cours de mes recherches, je n"ai pu résister au plaisir de me former une collection personnelle de l'iconographie de Montaigne, et j'ai eu la chance de pouvoir en réunir les principaux éléments.

Le plus ancien document authentique connu sur Montaigne est, semble-t-il, le portrait à l'huile de Demonstier' peint en iSyS (voir la reproduction de la gravure de Ficquet), et qui fait partie de la collection que le duc d'Aumale a généreusement léguée à l'Institut de France avec son domaine de Chantilly.

Un autre portrait à Fhuile de Montaigne, dans lequel il est représenté avec son chapeau, fut exécuté pendant

I. Montaigne y étant représenté avec le costume de Maire de Bordeaux, le tableau ne peut être de iSyS. D'après le docteur Payen. Dumonstier aurait son historiette dans Tallemant des Réaux. J'y trouve (édition Techener) ; Daniel du Monstier, né à Paris en iSjS, mort vers 1646. Ce qui suffit à prouver que la date de 1578 est fausse s'il s'agit du même peintre.

« C'estoit un petit homme qui avoit presque toujours une calotte à oreilles ; naturellement enclin aux femmes, sale en propos, mais bon homme et qui avoit de la vertu.

« Son cabinet estoit pourtant assez curieux : il y avoit sur l'escalier une grande paire de cornes, et au bas : Regarde^ les postres ; et au bas de ses livres : Le diable emporte les emprunteurs de livres » Devise qui devrait être gravée en lettres d'or au fronton de toutes les bibliothèques publiques.

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