XXVI INTRODUCTION
tion de iGii. Payen rapporte que, d'après Coste, il aurait existé une bonne édition de 1608, mais qu'il ne l'a jamais rencontrée, bien qu'il crût à son existence. Il eut la chance de l'acquérir ultérieurement et à plusieurs exemplaires, car le catalogue de la collection cédée à la Bibliothèque Nationale, dressé par A. Labitte pour la vente des livres du docteur Payen en 187 3, porte indication de sept exemplaires de l'édition parisienne de 1608. J'ai pu avoir aussi, du fonds Payen, communication d'une édition de la même année 1608, comportant le portrait de Thomas de Leu, et qui est due à Claude Rigaud, célèbre imprimeur lyonnais, dont la marque avec sa légende : « Donec optata veniant rigabo » a été tirée des limbes par mon éditeur, qui l'a adoptée. La gravure de Thomas de Leu se ressent de n'avoir pas été exécutée ad vivu7n comme certains beaux portraits du célèbre graveur parisien '. En admettant que le graveur eût connu personnellement l'auteur des Essais pendant ses séjours à Paris, il est probable que quinze ans après il avait oublié les détails précis de la physionomie de Montaigne. Aussi bien ce
I . Le quatrain qui est gravé au-dessous du portrait serait dû, d'après le philologue Jamet, à Maliierbe, l'auteur de l'ode à du Périer. SI illustre que soit Malhcibe, n'est-il pas singulier qu'il doive son plus beau vers peut-être,
Et rose elle a vécu ce que vivent les ruses, L'espace d'un matin.
à une coquille .'' — Malherbe avait écrit : Et Rosette a vécu... De cette faute du compositeur, adoptée d'enthousiasme par Malherbe, naquit le vers célèbre. (Voir E. Fournier, l'Esprit des autres, Paris, Dentu, 1882, p. SaS.)
i'our l'édition de 1607, la légende du deuxième vers comporte une variante : « et lui-même l'esprit ». La gravure est encore signée de Thomas de Leu. L'édition de 1627 ne renferme plus qu'une mauvaise reproduction non signée.
ICONOGRAPHIE DE MONTAIGNE
portrait paraît-il plutôt une interprétation très personnelle du portrait à l'huile de Dumonstier. A moins qu'au contraire le portrait de Dumonstier n'ciit été exécuté d'après la gravure de Thomas de Leu, ce qui ne serait pas invraisemblable.
Cette gravure a donné lieu à une iconographie de seconde main, très nombreuse et sans grand intérêt.
Il m'a été impossible d'identifier le n" 2 de la liste du Père Lelong — N..., in-folio, sans date.
Le n" 3 de Jaspar Isaac est, d'après une note manuscrite trouvée sur l'exemplaire de la Bibliothèque nationale (estampes), le frontispice non signé des éditions de i635, publiées chez plusieurs libraires en même temps par Marie de Gournay, quarante ans après la première édition qu'elle avait donnée, l'édition type jusqu'à ces temps derniers. Montaigne est représenté très jeune, tel que sa fille d'alliance ne le connut certes jamais : on serait donc tenté de croire à une simple fantaisie de libraire ou de graveur si ce portrait ne rappelait beaucoup le tableau de Versailles et par suite celui du comte de Kercado, dont nous avons parlé plus haut comme étant demeuré dans la famille de Montaigne jusqu'au milieu du dix-neuvième siècle.
Après avoir donné en 1723 pour l'édition de Coste (Londres, 1724) un portrait imité presque servilement du frontispice de i635 (y compris l'erreur sur les armes de Montaigne que comportait l'édition de Jean Camusat), Chéreau en gravait deux ans après un second, complètement différent en ce qui concerne la figure seule. Si l'on compare cette gravure à la première et à celle de Saint-Aubin, on se persuade que Chéreau (ou plutôt le peintre auteur du tableau gravé par Chéreau que le docteur Payen a possédé dans sa collection) a simplement effacé la figure primitive et l'a remplacée par une reproduction exécutée d'après le tableau peint