INTRODUCTION
Malebranche. Recherches de la vérité, Ii\re II, part. 3. — II n'est pas seulement dangereux de lire Montaigne pour se divertir ^ à cause que le plaisir qu'on y prend engage insensiblement dans ses sentiments, mais encore parce que ce plaisir est plus criminel qu'on ne pense. Car il est certain que ce plaisir naît principalement de la concupiscence.
C'est donc une vanité, et une vanité indiscrète et ridicule à Montaigne de parler avantageusement de luimême à tous moments ; mais c'est une vanité plus extravagante à cet auteur de décrire ses défauts. Car si l'on y prend garde, on verra qu'il ne se découvre guère que les défauts dont on se fait gloire dans le monde à cause de la corruption du siècle, et qu'il s'attache volontiers ceux qui peuvent le faire passer pour esprit fort et lui donner l'air cavalier...
Que peut-on dire d'un homme qui confond l'esprit avec la matière, qui ne voit pas la nécessité de l'immortalité de nos âmes, et qui regarde les preuves que l'on en donne comme des songes que le désir fait naître ; qui met plus de différence d'un homme à un autre homme que d'un homme à une bête, et qui donne jusques aux araignées : délibération, pensement et conclusion ?
La BruyÎvre, Caractères. — Deux écrivains ont blâmé Montaigne que je ne crois pas, aussi bien qu'eux, exempt de blâme; il parait que tous deux ne l'ont es-
I. Montaigne était donc divertissant même pour un Oratorien ! L'exemplaire de l'édition de 1604 (Abei l'Angeliei) qui est aujourd'hui à la bibliothèque de l'Arsenal, a fait partie de la bibliothèque du couvent des Oratoriens. Peutêtre est-ce celui sur lequel Akilebranche a assis son jugement.