A FERDINAND L0VI
Au fumeur, au poète, à l'ami.
A toi, cher compagnon de route — bien cher depuis un si long temps déjà — je dédie, simples musiques voulues légères, ces strophes, éphémères comme les fumées de nos pipes fraternelles.
Aux hasards de l'heure, et — tu le sais — uniquement pour m'en combler le vide et mieux me la faire aimer, elles me chantèrent leurs rimes et leurs raisons dans le silence des solitaires et propices fumeries où, tel moi-même, tu te plais, heureux, à bercer des rêves.
Puisse ta Muse, éprise des belles tenues et du haut vol — mais indulgente à l'amitié — pardonner à la mienne ses voiles dénoués et sa ceinture, parfois un peu lâche, dont les plis lourds de parfums nicotines vont — souvent, hélas, contre mon gré — flottant plus près du sol que de l'Azur.
Que donnerais-je pour qu'il renaisse Naïf le temps de prime jeunesse,
Ce doux temps-là Des pipes en sucre, en chocolat'.
Quoique irréelle, vaine Spirale De leur vierge fumée idéale
Tu suffisais A mes songes bleus et les grisais;
Et c'était par bouffée ingénue D'orgueil que j'allais vers l'Inconnue,
En ce temps-là Des pipes en sucre, en chocolat.
Maintenant — oh, maintenant — je fume Dans le merisier, l'ambre et l'écume.
(Extrait des Raisins bleus et gris.)
EN PARTANCE
Le charme, le rêve Et l'oubli avec, C'est la pipe au bec Et c'est l'heure brève !
Aussi bien elle est, La douce, l'aimée, Avec sa fumée, Mon plaisir ailé,
EN PARTANCE
Furtif, vif et fol, Le chant dont le vol Rit et me console.
Son petit foyer, Terre lisse et rouge, De mes doigts ne bouge Tant il est choyé ;
Son tuyau — peu rare !
Simple et long roseau Venu d'un ruisseau, Néanmoins la pare :
On le dirait d'or Gainé dans sa robe Blonde qui dérobe L'or des blés encor.
EN PARTANCE
Fille de Marseille !
L'arrimage est fait, Le vent à souhait, Zou ! qu'on appareille !
Ta voile ouvre, sur Le flot de mon rêve, L'aile qui sans trêve Monte vers l'azur :
Aile bleue et blanche, (Oh, d'un ton choisi, Gomme en ont quasi Colombe et pervenche),
Aile gris-souris, Vol, couleur de cendre, Qui ne sais descendre, Pars ! je te souris.
ÏI