‹ Pipe au becChapitre 2 sur 41 · AVE · texte numérisé non relu

AVE

A Catulle Mendès, cet autre Maître du rondel.

Charles d'Orléans est un Maître Et, bas, je le salue ici, Avec respect, humble, en souci De ses rythmes et de son mètre.

C'est qu'il vint dans le Rondel mettre Mainte grâce et quel charme, si Charles d'Orléans est un Maître Et, bas, je le salue ici.

Nul mieux plaisant ne saurait m'être Quand, Printemps, il t'accueille ainsi Que chacun sait, ou chante aussi Tous tes amours, sans en omettre:

Charles d'Orléans est un maître.

Si vite déformée Dès que tu nais

De ma pipe, ô fumée !

Chère, tu m'es

Fête silencieuse, Parfum grisant,

De mes rêves fileuse, Divin présent !

Or, t'aimant, vois, je fume

Et tout l'essaim Des songes bleus s'allume

A tes dessins :

Là, c'est une nuée De blanches tours

Qui, planant, vont muées En leurs contours,

Chimériques ellipses, Lents mouvements,

Faunes d'apocalypses Pour nécromans ;

Ici, c'est l'astragale De tons changeant

Qui s'enroule en spirale Bleue et argent ;

Parfois, c'est une bague,

Cercle parfait, Qui va, vague, extravague,

Et se défait ;

C'est un fil qui s'étire, Haut, sans bouger,

S'effile, file, expire, Dans l'air, léger.

Voltes et virevoltes,

Rapides vols D'une nue en révoltes,

Êtes-vous fols ?

0 sans nul bruit vos fuites, Vos tournoiements,

Ephémères poursuites, Comme d'amants !

Caprices, flots de gaze,

Accords diffus, Mon œil point ne se blase

De vos tissus

S'ils sont, malgré que frêles

Effilochés, Par mon rêve et son aile

Vifs arpégés.

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