‹ Pisciculture dans l'Amérique du Nord [microforme]Chapitre 1 sur 4 · ÉTATS-UNIS · texte numérisé non relu

ÉTATS-UNIS

Les États-Unis, dont les eaux nourrissent un grand nombre de poissons excellents, ont perdu, depuis plusieurs années déjà, leur ancienne fertilité, par suite de l’établissement de barrages, d’écluses et d’autres obstacles qui ont été construits en vue dé faciliter la navigation ou l’industrie. Mais la principale cause de cette dépopulation a été c“:tainement l'emploi exagéré des seines et autres engins disposés pour arrêter les poissons et qui n’ont que trop bien rempli leur objet. C'est surtout dans le Merrimack et le Connecticut, qui, au rapport des historiens, étaient abondamment peuplés, avant 1792 et 1798, de Saumons, d’Aloses et de quelques autres précieuses espèces anadromes, que cette diminution du poisson a été

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observée, et l'on n’en rencontre plus guêre que dans les parties les plus inférieures (1).

Des tentatives intéressantes de propagation des espèces indigènes, dans des eaux, où elles n’existaient pas encore, on été faites à plusieurs reprises, el nous signalerons ici quelquesunes des plus intéressantes (2).

Vers 1790, le docteur Samuel L. Mitchell, médecin renommé de New-York, introduisit le Perca americana dans le Success- Pond, petit cours d'eau de Queen’s County, Long-Island'; il prit environ trois douzaines de ces ,issons dans le Rockankama-Pond, petit lac du Suflolk, distant de Suceess-Pond d'environ 40 milles, les mit dans une barrique pleine d’eau

(1) Les Saumons, autrefois très-abondants dans les rivières de l'Hudson et du Connecticut, y ont aujourd'hui presque disparu, et ne se rencontrent plus avec quelque fréquence que dans le nord de l'État du Maine. Dans quelques parties de l'Amérique, on fait venir aujourd'hui le Saumon des colonies anglaises et même de San-F'rancisco. |

(2}Mi.-bertey, Report on the sea and river fisheries of New-Brunsiwick, within thà gÿlfrof Saint-Lawrence and bay of Chaleur, 1850, — IH. Robinson Storer, Oÿservations on the Jishes of Nova-Scotia and Labrador (Boston Journal of Natural History, 1850). — H. Perley, Report on the isheries of the bay of Fundy, 1851. — G. P. Marsh, Report on the artificial Propagation of F ich, 1857.— D. Humphry Storer, Onthe edible Fishes of Massachusetts (the Technologist, 1865, t. LV, p.116). — Theod. Lyman and AÏf. A. Reed, Report concerning the Obstructions Lo the passage of Fish in the Connecticut and Merrimack rivers (Commonwealth of Massa: chusetts Senate, n° 8, 1866). — Alb. A. Hager et Ch. Barrett, Report of Comunissioners relative to the restoration of sea Fish to the Connecticut river and its tributaries, 1866. — Th. Lyman and AÏf. A. Reed, Report of Commissioners of fisheries for the States of Maine, New-Hampshire, Vermont, Massachusetts and Connecticut for 1868. — Theo, Gill, Pisciculture with reference to American waters (Report of the Commissioncrs of Agriculture for the year 4864, p. 394, 1867). — Thaddeus Norris, American Fish-culture, 1868. — Hon. Steph, H. Ainsworth, Restoring the streams twith Fish (Ontario county Times, 4867). — Fish-culture in America (Harper's net monthly Magazine, 1868, t. XXXVIL, p. 721). — leportof the Fish Comanissioners of Manchester to the Leyislature, June 1869. — Rob, R. Roosevelt, Rapport sur la pisciculture au VII* Congrès international de statistique, La Haye 1859. — Third Report of the Comauissioner of fisheries of the State of Maine for 1869 (1870).

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sur une charrette, et les apporta sans accident. Versées dans le Success-Pond, les Perches s’y sont propagées et y ont beaucoup multiplié: ce fut là sans doute le premier essai de transport d’une espèce indigène d’une localité dans une autre, où elle manquait. Depuis, on à imité cet exemple, et la facilité avec laquelle la Perche américaine se prête à ces entreprises doit la faire choisir partout où des poissons de qualité supérieure ne pourraient réussir, mais dans ce Cas seulement. Il serait préférable de propager plutôt le Péke Perch (Stizostedion americanus) ; mais il ne faut pas oublier que ces deux espèces sont très-voraces (1).

On peut en dire autant du H/ack-Bass des lacs (Grystes nigricans, Micropterus achigan ?) et du Black-Bass du Sud (Grystes salmoides), qui détruisent toutes les espèces de poissons, à l'exception de la Perche, mais qui sont de beaucoup supérieurs à la Perche, en raison de la qualité très-fine de leur chair.

Le Grystes nigricans, originaire des eaux du Nord, se plait dans toute eau claire, ayant un fond de vase et de boue, et peut prospérer même dans un trou de vingt-cinq à quarante pieds de superficie. 11 prend soin de ses œufs et de ses jeunes, dont il éloigne tous les ennemis, et les petits ne s’écartent jamais beaucoup de leur mère. Son incubation artificielle, trèsrapide (2), offre peu de difficultés, d'aprés le docteur Garlick, qui conseille de l’introduire dans les eaux où vivent des poissons à multiplication trop grande, tels que le Monostoma oblongum, où d’autres Cyprinoïdes, car il est vorace. C’est un poisson dont l'aire s’est beaucoup étendue depuis quelques années, et qui se trouve maintenant dans l’'Hudson et ses tributaires, où il a pénétré par le canal Érié. Vers 4859, le professeur Agnel en a transporté avec succès une ::1'aine quantité du lac Orotaga dans le Wood-Lake, où aujourd’hui on en pêche des individus du poids de cinq livres. Plus tard, en

(4) Theod. Gill, loc. cit, (2) Huit à dix jours, d’après M. Eofl; deux à trois semaines, suivant le docteur Garlick.

1850, M. Samuel T, Tisdale, d'East-Wareham, a également introduit dans le Flax-Pond et dans d’autres étangs du voisinage des Black-Bass du lac Saratoga. Bien que la population, lorsque le secret de cette entreprise eût été dévoilé cinq ans plus tard, alors que le succès était assuré, se soit ruée sur cel étang, par jalousie de voir un aristocrate vouloir arriver par lui-même à fournir au peuple une nourriture abondante et peu chère (1), le Black-Bass n’en a pas complétement disparu (2).

Dans le Maine, on a tenté en 1869 l'introduction de 15000 jeunes AHlack-Bass provenant des incubations de M. Stone, de Charlestown, qui les avait obtenus de parents, enfermés dans un petit étang pour frayer; mais cet alevin s’est mal développé par une cause restée inconnue. Plus tard, en septembre et novembre, on a transporté un moins grand nombre de jeunes poissons, âgés d’un an, dans divers étangs (3).

Le Black-Bass est un poisson facile à transporter, surtout âgé d’un an, aux mois de septembre à novembre, à la condition d’avoir de l’eau pure de lac, étang ou courant, de ne pas le laisser en repos trop longtemps, et d'agiter continuellement l’eau dans laquelle il se trouve : le mouvement d’une voiture sur une route pavée suffit. On évalue à deux quarts (2 litres) d'eau la quantité nécessaire pour chaque poisson de six pouces (4).

Dès 14864 ou 1865, le Black-Bass a été introduit dans le Rust-Pond par M. Goodwin. Plus tard encore, en 1866, le Cuttyhunk-Club (Massachusetts) a peuplé avec le Grystes nigricans un étang de soixante acres de superficie, profond de vingt pieds, el en moins d’une année il s’y trouvait une grande quantité de jeunes poissons longs d’un pouce et demi environ. Toui porte à croire que lorsqu'on aura débarrassé,

(1) Th. Norris, loc, cit., p. 209.

(2) Massachusetts Fish Commissioner's Report for 1867.

(3) Third Report of the Commissioner of fisheries of the State of Maine for 1869, p. 18, 1870.

(4) Ibidem, p, 19.

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au moyen de la seine, cet étang des nombreuses Perches qui l'infestent, on aura un résultat très-satisfaisant : car on sait que, dans un petit étang des environs de Newburg, on est parvenu, en treize mois, à obtenir des poissons d’une demilivre (1).

Après plusieurs insuccès, le docteur Fletcher (2) a réussi à introduire cet excellent et prolifique poisson dans les lacs.

Le Black-Baës du Sud et de l'Est (Grystes salmoides) a été apporté de Wheeting-Creek dans le Potomac par M. Stubler, et il s’y est multiplié si bien, qu'il n’est pas rare aujourd’hui d’y prendre des individus pesant de six à huit livres, sur une étendue de 180 milles, où ce poisson manquait complétement avant cette introduction (3).

Le Rock-Bass (Amblopletes rupestris), caractéristique des grands lacs et de la région du Mississipi, et qui s’est répandu, comme le Grystes nigricans, au moyen de canaux dans l'Hudson et dans d’autrés cours d'eau, paraît pouvoir être aussi colonisé avec une grande facilité (4).

Le Striped-Bass | Roccus (Labrazx) lineatus] paraît être un poisson de mer qui remonte en eau douce au printemps (5); son introduction a été essayée dans quelques points du Connecticut en 1869.

Le Muscalonge (Esox nobilior) a été introduit, vers 18/0, dans un étang situé à 8 milles 0. de Bellows-falls, et, par suite de la rupture d’un talus, ce poisson s’est échappé et a remonté dans le Connecticut, où il est aujourd’hui plus abondant (6).

Nous devons rapprocher de ces colonisations, comme disent les Américains, l'essai fait en 4850 par M. le major S. Dill, de Phillips, qui mit dix à douze Salmo fontinalis dans

(4) Th, Norris, loc. cit., p. 207.

(2) Report of the Fish Commissioners to the Legislature4869,p.9 Man-

. chester, 1869.

(3) Th, Norris, loc. cit., p. 211.

(&) Th. Gill, loc. cit.

(5) Forester, Fish and Fishing, p. 189.— Report of the Commissioners of fisheries of the State of New-York, 1869, p. 21.

(6) Ayres, Boston Natural History Society, 185h4, 1 1V, p. 288.

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le Sandy-river, où, de mémoire d’homme, on n'avait jamais vu ce poisson : pendant six à sept ans, on n'eut pas de nouvelles des Truites, malgré le grand nombre de pêcheurs qui fréquentent le Sandy-river ; mais, depuis 1857, elles ont apparu en si grand nombre, qu'on évalue à deux mille livres la quantité qui en est péchée chaque année (1).

Le Schoodic Salmon (Salmo Gloveri) a été aussi l'objet, en 1868, de quelques essais dans l'État du Maine, qui, faits sur une petite échelle, —7000 poissons environ, — ont donné des résullats assez satisfaisants, Ces poissons, distribués sur plusieurs points, se sont très-bien développés, et en neuf mois ont grandi de un pouce à cinq pouces et cinq pouces et demi; on suppose qu'ils pourront frayer en 1871 et que les mâles auront. été prêts dès 1870, On a l'intention de se servir des œufs de ces premiers produits pour peupler d’autres eaux et pour former des établissements de fécondation dans une de leurs localités natives. En 1869, l'expérience a élé renouvelée; mais, malgré tous les soins, la saison ayant été défavorable, beaucoup d'œufs ont été trouvés non fécondés,

On n’a pas encore fait d’essai dans le Maine sur le Saumon migrateur, Salmo salar, en raison du prix élevé demandé pour ses œufs : 20 dollars le mille (environ 400 fr.). Il y aurait cependant avantage à opérer sur cette espèce, dont les œufs sont très-abondants, tandis que le Sa/mo Gloveri n’en a guère que cinq à six cents.

Pendant l'automne 1866, les commissaires de l’État du New- Hampshire ont cherché à se procurer des œufs de Saumon des provinces anglaises, Le D' Fletcher a pu se procurer des œufs de Saumon du Miramichi (New-Brunswick), dont 45 à 20 000 ont été déposés en bonnes conditions dans le Pemigewasset, après avoir été incubés à Concord et à Rumney. L'expérience fut renouvelée l’année suivante, et une quantité plus considérable d’œufs fut incubée à Charlestown et à Meredith; les alevins produits par cette dernière localité ont été mis en liberté dans le Pemigewasset, En 1868, M. Stone, de

(4) Th, Norris, loc. cit., p. 186,

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Charlestown, s'est procuré encore 80 000 œnfs de Saumons du Mivamichi, destinés également à être introduits dans les eaux du New-Hampshire, Toutes ces expériences s'annonraient trés-bien, et, en vue de continuer les essais qu’avaient inaugurés les commissaires des pêcheries, plusieurs établissements de fécondation artificielle et d’incubation ont été formés dans les provinces anglaises (4).

On a également tenté dans le New-Hampshire, vers 1866, l'introduction du Saumon dit Land-looked Salmon, provenant de Grand-Lake (Maine) et déposé dans le New-Pondlake, où ce poisson parait avoir donné de bons résultats.

Le Saumon, entièrement disparu du Merrimack depuis nombre d'années, y a été réintroduit depuis quelques années, avec succès (2).

Le White Fish (Coregonus alhus), originaire de la chaîne des grands lacs, y compris l'Ontario, s’est introduit naturellement dans quelques lacs et courants de l'intérieur de l'État de New-York ; cependant, comme depuis plusieurs années cet excellent poisson tend à diminuer et même à disparaître, on s’est préoccupé de le propager avec d’autant plus de soin, que sa pêche n’est pas moins attrayante pour les pêcheurs que celle du Saumon. Il demande une eau froide, claire, et paraît devoir se convenir dans un certain nombre de lacs impropres à la reproduction de la Truite. Les premiers essais d’introduction n'ont pas donné des résultats bien avantageux : car, dans un certain nombre de localités, où il s’est trouvé en contact avec le Brochet, si commun dans toutes les eaux améri. caines, leCorégone a été détruit. C'est en 1868 qu’ona commencé les tentatives; mais c'est surtout en 1869 qu’elles ont été faites sur une large échelle par M. Seth Green, qui a pu distribuer une grande quantité d’œufs à beaucoup de personnes de New- York, st même en envoyer en Angleterre à M. Franck Buck-

(4) Report of the Commissioners to the Legislature 1869, Manchester, 1869.

(2) Report of the Commissioners of fisheries of the State of New-York, 1869, p. 13.

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land. Les œufs du White Fish, assez nombreux (dix mille environ), et un quart plus petits que ceux de la Truite, sont assez lents à se développer (soixante-cinq jours pour une température de 45 degrés Fahrenheit); la vésicule se résorbe en onze à douze jours, et les jeunes se nourrissent, comme les jeunes Truites, de lait coagulé, de foie ou de chair pulvérisée, ou des animalcules qu'ils saisissent sur les plantes aquatiques (Seth Green). Les adultes, qui ont une nourriture animale, et qui, d’après les observations de M. Tisdale, détruisent promptement les jeunes Anguilles, sont extrêmement friands de leurs jeunes, circonstance importante à noter pour le résultat dés expériences. Ils sont, aussi bien que les alevins, sujets à être attaqués par des insectes et des vers qui se fixent sur leurs ouies et déterminent rapidement leur mort (Seth Green). Le transport des œufs du White Fish se fait aussi aisément que celui des œufs de Truite; mais on peut aussi introduire directement dans les étangs des poissons, en ayant soin d'opérer sur des jeunes, pesant de trois onces et demi à une livre, qui supportent mieux les fatigues du voyage et s’acclimatent plus facilement; plus âgés, ils sont plus délicats, surtout les femelles, comme l'ont observé M. Woodford et M. le docteur Slack (1).

On est dans l’intention de faire de nouvelles expériences sur le Cisco (Coregonus clupeiformis), qui est très-apprécié par les gourmets, et sur l’Ofsego-Bass (Coregonus Otsego), plus délicat encore, et que leurs habitudes indiquent devoir être introduits avec succès dans les lacs et étangs de l’État de New-York (2).

La fécondation artificielle a été opérée en Amérique, en

(1) Le docteur Slack a remarqué fréquemment que le transport des femelles d’un certain poids, même dans une localité rapprochée, était fâcheux pour ces poissons, chez lesquels il a trouvé des tumeurs multiples des ovaires. (Fourth Report of the Commissioners of fisheries of the State of Connecticut, 1870, p. 5.— Report of the Commissioners of Fisheries of the State of New-York, Albany, 1870, p. 7.)

(2) Report of the Commissioners of fisheries of the State of New-York, 1859, p. 16. |

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1804, par le révérend Bachman, et depuis par MY, Theodatus Garlie et le professeur H. A. Ackley ; mais c'est à l'Honorable Stephens H. Ainsworth, président de la Western New-York fruit-growers Society, de West-Bloomfield (New-York}, qu'on doit rapporter l'honneur de l'initiative d’essais de pisciculture pratique. Incité par quelques lignes d’un journal (1859) sur les essais de piscicullure faits en France, et qui lui apprirént. seulement que les œufs fécondés artificiellement étaient mis en incubation dans des boîtes, M. Ainsworth pensa qu’il trouverait dans l'application de la nouvelle méthode le moyen de repeupler les eaux des États-Unis, et, mû par des sentiments d’une généreuse philanthropie, à laquelle aujourd’hui tous les Américains rendent justice, il se dévoua tout entier à cette œuvre d'utilité (1). Manquant de données certaines qui pussent Le guider, il dut faire un apprentissage et y consacra trois années avant de triompher des difficultés .qui s’opposaient à la réalisation de son dessein. N'ayant aucun but de lucre (2) dans ses tentatives de propagation du .Brook-Trout (Salmo fontinalis) (3), M. Ainsworth put organiser sur.une petite échelle sa ferme aquicole, dont les aménagements sont aujourd’hui pris pour modèle dans presque toute l'Amérique. Il ne disposait d’abord que d’une faible source (un demipouce d’eau), mais à laquelle il put heureusement ajouter, en été, une certaine quantité d’eau de dérivation; il fit passer celte eau à travers un lit de gravier, avant de la recevoir dans un élang de quatorze pieds de profondeur, sur une superficie

(1) Thaddeus Norris, American Fish-culture. — Ainsworth, Restoring of streams by Fish.

(2} Quelques personnes ont reproché à M. Ainsworth d'avoir tardé à divulguer son procédé ; mais cette réserve s'explique facilement par la crainte qu'avait cet honorable gentleman de nuire à la cause qu'il voulait servir ei par son désir d'éviter à d'autres les nombreux mécomptes qu'il avait subis ; aujourd’hui son procédé est propriété publique.

(3) Le Brook-Trout, de toutes grandeurs, se vend en quantité considérable sur les marchés de Boston, même à l'époque de la fraye : car les pêcheurs, à demi-barbares, ne voient que le nombre et ne tiennent aucun compte des dimensions ni de l'état du pois-on.

de quatorze perches (25 mètres environ), et qui avait été aménagé de façon à éviter la moindre déperdition d’eau.

M. Ainsworth pratique l’imprégnation des œufs dans les mois de novembre, décembre et janvier, et les dépose immé-diatement, pour l’incubation, sur des lits de gravier qu’arrose unè eau pure et clarifiée par son passage à travers plusieurs flanelles (trois ou quatre). L’incubation dure environ soixantedix à soixante-dix-huit jéurs (1) ; puis les alevins sont reçus dans un petit bassin spé ‘ial où ils séjournent, sans recevoir de nourriture, quarante à cinquante jours, le temps nécessaire à la réscrption de la vésicule; ils sont placés ensuite dans un petit étang, où ils passent deux ans avant d’être lâchés dans le grand réservoir. La perte éprouvée pendant l’incubation est très-petite et devient presque nulle plus tard, 60 000 œufs ont donné 40 000 alevins qui, à la fin de la première année, avaient de deux à quatre pouces ; aujourd’hui M. Ainsworth possède des Truites pesant de une à trois livres et longues de douze à dix-huit pouces (2).

Les expériences de M. Ainsworth lui permettent d'assurer que, dans une bonne eau et avec une nourriture suffisamment abondante, les Salmo fontinalis peuvent gagner une livre en quatre ans, et il est convaincu que les éducations de cette espèce permettront de suppléer, sur les marchés, à la

(1) 11 résulte des observations de M. Ainswo:th que les œufs de Salmn fontinalis exigent 165 jours à une température de + 37° Fabr. (+ 4°), 70 jours à celle de +- 50° Fahr. (+10), et 22 à celle de + 54° Fahr. (+ 12°). (Th. Norris, loc. cit., p.64.) Dans l'établissement du docteur Slack, où les eaux ont une température de +-62°Fahr. (+ 1140), l'éclosion demande 50 jours. Chez M. Seth Green, pour une température de 40° à + 46° Fahr. (+ 5° à + 70), il faut 60 jours; et chez le Rév. W. Clyt, par + 32° Fahr. {0c), il faut au moins 100 jours. (Fourth Report of the Commissioners of fisheries of the State of Connecticut, 1870.)

(2) Les Brook-Trout sont nourries avec du foie, et c’est un spectacle curieux que de voir tous les poissons se réunir à l'heure du repas et se pré-

cipiter hors de l’eau pour saisir plus promptement leur nourriture. Elles

commencent à être en fraye à l'âge d’un an.

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diminution de cet excellent poisson, qui commence à dévenir assez rare dans les courants (1).

L'exemple donné par M. Stephens H. Ainsworth a été suivi, et plusieurs personnes s’adonnent avec succès à l’éducation du Brook-Trout et du Saumon. C’est ainsi que M. Livingston Stone, de Charlestown (New-Ilampshire), à la requête de M. Theod. Lyman, commissaire des pêcheries du Massachusetts, a établi sur les bords du Miramichi (New- Brunswick) un appareil considérable pour commencer l’incubation des œufs de Saumons et d’Aloses, qu’il transporte ensuite à Charlestown, où l’incubation s'achève avant que les alevins soient versés dans le Connecticut (2).

M. Bridgeman, de Bellows-falls, a également réussi des éducations de Truites qui se sont reproduites dans ses eaux, et qui lui fournissent aujourd’hui les œufs nécessaires à la continuation de ses opérations de fécondation artificielle (3).

Les membres du Cuttyhunk-Club, dans les îles Élisabeth (Massachusetts), ont introduit dans un de leurs élangs un certain nombre de Brook-Trout, qui y ont prospéré et qui pésent déjà un quart de livre. Ces animaux doivent plus tard être lâchés, pour servir au sport de la pêche à la ligne, dans un élang d’eau fraîche, ayant dix acres de superficie et dix pieds de profondeur.

Des essais de même nature ont été faits sur le Lake- Trout, Namayacush Salmon (Salmo amehystus) (4), sous le patronage des commissaires des pêcheries du New-Iampshire, par M. Robinson, de Meredith, qui a opéré sur des poissons

(4) Dans l'état actuel, M, Ainsworth fait la pêche dans son réservoir ; mais il a grand soin de remettre immédiatement à l'eau toutes les femelles.

(2) L'appareil de M, Livingston Stone mesure 100 pieds de long, et peut contenir, sur le gravier, 4000 000 d'œufs. Une seule femelle qui pesait trente livres lui a fourni douze livres d'œufs. (Harper's Magazine, loc. cit. p. 737.)

(3) Alb. A. Hager et Ch. Barrett, Report of the fisheries Commissioners of the State of Vermont, 1867, p. 20.

(4) Le Lake-Trout porte, au Canada, le nom de Lunge, et dansles États de l'Est, celui de Togue,

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pris dans son voisinage ; mais les résultats ne sont pas encore définitifs.

Parmi les plus remarquables opérations de piscieulture américaine, on doit citer celles de M. Seth Green, aux environs de Mumford (New-York), qui, après de nombreux essais, dont les premiers datent de 1838, a réussi en 4864 l'éducation artificielle des Truites. Cet habile pisciculteur disposait d’une localité parfaitement appropriée, fournie d’eau par des sources abondantes, et favorisée du voisinage du Caledonia- Creek, si renommé parmi les pêcheurs pour la limpidité de ses eaux et l'excellence de ses Truites. Sa ferme aquicolc couvre une superficie de trois quarts de mille, et consiste en trois élangs artificiels destinés à recevoir les Truites (1). L'appareil d’incubation, construit sur le modèle de celui de Jacobi, offre 90 frayères à lits de gravier, qu'arrose une eau fraiche, et qui peuvent contenir chacune 4000 œufs. Les incubations, qui donnent 95 pour 100 de produit, lui fournissent une grande quantité d’alevins qu’il nourrit avec des œufs durs, du lait caillé (2), etc., el dont une grande partie sont vendus, dès qu’ils ont un pouce de long, pour servir à l’empoissonnement des étangs (3). Le surplus, après avoir séjourné quelque temps dans les premiers réservoirs, est transporté, au fur et à mesure de sa croissance, dans des étangs plus étendus, en rapport avec les dimensions des poissons, de telle sorte que les différents âges sont toujours

(4) Le premier étang a 125 pieds (11,5) de long sur 75 (7",9) de large; le second, 40 pieds (4") sur 30 (3m). Ces deux étangs, profonds tous deux de 5 pieds (1,5), sont aménagés pour contenir 30 000 poissons, Un troisième bassin, plus petit, sert d'habitation aux alevins, et peut en recevoir 500 000. Une végétation luxuriante contribue à maintenir ces réservoirs en bon état.

(2) Le docteur Slack pense que le lait caillé a l'inconvénient de déterminer la dégénérescence du foie des poissons. (Fourth Report of the Commissioners of fisheries of the State of Connecticut, 1870.)

(3) M. Seth Green expédie chaque annéc une grande quantité d'œufs fécondés, enveloppés dans de la mousse humide et bien protégés contre la gelée. Ii en a vendu, en 1868, pour 300 livres (7500 francs).

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séparés (1). Outre la vente d'œufs fécondés, d'alevins et de poissons ayant acquis des dimensions marchandes, M. Seth Green se fait un revenu important par la concession de licences de pêche à la ligne dans ses étangs. | sat si convaineu de l'utilité de l'éducation artificielle, qu’il affirme qu’il suffit de quelques milliers de francs et de deux années de temps pour qu'on puisse fournir le marché de bons poissons (2).

Il faut aussi citer l'établissement du docteur J. IT. Slack, à Troutdale, près de Bloomsbury (New-Jersey), fondé dans le Muskorietkong-Creek; une eau abondante et pure, à une

: température constante de 50 degrés Fahrenheit (+ 10° c.),

coule d’une source où vivent en liberté quelques centaines de Truites, se rend sur des appareils à incubation dont le fond est garni de sable et de cailloux, et va se perdre dans trois étangs de dimensions différentes destinés à recevoir séparément les divers âges des poissons. Des barrages de toile métallique, fréquemment nettoyés, empêchent les impuretés de souiller les pièces d'eau, et préviennent le mélange des poissons de différentes grandeurs. Le fond argileux des étangs est garni de grosses pierres qui servent à abriter les Truites et leur donnent le moyen de se débarrasser par le frottement des nombreux parasites, qui les incommodent souvent. En mai 1868, l'établissement du docteur Slack renfermait 700 Truites adultes et quelques alevins, provenant des éducations de M. Thaddeus Norris (3).

En 1860, M. W. H. Herbert, au nom de la Société d'histoire naturelle du New-Jersey, proposa aux Etats de New-York, New-Jersey et Pensylvanie, de repeupler de Saumons l'Hudson, la Passaie, le Ranton et la Delaware, à la condition que la législature de ces Etats interdirait d’une manière absolue la pêche à toute époque, jusqu'à ce que le succès de l'expérience fût assuré, et plus tard la pêche au moment de la fraye,

(t) Dans les bassins de Mumford, les Truiles ont du frai dès la seconde année; elles gagnent deux livres en trois ans.

(2) Th. F. Knight, The River-fisheries of Nova-Scolia, 1867.

(3) Thadd. Norris, loc. cit., p, 287. — Harper's Magazine, p. 756.

et qu'elle ferait disparaitre sur les cours d’eau tous les obstacles qui s'opposent, soit à la descente, soit à la montée du poisson. La Société ne demandait, pour se charger de cette entreprise, que d’être remboursée de ses frais, évalués par elle à 1000 à 2000 dollars (1). La nature des eaux, indiquées plus haut, permet de supposer qu’elles ont dà autrefois nourrir des Saumons, et donnent les plus grandes espérances de les rendre aussi poissonneuses que celles du Canada et de ia Nouvelle-Écosse, c’est-à-dire plus riches que les rivières à Saumons de l'Irlande et de l'Écosse (2).

En 1867-1868, Livingston Stone, de Charlestown, avec l'aide des commissaires des pêcheries du Massachusetts, à développé 20 000 œufs de Saumons, qui ont été lâchés dans les rivières en 1569, en bonne apparence de force (8). En 1869, il a pu se procurer 100 000 œufs de Saumons du Miramichi (New-Brunswick), dont 46000 seulement se sont trouvés bien incubés ; par suite d’une grande mortalité pendant la résorption, il n’est resté que 15 000 poissons qui ont été mis à l'eau en novembre. .

D'importantes expériences ont été faites, ces dernières années, sur la propagation des Aloses (Alausa præstabilis ou sapidissima), par M. Seth Green (4), qui, avec le concours des commissaires des pêcheries, travaille à donner, suivant ses propres paroles, un plat de poisson par jour au peuple, et à qui les résultats déjà obtenus annoncent que le moment est proche où les rivières du New-York, Pensylvanie, New-Jersey, Delaware et Maryland, seront pourvues abondamment de poisson. Ayant pêché à /a seine un certain nombre d’Aloses (5),

(4) A ces dépenses doivent s'ajouter les indemnités à payer aux propriétaires des barrages, pour y établir des passages à poisson.

(2) On a fait aussi quelques essais de colonisation du Lake-Trout (Salmo Toma). ‘

(3) Report of the fish Commissioners to the Legislature, 1869, p. 21.

(4) Col. James Worrall, Report of the Commissioners of the fishevies of the Susquehanna for the year 1868 (Commonwealth of Pensylvania, 1869, p. 19).— Thaddeus Norris, American Fish-cullure, p. 153.

(5) M, Scth Green a observé qu'un ovaire d’Alose, du poids de 13 onces

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