‹ Pisciculture dans l'Amérique du Nord [microforme]Chapitre 2 sur 4 · RE · texte numérisé non relu

RE

M. Seth Green chercha à incuber leurs œufs (L), aprés les avoir fécondés artificiellement, comme pour les Truites, et en plaça plusieurs milliers dans des boîtes qu’il immergea à proximité du rivage; mais, à son grand désappointement, tout fut perdu par suite de l'abaissement de la température à 12° Fahr. (+ 5° c.) au-dessous de celle de :a rivière, qui était de 67°, 75 Fahr. (+ 20° c.) (2). Pour obvier à cet inconvénient et éviter en même temps les attaques des Anguilles et des autres poissons, il plaça au milieu du courant (ayant une vitesse moyenne de deux milles à l'heure) une boite fermée par des toiles métalliques, longue de deux pieds sur quinze pouces de largeur et de profondeur, et maintenue flotlante au moyen de deux planches latérales ; ces boîtes peuvent contenir chacune de 50 000 à 100 000 œufs. Cinquante ou soixante heures après, M. Seth Green avait un grand nombre d'alevins qui grouillaient dans la boite, comme des insectes dans une mare. Il manquait cependant quelque chose au procédé, car la force du courant accumulait tous les œufs au fond de la boite, et gênait ainsi leur évolution (3). Il y eut,

(364 gr.), donne environ 70 000 œufs propres à être fécondés. Ces œufs, plongés dans l’eau et imprégnés de laitance, se gontlent rapidement, comme cela a lieu pour les œufs de Corégone, mais l'évolution embryonnaire est beaucoup plus rapide: en effet, après quatre heures d’incubation, un embryon d’Alose est aussi développé que celui d’un Corégone âgé de trente-trois jours. Les œufs renfermés dans l'ovaire d’une Alose sont de trois dimensions : lesuns, ayant de 8 à9 centièmes de pouce (0,0024 à 0.0027)de diamètre, sont transparents et prêts à être pondus ; les autres, ayant de 4 à 5 centièmes de pouce (0,0012 à 0,0015) ou seulement 1/200° de pouce (0,0006) dediamètre, sont opaques et paraissent être les œufs destinés à une ponte ultérieure, un an, deux ans plus tard, ô

M. Scth Green, qui a élevé, en 1867, 600 000 Aloses, voulait porter ce nombre à 1 000 000 en 1868. ;

(1) Des œufs pris directement dans la rivière n’ont pas réussi, Est-ce par suite du changement d’eau ou par la différence de pression ? |

(2) M. Seth Green a constaté que la température de + 76° Fahr, (+250 centigr.) était la plus favorable à l’incubation. :

(3) Les boîtes à incubation sont maintenant disposées de façon que le courant donne seulement un léger mouvement aux œufs.

nonobstant, un beau résultat : plus de 90 pour 100 d'alevins, longs d'un huitième de pouce, qui furent lâchés dans la rivière. Les Aloses ne peuvent être gardées confinées, car leur vésicule, portée sur un court pédicule, se résorbe en deux ou trois jours; mais il faut leur donner la liberté loin du rivage, où les Vandoises (4) et d’autres poissons leur font une chasse des plus vives. Du reste, elles semblent reconnaître le danger, car elles fuient le rivage pour chercher le milieu du courant, qui les entraine peu à peu vers l'Océan. Aussi M. Seth Green, pensa-t-il, pour assurer leur sauvetage, à donner la liberté à ses alevins la nuit et en pleine eau. Cet habile piscieulteur, qui a souvent pris des Aloses mâles prêtes à frayer et âgées seulement d’un an (les poissons, au corps eflilé, ont environ dix pouces de lung), n'a jamais rencontré de femelles dans le même état au-dessous de l’âge de deux ans : celles pesaient deux livres; celles de trois ans, deux livres etdemie , et ceiles de quatre ans, six livres (2).

Les commissaires des pêcheries américaines ont, avec l’assistance de M. Seth Green, transporté dans des vases pleins d’eau des œufs d’Alose, qu’ils ont déposés dans le haut Connecticut, ayant déjà subi la majeure partie de leur évolution, et espèrent ainsi en repeupler les eaux. Déjà on à pris dans le Connecticut quelques Aloses longues de neuf à dix pouces.

M. Seth Green a opéré, pendant l’année 1867, sous Îles auspices des commissaires du Massachusetts, du Connecticut, du Vermont et du New-Hampshire, le rempoissonnement des eaux de ces Etats en Aloses (il est parvenu à opérer l'incubation de masses énormes d'œufs à des prix très-minimes, et le transport peut s’en faire à de grandes distances presque sans frais), et des quantilés de ce poisson ont été versées dans le Merrimack, le lac Vinnipegosis et le Pemigewasset, d'où

(4) Une seule Vandoise contenait dans son estomac 40 alevins d'Alose. |

(2) Une Alose de deux ans donne 50000 œufs; à quatre ans, elle en donne 100 000.

levins, ivière.

r vési- PUx ou rivage, chasse anger, urant, Green, berté à ulteur, L âgées nviron dans le esaient t celles

ec l’ass pleins at Conlution, a pris if à dix

es auseclicut, ent des ncubas, et le ue sans dans le t, d’où

) alevins

, elle en

la descente a dû se faire en 1867, pour effectuer leur retour l'automne suivant (1).

Du reste, une expérience faite en 1858 leur permet de compter sur le succès : en effet, à cette époque, le docteur W. C. Daniell (2), se basant sur l'instinct qu'ont les poissons anadromes de remonter leurs rivières natives pour y reproduire leur espèce, transporta des œufs fécondés d’Alose pris dans la Géorgie, dont les rivières débouchent dans l'Océan, dans les cours d’eau supérieurs de l’Alabama, qui se déversent dans le golfe du Mexique : aujourd'hui les rivières de l’Alabama fournissent une grande quantité d’Aloses.

Toutes ces expériences donnent grand espoir de réussir, sans trop de dépenses, à peupler d’Alosesles rivières de New-York et de la Pensylvanie, l’Hudson et ses tributaires, l'Ontario, le Champlain et le Saint-Lawrence; rien n'est, en effet, plus facile que de déposer des millions d’alevins dans leurs eaux supérieures, en ouvrant des passages aux poissons au milieu des barrages qui leur obstruent la voie, et l’on est assuré de fournir ainsi une immense quantité de matière alimentaire aux riverains (3).

En 1867-1868, M. A.C. Hardy a réussi, à North-Andver, à incuber l’Alose, et dès l’année suivante on trouvait beaucoup de jeunes dans le Merrimack (4).

En 1869, par suite d’un retard apporté à la promulgation de la décision de la chambre législative de New-York, M. Seth Green a pu seulement, la saison étant trop avancée, obtenir l’incubation de 4 500 000 œufs d’Alose au lieu de 300 000 000, ce qui retardera les bons effets qu’on attendait de ces essais.

(1) Report of the Fish Commissioners to the Legislature 1869. Manchester, 1869. -

(2) D° W. G, Daniell, On the introduction of the American Shad into the Alabama river (Proceedings of the Academy of natural History of Philadelphia).

(3) D' Howell, Shad fisheries of the Delaware (American Journal of Science, 1867, t. XXXIL, p. 134).

(4) Fourth Report of the Commissioners of the State of Connecticut, 4870, p. 21.

Mais cependant les commissaires ont été heureux d'avoir pu constater un revirement dans les dispositions des pêcheurs, qui, au lieu de renverser les boîtes à incubation, se sont empressés de prêter leur concours aux pisciculteurs du gouvernement : et dans le but de favoriser les essais d’incubation artificielle, les commissaires ont proposé de mettre à la disposition des pêcheurs les appareils nécessaires, et de leur permettre la pêche en temps de frai, à la condition qu'ils feraient de l'incubation. Tout individu dont les boîtes née seraient pas employées perdrait par cela même sa licence (1).

Alewife (Alausa tyrannus), — Au commencement de ce siècle, le général Lincoln a fait connaître l’heureuse introdnction, faite depuis une trentaine d'années, dans les eaux d'Hingham, de plusieurs A/ewifes en état de fraye; la descendance de ces poissons ayant pris le chemin de la mer par des passages pratiqués à cet effet, depuis, cette espèce se trouve dans ces eaux (2). En 1868, de nouveaux essais ont été faits avec succès dans la rivière de Boston, où l’on a déposé 4 75à 000 jeunes A/ewifes ; on en a transporté également en 1869 une grande quantité dans des étangs.

Smelt (Osmerus viridescens, O. mordax). — Les commissaires des pêcheries américaines ont appelé l'attention sur les avantages de ce petit poisson, si estimé des consommateurs, et qui paraît devoir être colonisé avec facilité par l’introduction de poissons mérs, si l'on s’en rapporte à quelques essais déjà tentés (3).

La nécessité de pourvoir au repeuplement des eaux des États-Unis est aujourd’hui universellement reconnue : aussi les divers États ont-ils nommé des cominissaires chargés de pourvoir aux meilleurs moyens de remédier à l’élat actuel. Ils ont proposé d’établir des passages on échelles (4), qui per-

(4) Fourht Report of Connecticut, 1870.

(2) Theod. Lyman et CI. A. Read, Loc. cit., p. 5, — Belknap, History of New-Hampshire, t. UK, p. 357.

(3) Reports of the New-England Fish Commissioners for 1867.

(4) Le temps n’est pas éloigné où la rivière Oswego, à Fulton, était assez

se

voir pu icheurs, se sont ju gou- ‘ubation h la diseur perferaient \ient pas

it de ce itrodncx d’Hinendance passages ve dans its avec 755 000 869 une

commisn sur les mateurs, ntroduces essais

aux des pe : aussi argés de t actuel.

qui per-

>, History

était assez

mettraient au poisson de gagner les eaux supérieures, et, bien que les passages inclinés sur lesquels l'eau coule leur aient paru plus simples, plus économiques et d’un entretien plus facile, ils n’en ont pas moins proposé l'établissement d'échelles, où l’eau se brise dans des sortes de cuves, ce qui permet aux poissons moins énergiques que le Saumon de les remonter plus facilement, et qui, d’ailleurs, sont seules applicables aux chutes très-élevées. En outre, les commissaires, se basant sur ce que le Saumon et les autres espèces anadromes ont l'instinct de remonter aux lieux qui leur ont servi de berceau, ont proposé de transporter au-dessus des barrages des poissons prêts à frayer, ou d'établir une éclosion artificielle des œufs recueillis avec soin (1). Malgré les difficultés que présente le transport des poissons, dans les conditions physiologiques sus-indiquées, on a placé 5 à 600 Saumons au-dessus de l’écluse du Saint-Lawrence, après que le passage à poissons a été terminé en 1867. Des résolutions confirmant ces propositions avaient été prises, dès 1866, par les États du New-Hampshire, Vermont, Massachusetts et de Connecticut.

Des passages à poissons ont été établis dans le Merrimack, et des milliers d'œufs ont été préparés pour mettre dans ses eaux de nombreux alevins, avec l'assistance dun docteur Fletcher, de Concord et de M. J. S. Robinson, de Meredith, La perte n’a été que très-minime, 10 pour 100 environ, et l'on à

riche en Saumons pour que, chaque soir, on pât en prendre par centaines, et pour qu'on vendit, à raison d’un shilling pièce, des poissons pesant 42 et 15 livres. Mais, depuis l'établissement d'un barrage pour le canal Oswego, la remonte à cessé et les Saumons ont désappris le chemin de cette rivière, C’est par une raison semblable que l'Alose, autrefois abondante, a complétement disparu de la Susquehannah, (Hon. Steph. H. Ainsworth.)

(4) es commissaires ont aussi insisté sur la nécessité de protéger le pisciculteur, ce qui n’est ni dans la loi, ni dans les habitudes, les pêcheurs ayant la conviction que la législation est injuste et qu'il y a plus d'honneur à la violer qu’à lui obéir, fl faut, disent-ils, sévir rigoureusement contre le braconnage, car tant qu'il ne sera pas sévèrement réprimé, personne ne voudra tenter de repeupler les étangs : il ne serait certainement pas plus difficile de protéger le poisson que le gibier.

mis en liberté les poissons, alors seulement qu'ils étaient âgés d'un an (1867-1868) ; ils ont opéré leur descente à la mer, et l'on s'attendait à les voir revenir dans les mêmes eaux en 1869. Dans le but d'assurer le succès de l'opération, M. le docteur Fletcher a été chercher en 1868, dans le New- Brunswick, quelques centaines de milliers d'œufs, qu'il a mis en incubation dans son appareil. Comme les incubations de M. J. S. Robinson n’ont pas été moins heuréuses, out poric à croire à un succès très-prochain, et l'opinion générale est que, les Saumons reprenant les routes qu'ils avaient désapprises, la stérilité aura fait place à l'abondance,

Page 1