NOUVELLE-ÉCOSSE
Dans la Nouvelle-Écosse, les rivières sont si abondamment fournies de poissons, Saumons (Sa/mo salar), Truites (Sa/mo Gloveri), Éperlans (Osmerus viridescens), Loups (Labrax lineatus), Aloses (Alausa sapidissima), Gaspercaux (4/ausa tyrannus), Anguilles (Anguilla vulgaris), etc., que M. Th. F. Knight (4) a pu sans exagtration les comparer aux mines de Golconde, en faisant remarquer que l’homme a là à sa disposition une mine inépuisable, à la condition d'observer les lois de la nature. Cependant les obsiructions qui ont été établies sur un grand nombre de points, en vue de faciliter la navigation ou d'assurer l'alimentation des moulins ou usines établis sur le bord des rivières; la pratique pernicieuse et généralement répandue de pêcher en temps prohibé ; l'emploi d'engins destructeurs (tels que filets fixes,
(1) Thom. F. Knight, Report on the fisheries of Nova-Scotia, 1867. — The River-fisheries of Nova-Scotia, 1867.
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à mailles étroites qui interceplent le courant, nasses) (1); l'inobservation des lois protectrices de la pêche, ete., ont exercé une influence assez sensible sur la quantité du produit fourni par ces rivières, pour qu'on commence à s’en préoccuper et qu’on demande une protection eflicace qui soit capable d'arrêter le dépeuplement progressif des eaux. Les écluses et barrages, construits en grand nombre, et que n’ont pu faire encore disparailre ni les eflorts de la Société protectrice de la chasse et de la pêche, ni les dispositions de la législation nouvelle, qui doit assurer un sort plus prospère à la pêche, sont, avec les filets qui barrent le courant et empèchent le poisson de remonter jusqu'aux points où il doit frayer, les causes les plus graves de la diminution du poisson dans la rivière. Aussi a-t-on pensé à établir des passages ou des échelles pour le poisson, mais on s’est heurté contre le mauvais vouloir des meuniers et usiniers, qui prétendent que ces appareils les empêcheront d'avoir en tout temps l’eau nécessaire pour faire tourner leurs roues, et qui s'opposent obstinément à toutes les mesures prises en vue d'améliorer le rendement des eaux en poisson, Jusqu’à présent, ces difficultés n’ont pu être surmontées.
Bien qu’en aient prétendu quelques personnes, qui affirment que la propagation artificielle du poisson sera absolument inutile pour le but qu'on se propose, il n’en est pas moins reconnu par les gens sérieux que l’éclosion artificielle doit fournir un appoint valable à la production annuelle du poisson, puisqu'elle permettra d'éviter, en grande partie, la mortalité qui sévit sur les œufs et les alevins, surtout à leur premier âge, causes qui sont assez puissantes pour décimer et décimer encore celte intéressante population. Se basant sur
(4) Dans un grand nombre de localités, on dispose, sur les points des chutes où le Saumon peut s'engager, des nasses à Anguilles, dans lesquelles les Saumoneaux viennent se prendre en énormes quantités, tellement, que l'on compte par boisseaux les poissons de celte espèce qu'on donne aux porcs,
eu QE me les enseignements de la France (1) et les succès incontestables obtenus en Angleterre, en Irlande et en Écosse, M. Knight demande l'application à la Nouvelle-Écosse de la législation promulguée, dans ces dernières années, au Canada, et l'organisation de quelques éducations dans de petits cours d’eau qui sont des propriétés particulières et offrent les conditions les plus favorables au développement d’une si utile industrie. D'autre part, la Société protectrice de la chasse et de la pêche appuie cette proposition, et pense que le temps est proche où la culture du poisson occupera autant de bras et de capitaux que la culture du sol; car, dit-elle dans une de ses publications, on reconnaitra bientôt que les eaux sont d’un plus grand rapport que les terres, et on leur accordera une protection égale à celle donnée, sans conteste, aux champs et aux prairies.
Dans l’état actuel, la Nouvelle-Écosse ne pense pas à acquérir des espèces étrangères, ce qui n'aurait aucun avantage bien marqué pour ses pêcheries ; mais elle se borne à chercher, par la propagation artificielle, à augmenter le rendement de ses eaux en concentrant ses efforts sur les espèces qui les habitent naturellement, et à prévenir les fluctuations de produit obtenu, si fréquentes jusqu'ici et qui sont dues à diverses causes accidentelles. Par un judicieux emploi de la pisciculture, elle peut rendre certaine son immigration annuelle de poissons, l’augmenter même, et revenir à cette époque fortunée où les apprentis stipulaient dans leurs conventions, qu’on ne leur ferait pas manger de Saumon plus de deux fois par semaine.
(1) Gerbe, Pisciculture (M. Th. F. Knight, The River-fisheries of Nova- Scotia, p. 72).
Paris, — Imprimerie de E. MARTINET, rue Mignon, 2.
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