CANADA
Le Saumon abondait autrefois, ainsi que de nombreuses espèces d'excellents poissons, dans les eaux du Saint-Lawrence et de ses tributaires, depuis les chutes du Niagara jusqu'au Labrador; mais dans ces dernières années, en raison des pêches désordonnées et surtout de trop nombreux barrages établis sur son cours, il avait notablement diminué et ne se rencontrait plus guère que dans les eaux du Jacques-Cartier. Mais, comme l’a fait observer le Rév. W. A. Adamson (L), dans un mémoire lu devant l’Institut canadien de Toronto, le Saumon pourrait facilement encore être un aliment économique, facilement accessible au plus grand nombre des familles canadiennes, et même devenir un objet de sérieuse exportation pour les États-Unis. Sans doute, ce poisson a été victime de cette propension qu'a l'homme, surtout sauvage, de détruire tout ce qui vit et contribue à son alimentation ; sans doute, la négligence des constructeurs de moulins à ne pas ménager quelque chute ou couloir par où le poisson pourrait remonter, a été une cause puissante de diminution ; mais le mal serait aisément réparable par l'établissement
(4) Rév. W. A. Adamson, On the Decrease, Restoration and Preservation of Salmon in Canada, 1856. — Sir J. E. Alexander, Salmon fishing in Canada, 1860. — 3. M. Le Moine, les Pécheries du Canada, 1869. — The Technologist, 1860, t. I, p. 85.
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— M de barrages-échelles, comme ceux qui ont donné de si beaux résultats en Norvége et surtout dans léRoyaume-Uni. Le consoil du Rév. Adamson a été entendu, et en 1858 la législature du Canada a promulgué une loi de protection, d'encourage ment et de régularisation de la pêche, à la suite de laquelle des surintendants des péchés ont pris, dans le haut et bas Canada, des mesures conservatrices,
Convaineu que pour rendre aux eaux leur fertilité perdue, il ne suffisait pas d'ouvrir des passages au Saumon et de lui accorder toute protection, M. Richard Netile, alors inspecteur des pêcheries du Canada Est, résolut d'avoir recours à la fécondation artificielle. Pour cela, dans une maison fraiche, en été, par suite d’une bonne ventilation, et pouvant,en hiver, être maintenue à une température convenable, il organisa un bassin de huit pieds sur douze, dans lequel coule sans interruption l'eau du lac Saint-Charles, distant de dix-huit milles de la ville. Le réservoir se divise en deux compartiments : l'un, plus profond, garni de quelques fragments de rocs et destiné à recevoir plus tard les alevins ; l’autre, subdivisé en trois parties profondes de 1 à 6 pouces, et dans lesquelles doit se faire l'éclosion. Le fond de cet appareil à incubation est garni de sable et de graviers de manière à imiter le lit d’une rivière. En septembre, on pêche, au voisinage de l'établissement, des Saumons mâles et femelles pour se procurer les œufs, qu’on féconde et place dans l'appareil. L'éclosion s’en fait en général en février (elle a demandé en 1859 cent treize jours). Les alevins, conservés quelque temps dans le grand réservoir, où ils prennent peu de développement, sont ensuite lâchés en rivière pour y vivre en liberté.
M. 8. Wilmot, de Newcastle, ayant obtenu l'autorisation de pêcher en temps prohibé, pour faire des expériences de fécondation artificielle, a pu réussir heureusement ses éducations au moyen de poissons pris dans quelques cours d’eau tributaires de l'Ontario. Bien que la malveillance ait détruit une partie de ses œufs, et qu’il ait été obligé d’en transporter le reste dans son domicile, il est parvenu à élever 30 000 Saumoneaux, qui se sont parfaitement développés.
D'autre part, un Français, M. de Courtenay, qui avait longtemps dirigé les pêcherées du lac Majeur, a pensé à repeupler des meilleures espèces de poissons, avec l'aide de quelquesuns de ses employés, qu'il fit venir d'Italie, les lacs Megantic, Saint-Francis et Louisa, dont il possède la concession, dans l'espoir de trouver dans la fécondation artificielle les moyens de fournir de poisson les marchés des États- Unis.
Bien que le produit en Saumon du Saint-Lawrence ait été encore, dans ces dernières années, de près de 200 000 francs, ce résultat n’est rien en comparaison de ce qu'il a été et surtout de ce qu'il pourrait être : en effet, l’opinion généralement adiise est que ce produit pourrait devenir infini à l’aide de l'éducation artificielle. Aussi la législation canadienne, dans le but de multiplier les éclosions, accorde-t-elle des priviléges aux particuliers qui s’adonnent à la fécondation artificielle, et leur assure-t-elle la plus entière protection dans le cours d'eau où ils opèrent.