‹ Pise et LucquesChapitre 12 sur 19 · L'ART DU MOYEN AGE · texte numérisé non relu

L'ART DU MOYEN AGE

époque, rappellent d’assez près celles que Biduino, dont nous avons rencontré des œuvres à Pise, a sculptées au-dessus des portes de la petite église San Salvatore, située au coin d’une place pittoresque, non loin du portail méridional de San Frediano.

Ce Biduino et cet obscur Roberto nous donnent une idée encore barbare de l’art du XIIe siècle ; mais Lucques, touchée dès lors par l’influence du nouvel art pisan, se couvrait de monuments nouveaux, qui sont loin de sentir la barbarie : le baptistère, San Michèle, la cathédrale, Santa Maria Forisportam, San Giusto, s’ornent de façades ou de portails qu’enrichissent de précieuses sculptures ornementales. Toutefois, les restaurations et remaniements successifs ont obscurci la physionomie première

Fragment d'architrave romane. (San Giusto.)

de ces anciens monuments, et il est difficile de définir un art roman proprement lucquois. Une architrave, sculptée de magnifiques enroulements de feuillage et de fruits, surmonte le portail de la petite église San Giusto, et l’art roman n’a pas produit de plus beau motif ornemental ; mais on en trouve du même caractère en Sicile, en Apulie, en Ombrie, en Dalmatie, en Provence, dans toute la France, etc. A San Giovanni et à San Michèle apparaît un même motif : un portail cintré, à ébrasements ornés de colonnettes, avec une architrave sculptée, et, au-dessus, une rosace évidant le tympan ; mais ces deux exemples, datant tous deux du XIIe siècle, ne suffisent pas à créer un thème artistique qu’on doive dire lucquois. Au Musée, une paroi de marbre, provenant de Santa Maria Forisportam et refouillée de motifs feuillagés, de masques humains et de dragons, se rapproche trop de certaines sculptures décoratives lombardes pour qu’on y reconnaisse, avec M. Venturi, un monument d’art proprement autochtone. La riche façade de San Michèle, qui n’a été terminée qu au

Jr'lio i. AJinail.

Relief décoratif (xnie siècle) provenant de Santa Maria Forisportam. (Pinacothèque.)

San Paolo a Ripa d’Arno : malgré les divergences d’opinion des critiques sur les dates exactes de ces façades, il paraît certain que la façade de San Michèle (la plus riche, sans doute, mais illogique de plan et trop étriquée), est imitée des autres plutôt qu’elle ne leur a servi de modèle1. Notons-y seulement un beau motif, d’origine orientale : ces ouvertures cintrées et géminées pratiquées dans la muraille du fond derrière les galeries (qui paraissent d’une date postérieure) ; on retrouve ce motif à la cathédrale : il est probablement d’importation apulienne.

La cathédrale, quoique plus remaniée que les autres églises romanes

i. Elle est couronnnée par une très curieuse statue de saint Michel, toute romane d’aspect, refaite d’ailleurs de nos jours, mais copiée de très près sur l'ancienne.

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XIIe siècle (et dont les sculptures de marbres blancs et roses ont été refaites au XIXe), est d’apparence très originale ; mais, plaquée sur une église plus basse, elle n’est qu’un immense motif ornemental surajouté à un austère et pur monument du vin0 siècle ; en outre, la partie inférieure ressemble de très près aux églises pisanes du même temps ; la partie supérieure, avec ses galeries à colonnettes et à arcs cintrés superposés, rappelle la partie équivalente de la cathédrale, mais avec un étage à fronton, pareil à ceux qui couronnent les façades du Dôme de Pise et de

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