L’ART DU MOYEN AGE A LUCQUES
Malgré ses lointaines et obscures origines, Lucques ne possède aucun vestige intéressant de l’art antique. Ville ligure où se mêlèrent et finirent par prédominer des éléments étrusques, colonisée par les Romains, qui y firent aboutir la via Clodia, municipe indépendant, elle ne conserve de ce passé que des souvenirs. Toutefois l’empreinte romaine y demeure sensible sur les vieux monuments du moyen âge. San Frediano, la plus archaïque de ses églises, garde l’apparence d’une primitive basilique chrétienne : des nefs parallèles, couvertes de charpentes visibles, divisées par des colonnes antiques portant des arcs cintrés, sans ornement, au fond un chœur surélevé et une abside nue ; ces formes simples et froides s’accusent simplement au dehors par des murs sévères. San Frediano a été en effet fondée au VIIe siècle, par les rois Lombards. Pourtant, ce n’est pas l’église du VIIe siècle que nous voyons aujourd’hui, ou du moins nous ne la voyons que très remaniée : remarquez d’abord que, contrairement à la règle rituelle suivie pendant tout le moyen âge, le chevet est à l'occident et le portail à l'orient ; au chevet d’ailleurs apparaissent des ouvertures cintrées, deux œils-de-bœuf, une galerie à colonnettes de marbre blanc, bref tous les motifs de l’architecture pisane des XIe et xnc siècles ; la conclusion paraît évidente : l'abside a été plaquée à cette époque sur l’ancienne façade, et le portail reporté à l’orient à la place de l’ancien chevet. Nous savons du reste que l'édifice a été remanié ou reconstruit dans
LUCQUES
la première moitié du XIIe siècle. Les archéologues ne sont pas d’accord sur l’importance de ces travaux : toutefois, il nous semble que l’intérieur a conservé trop exactement l’aspect des anciennes basiliques pour qu’on doive admettre avec certains historiens que les travaux du XIIe siècle n’aient rien conservé de la primitive église. C’est à la fin du XIIe siècle seulement, ou au début du XIIIe, qu’il faut attribuer la mosaïque (fortement restaurée) de la façade actuelle, et la partie supérieure du cam-
San Frediano.
Phot. Aiinari.
panile à créneaux guelfes qu'allègent de jolies ouvertures à colonnettes blanches (fortement restauré, lui aussi, par G. Pardini, de 1844 à 1858). Malgré ces transformations, l'intérieur offre encore l’austère aspect d’une église lombarde; seules, les chapelles, installées assez tardivement dans de petites nefs latérales, ont réduit la largeur apparente de l’édifice. La large cuve ronde des fonts baptismaux est sculptée de figures rudes et gauches, très frustes, signées par un certain Robertus dont nous ignorons tout ; autrefois, on y lisait une date : 1051 ou 1151 ; la seconde reste la plus vraisemblable : en effet, ces lourdes figures, drapées à la romaine, mais avec des plis stylisés, aux enroulements caractéristiques de cette