‹ Pise et LucquesChapitre 14 sur 19 · L’ART DU MOYEN AGE · texte numérisé non relu

L’ART DU MOYEN AGE

déploie avec une heureuse luxuriance, toute lombarde : un Comacino est passé là, dont nous savons le nom ; c’est ce Guido ou Guidetto da Como, mannolario di San Martino , dont Schmarsow a tenté de reconstituer la carrière depuis la fin du XIIe siècle jusqu’à 1250, à Pistoia, à Prato, à Lucques et à Pise. Ce serait, selon lui, le même artiste que ce Guido Bigarelliqui, en 1246, ouvrait avec autant d'adresse que d’abondance imaginative les riches fonts baptismaux du Baptistère pisan. A vrai dire, rien de plus douteuxjque cette identification, car le style des œuvres ne le justifie guère : et rien de plus incertain que l’attribution de telle ou telle sculpture

Pliot. Alinari.

Niccola Pisano. — La descente de croix. (Tympan d’un portail du Dôme.)

à ce marbrier lombard, que nous devons nous figurer comme un chef de chantier, et non comme un praticien isolé. Les parties purement décoratives, d’une grande richesse ornementale, contrastent avec les scènes de la vie de saint Martin et de saint Régulus, d’une composition monotone, d’une exécution froide, et dont la rigidité archaïque rappelle, çà et là, l’archaïsme grec et étrusque. On retrouve aussi, sur les mêmes murailles, ces représentations des mois que l’art gothique a disséminées dans toute l'Europe. Mais deux sculptures un peu plus tardives se distinguent tout de suite des autres : le relief occupant la lunette du portail de droite, figurant dans un style à la fois sec, précis et gauche, le martyr de saint Régulus, et le groupe placé sur deux consoles à l’extérieur du narthex, groupe très important pour l’époque, composé d’une statue équestre de saint Martin et d’une statue de pauvre, debout, recevant la moitié du man-

LUCQUES

teau du saint. Dans ces deux sculptures archaïques, les visages et les draperies sont traités dans une manière simple et noble, qui fait songer à la fois à l’art attique avant Phidias et à l’art français des premières années du XIII0 siècle ; le Saint Martin est d’ailleurs beaucoup plus beau que le

Saint Régulus; si c’est bien là une œuvre personnelle de Guidetto de Côme (qu’il faudrait, en ce cas, distinguer de Guido Bigarelli) nous devons tenir ce vieux maître pour l’une des plus pures gloires de la primitive sculpture italienne.

Mais, au-dessus du portail gauche de cette façade, deux autres bas-reliefs, d’un art totalement différent, ne méritent pas moins d’attention que les œuvres attribuées à Guidetto et à ses élèves ; ce sont, sur l’architrave, des scènes de la Nativité da Christ , et, sur la lunette, la Déposition de croix , les plus anciennes sculptures de Niccola Pisano. Là, tout est pressé, entassé, abondant, pathétique : à la noblesse un peu sèche de Guido s’oppose la fougue incorrecte et l’émotion tragique, à un archaïsme figé, l’imitation de la sculpture romaine impériale. Niccola Pisano, encore jeune, montre ici un sens dramatique qui s’apaisera dans ses tableaux du Baptistère de Pise, et que retrouvera son fils Gio-

Porîail du Dôme. Dans la lunette . Des- vanni. Le relief de l’architrave où cente de croix, de Niccola Pisano. A 1 ar- . , , .

chitravë : Nativité, de Niccola Pisano. s accumulent 1 Annonciation , la Nativité et V Adoration des Rois (avec, dans le fond, un décor ogival), a plus souffert que l’autre, et, du reste, ne l’égale pas. On y remarqué pourtant un mouvement et une belle ordonnance scénique, qui se déploient mieux encore dans la Déposition de croix : ce relief, qu’il fallait insérer dans l’arc du tympan, est, malgré cette contrainte, admirablement composé. Tout converge vers le cadavre

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