L’ART DU MOYEN AGE
divin, que Joseph d'Arimathie emporte avec tant de respectueux amour. Et quelle beauté simple et touchante dans le geste du saint Jean, dans l'attitude des saintes femmes convulsées de douleur ! Les chefs-d'œuvre de l’époque romane que nous avons vus à Pise et à Lucques tiennent surtout de l'art ornemental : ici, renaît, avec une émouvante spontanéité,
San Michèle.
un art humain, un art tragique, qui s’adresse directement à notre âme.
Si les arcs en tiers-point apparaissent déjà dans les bas-reliefs de Niccola Pisano, l’architecture ogivale ne se développa guère à Lucques avant le xivc siècle. On trouve à S. Maria délia Rosa un gothique délicat et fleuri : les décorations si élégamment refouillées de cette petite église datent de 1333 et des années suivantes, et rappellent le goût de Giovanni Pisano et de son école. Plus tard, vers 1372, quand le style gothique s’est définitivement implanté en Toscane, les Lucquois, qui, depuis 1308, remaniaient sans plans suivis l’intérieur de leur cathédrale, en refont lès
LUCQUES
piliers et les recouvrent de voûtes ogivales : ils imitent dans cette construction les plans de Francesco Talenti pour Sainte-Marie-des-Fleurs, avec plus de goût que d’originalité ; d’ailleurs, les arcs reliant les piliers gardent la courbe romane. Il y a plus de hardiesse et de nouveauté dans
Pliot. Alinari.
Dôme de Lucques. Nef majeure.
la coupole du baptistère, à San Giovanni : elle date de 1393, et ses arcs aigus, aux lignes sveltes, d’un si bel élan, sont du plus simple mais du plus saisissant effet1.
j Au xivc siècle, Lucques est restée pauvre en artistes. Il suffit de citer le vieux peintre Angelo Puccinelli, dont il y a quelques peintures à fond d’or, notamment à S. Maria Forisportam, à S. Paolino, à la Pinacothèque : on y retrouve une imitation sans originalité des retables siennois.