‹ Pise et LucquesChapitre 2 sur 19 · PHYSIONOMIE DE PISE · texte numérisé non relu

PHYSIONOMIE DE PISE

Une cité morte, enfermée dans l'anneau de ses tristes murs rouges, une vieille ville de province aux rues uniformes, dormant sur les deux rives de son fleuve, encerclée de médiocres faubourgs modernes et d’une plaine sans arbres, l’image terne, usée, avilie, d'une interminable déchéance, qui se traîne depuis cinq siècles, — telle est Pise pour beaucoup de voyageurs hâtifs. Ils savent pourtant qu'une place herbeuse, tout au bout de la ville, entoure de silence trois insignes reliques, le Dôme, le Baptistère et le Camposanto ; et ils se pressent de visiter ces monuments de marbre que domine la tour penchée. Rien autre ne compte, ici, pour les touristes qui, entre deux trains, saluent ces gloires solitaires, et repartent aussitôt pour Florence ou pour Rome.

PISE

Si telle est Pise, pourquoi a-t-elle chanté aux poètes un. hymne si mélancolique? Pourquoi Alfieri, Byron, Keats et Shelley, pourquoi Leopardi, Michelet, et tant d'autres, l’ont-ils aimée d’un si pénétrant amour ?

C’est que peu de villes enferment un pareil secret de tristesse. Il suffit de s’attarder quelques jours en elle pour l’entendre murmurer cette grande harmonie en mineur, qui s’élève de ses pierres chargées de souvenirs, de ces rives encaissées où l’Arno coule sur un limon sablonneux, de ces palais vides, de ces églises de marbre, et de cette plaine même, souvent brumeuse, qui la sépare des montagnes ou de la mer. L’histoire parle ici d’une voix tragique, et la ville gibeline est pleine de drames ou de légendes. Mais, sans même évoquer les vicissitudes d’un tel destin, le voyageur, qui écoutera au bord du fleuve cette musique du paysage, s’emplira d'une tristesse féconde, qui le préparera à mieux goûter la poésie de ces lieux où tant d'humanité a vécu et souffert. Tristesse où se mêle une certaine douceur, — la douceur d’une cité calme et d’un climat tiède, — et dont Leopardi avait si vivement senti, tout un hiver, le charme enveloppant ! Combien de villes italiennes nous donnent-elles une sensation pareille? Ferrare est moins grave, Mantoue plus théâtrale, Ravenne plus âprement désolée. Mieux que ces autres cités déchues, Pise porte, avec simplicité et noblesse, ce grand manteau de deuil qui lui sied. Ce sont des sœurs qui se ressemblent : mais Pise est plus que les autres riche en enseignements.

D’ailleurs , même avant d’entendre s’exhaler ce lyrisme qu’elle enferme, un voyageur attentif y goûtera un pittoresque que les touristes distraits lui dénient : murailles de brique encore couronnées de créneaux, et où les béliers florentins ouvrirent tant de brèches, palais blancs et noirs aux fenêtres en tiers-point, palais de la Renaissance aux façades d’un style pur, mais où de lourds balcons de marbre, suspendus à quinze mètres de haut, permettent à l’œil de mesurer l’énorme hauteur des étages, — ruelles où les tours du moyen âge servent aujourd’hui de maisons populaires, — églises parées de marbre, attirantes et vénérables, — cloîtres charmants, et jardins fermés, dont les sombres verdures dépassent les murs sévères, — citadelle rouge, au bout du fleuve, campaniles au bout de chaque rue, et toujours, au nord et à l’est, les lignes arrondies des monts Pisans, qui, selon les heures, apparaissent couleur de brouillard, ou couleur de ciel, ou d’un beau vert d'émeraude sur lequel se détachent les notes claires des maisons et des villages.

Il suffit d’aller sans hâte de la gare à la place du Dôme pour entre-

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voir tout cela, et en découvrir l’attrait pittoresque. L’attrait plus immédiat qu'éprouvent les voyageurs sur la grande place où se regardent le

Dôme et le Baptistère, pour être incontesté, n’est pas moins saisissant. Ces demeures de marbre réservées à Dieu et aux morts, au bout de cette

e Baptistère, la Cathédrale et la Tour penchée.

PISÉ

étrange prairie, et qui se détachent noblement sur les remparts roses, sur l’horizon des montagnes, et sur un ciel où le vent de mer accumule tant de nuages, sont les plus beaux asiles de silence et de recueillement que puisse souhaiter une âme encline aux rêves : rien de désordonné ne s’en dégage ; ces deux églises, dont les marbres blancs ont bu le soleil pendant huit cents années, nous enseignent l’équilibre, si elles nous détournent de la joie : près de la porte de la cathédrale, en face du campanile, une vieille statue du roi David, placée dans une niche, symbolise

Vue générale de Pise.

justement ces harmonieux regrets que les rêveurs accueillent ici dans leur cœur. A l’intérieur du Dôme, les colonnes antiques, apportées par les marins pisans, le Christ sombre de la mosaïque absidiale, et le saint Jean de Cimabuë qui veille près de lui, l’impérieux aigle de marbre de Giovanni Pisano et les raides figures qui gardent la chaire de la grande nef, se concilient avec la molle Sainte Agnès d’Andrea del Sarto, avec les broderies de marbre de Stagio Stagi, ou même avec le grand plafond d’or chargé d’ornements baroques : pourquoi ? par quelle vertu ? Par celle, sans doute, de cette puissante et claire architecture romane, austère mais séduisante, et qu’aucune décoration n’écrase, et qui fond sans peine en un même accord les contradictions des siècles. Dans la nef ronde et nue du Baptistère, on n’entend plus qu’une seule note sévère et robuste : le sacristain qui vous fait écouter le curieux écho de la voûte n'y éveille

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qu’une musique sévère, dont ne s’égaye qu’une seconde notre futilité ; une harmonie grave convient à la Vierge de Niccola Pisano, qui a le visage de la Phèdre antique, ou à celle de Giovanni, au portail majeur, reine-mère orgueilleuse, mais si austère et si triste.

Tristesse poétique, du reste, et qui s’épanouit toute dans le Camposanto. On se souvient de l’éloquente rêverie qu’y a jadis traînée Michelet : il suffit de le vouloir, pour en retrouver l’écho exact, dans cette blanche

Pilot. Alinari.

Corridor oriental du Camposanto.

demeure des morts. Les fresques tragiques de Traini, et celles de Benozzo, d’une grâce presque allègre, ne se contredisent pas : le temps a effacé les couleurs trop vives, et les jeunes vendangeuses florentines ne sont plus elles-mêmes que des ombres. Il n’y a de vivant ici que les rosiers qui croissent dans le jardin gazonné, entre les délicates fenêtres de marbre, sous le reg'ard de ces visages pensifs sculptés aux retombées des arcs : un carré d’herbe, des roses, quatre minces cyprès, c’est assez de nature pour embellir, dans ce silence, le sommeil de ceux qui sont couchés ici.

Il fait bon, si l’on a le goût de ces sombres enchantements, errer dans les galeries quand la pluie brouille les horizons et arrose la funèbre

PISE

peiouse : l’ombre s’accumule sous la charpente aux grosses poutres visibles, les trois morts et les trois vifs, avec leur suite brillante, s’estompent dans la fresque où le Triomphe de la mort est peint en couleurs crues, les bas-reliefs du XIVe siècle et les statues maniérées du xix° — la muse de Dupré et la pleureuse de Bartolini — se confondent dans la perspective obscure des vastes couloirs glacés. Rien ne frappe plus le regard, que les fines arcatures de marbre, et la longue file de sarco-

Pliot. Alinari.

Palais de l’Horloge.

phages rangés entre leurs piliers : des tombeaux vides, et des fenêtres aux parures blanches, ouvertes sur un pan de ciel pluvieux. Où sentirionsnous mieux l'ultime vérité humaine, — que tout est vanité, hormis les beaux songes que règle une harmonie intime, et qui s’envolent au delà des horizons prochains ?

Et pourtant, que le vent de mer chasse les nuages ! les roses mouillées du jardin trembleront dans le soleil Alors, sortez sur la place du Dôme : quel soudain miracle ! Un ciel d’une profondeur sans mesure nous remémore que cette ville aux toits plats est une ville du Midi, et que là-bas, au bout de la morne plaine d’alluvions, bleuit la Méditerranée. Un flot de joie se répand doucement et victorieusement sur ces monuments sécu-

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laires : on n’y sent plus ce poids des siècles. Le soleil italien pénètre si intimement, si profondément leurs marbres, qu’on les croirait construits d'un or pur, léger, et qui ne vieillit pas. Tout était mortuaire, et voici que tout est limpide, juvénile et joyeux. C’est la terre des renouvellements, de l'éternelle renaissance . Le Camposanto même, où Etyron venait au clair de lune et où Michelet s’enivrait d'une sombre philosophie, n’est plus qu’une heureuse maison blanche, aux lignes simples, enfermant un jardin hanté d’oiseaux.

Montez dans un tel moment sur la tour penchée.

Vous ne penserez plus à l’énigme de son inclinaison : contents d'aimer ses beaux arcs réguliers, vous vous hâterez d’atteindre la plateforme, et contemplerez à vos pieds la ville aux toits bruns, les cours plantées d’orangers et l’Arno qui s’arrondit entre ses quais de pierre, traverse ensuite une plaine dénudée où n’apparaissent que de rares campaniles, et va se perdre au loin dans la mer, qui brille comme un miroir, jusqu àLivourne au sud, au nord, jusqu'aux monts de Carrare. A l'ouest, les bois de San Rossore moutonnent à perte de vue : De l’autre côté, les monts Pisans haussent vers l’azur leurs masses puissantes. A l’est, des collines d’un bleu pâle ferment la vallée dont les chemins mènent vers Florence...

C’est alors qu’il faut oublier toute philosophie grave, et savourer uniquement la joie presque physique que donne la lumière. Lumière du matin, du midi ou du soir, ardent soleil montant, ou teintes nuancées du crépuscule, — qu’importe? Quand la terre communie avec le soleil, la vie n’a pas besoin de la pensée pour connaître la plénitude du bonheur.

Mais dès que le soleil est tombé dans la mer. c'est au bord du fleuve

Phot. d l'Auteur.

San Francesco.

PISE

que le crépuscule est doux. Dans l’eau unie et jaune, les premières étoiles posent des reflets d’argent pâle. Deux rangées de palais — la plupart démesurés pour une petite ville de province — se regardent, sur les deux rives. Près du Pont du Milieu , sous les très vieilles arcades du Borgo, bourdonne la foule des artisans que l’heure a libérés, — une petite foule, à laquelle donne quelque importance l’étroitesse de cette rue du moyen âge. C’est le seul moment et le seul endroit où Pise paraisse vivante et

bavarde. Mais il suffit de s’éloigner du Borgo et de suivre les quais aux dalles blanches, pour retrouver cette paix confidentielle qui a séduit les poètes.

Sans errer dans les ruelles parallèles au fleuve où se cachent les débris de tours de guet, ces tours carrées où se barricadaient les grandes familles avec leurs clients, les jours de guerre intestine — entre Raspanti guelfes et Bergolini gibelins, — on trouve, le long des quais, une longue suite de palais pleins de légendes. C’est dans le palais Médicis, aux grandes arcatures en tiers-point, que Cosme Ier aurait fait périr, entre les bras de sa femme, Eléonore de Tolède, leur fils Garzia, accusé de fra-

Le cloître de San Francesco (Musée civique).

Phot. Alinari.

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tricide : légende calomnieuse, mais à laquelle l’âme du tyran prêtait quelque vraisemblance. Le Palais royal, bâti au XVIe siècle pour Cosme, a abrité après lui tous les grands-ducs de Toscane, l’odieux Francesco- Maria aussi bien que Ferdinand Ier le Pacifique, qui fit revivre Pise, et ceux de la maison de Lorraine, débonnaires bienfaiteurs de la Toscane. Le beau palais Toscanelli (près du palais Médicis) a servi de demeure à Byron (1821-1822), et le palais voisin accueillit Alfieri. Sur l’autre rive, dans une maison plus simple, Shelley passa le dernier hiver de sa courte

Le port des gondoles.

Phot. de l'Auteur.

vie : Byron et lui conversaient le long du fleuve. Byron faisait plus de bruit dans Pise, mais Shelley, qui y pleura Keats en vers immortels, nous touche aujourd’hui davantage Presque autant que le cimetière de Rome, ombragé d’immenses cyprès, cette rive déserte est propice à l’évocation de ces ombres élégiaques.

Au delà de ce palais, vers l’est, s’étend un quartier confus où l’on ne va guère, et dont le pittoresque est pourtant inouï : là se dressait, jusqu'au déclin du XVIIIe siècle, la citadelle florentine bâtie par San Gallo. Il n’en reste que quelques bastions et quelques murs, enfermant un dédale de galeries bizarres et d’obscurs et délicieux jardins; on passe sous une voûte basse, on longe le vieux rempart qu’ombragent les hauts peupliers de la berge, on s’enfonce dans une rue aux maisons pauvres ; une

petite place poudreuse a pour fond une maison où la légende faisait naître Galilée; si l’on entre dans le jardin créé par la princesse Corsini-Scotto, on goûte mieux encore le charme inattendu de cette forteresse ruinée, transformée en bosquets d'yeuses et de lauriers. Et tout cela sans doute est sans beauté régulière : mais qui ne s'attarderait avec plaisir

dans ce labyrinthe créé par les siècles ?

Si vous êtes venu errer là un jour de soleil, retraversez le fleuve et longez les murs plus minces du nordest, jusqu’au bout d’un quartier d’artisans, où passent dans la rue les chars de la campagne traînés par des bœufs.

Après avoir suivi ces rues anciennes aux noms charmants, — la rue de la Rose, la rue Sainte -Marthe, la rue du Jardin, qui entourent une jolie église baroque cachée par les maisons, — ■ arrêtezvous devant ce Port des gondoles , où jadis abordaient les barques lentes qui, par un canal traversant les marais, venaient de la campagne : les marais sont asséchés, le canal a été en partie comblé, et l’on ne voit plus de gondoles dans ce bassin inutile. Mais il reste une petite place bizarre et pittoresque, où murmure une fontaine.

Par d’autres rues aussi calmes, le voyageur arrive à la grande église Iroide et triste des Franciscains. Leur couvent et leur cloître enferment aujourd’hui le musée civique. Avant d’y revenir étudier l'art de la cité, que le voyageur y entre au moins pour voir la tendre Madone de Gentile da Fabriano au manteau d'or, les tapisseries des Médicis, et les drapeaux de ce fameux Jeu du poilt qui suffit pendant trois siècles à la combativité des Pisans asservis.

Phot. de l'Auteur.

Fontaine du xvi° siècle (via del Giardino).

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Si le voyageur continue sa promenade paresseuse dans ces quartiers d’aspect provincial, il visitera Santa Caterina, où conversent éternellement l’archange Gabriel et la Vierge annoncée. Plus loin, derrière le palais archiépiscopal dont le beau cloître enferme un Moïse gesticulant d'Andrea Vaccà (1700). un grand jardin de citronniers — le jardin de l’archevêque, où ne pénètre point le touriste, — sert d’asile, le soir, à tous les oiseaux du voisinage. Si rien ne trouble leur bavardage, il trouble

L’Arsenal .

peut-être les prières de ceux qui n’ont pas, comme saint François, le pouvoir de leur imposer silence. Mais le promeneur solitaire, qui n'est pas obligé à des devoirs religieux, s’amusera quelques instants de leur chœur enfantin.

Ainsi, Pise offre à la flânerie cent prétextes. Hormis le jardin botanique, tous ces jardins, il est vrai, sont fermés au passant. Seulement. après des heures consacrées à étudier l’art pisan, celui qui veut reposer ses yeux et son esprit en pleine nature, trouve, non loin de la ville, des forêts, des plages et des montagnes. Entre l’embouchure du Serchio et celle de l'Arno, s'étendent les bois de San Rossore, merveilleuse forêt, plus touffue que les autres forêts d’Italie. Les Médicis y avaient des

PISE

cascine , c’est-à-dire des fermes avec de vastes pâturages et de grandes laiteries; ils y avaient même fondé, en 1622, un élevage de dromadaires, qui subsiste encore. Une vieille tour de briques située au nord, près du Serchio (la tour Riccardi), et de longues avenues ajoutent au pittoresque de ces bois, coupés de prairies. L’un de ces chemins mène, vers la mer. à une villa royale, séjour d’élection des souverains d’Italie, qui ont succédé dans ce domaine aux grands-ducs.

Mais si, en sortant de Pise, on suit la rive gauche de l’Arno, le spectacle,

Phot. de l’Auteur.

Terrasses des jardins Corsini (ancienne citadelle de Pise).

plus austère, a aussi plus de grandeur. Les chemins s’en (vont vers d’anciennes bourgades, chacune possédant son église romane, dont la plus vénérable, San Piero in Grado, qu’entoure une lande humide, se dressait jadis au bord même de la Méditerranée, dans ce Porto Pisano d’où les nefs italiennes s’élancèrent à la conquête de l’Orient. Depuis des siècles, la mer s’est retirée plus loin, et des pinèdes se sont élevées à la place de l’ancien estuaire de l’Arno. C’est entre leurs futaies magnifiquement monotones, entre San Rossore et Tombolo, que l’on gagne la plage où se rejoignent le fleuve et la mer, la Marina di Pisa , qui occupe cette bocca d’Arno dont Gabriele d’Annunzio a chanté la beauté chaude et âpre, et où le bruit des vagues répond au bruit du vent dans les pins. Là encore, la déchéance de Pise est inscrite : l’hiver, quelques pêcheurs à peine tirent leur barque sur ce sable qui a comblé son port.

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On retrouve sur ces rives le souvenir de Shelley, qui périt non loin de là au cours d’une promenade en mer : la mer rejeta son corps sur ces sables où Byron etLeigh Hunt, avec une emphase inutile, vinrent brûler son cadavre. Les romantiques ont les premiers compris toute la beauté de

Pliot. Alinari.

Vue des rives de l’Arno à San Rossore.

cette contrée sévère : leur souvenir y flotte encore, et l’anime pour nous.

De ces bords, le voyageur remontant vers le nord, retrouve les lignes bleues des monts Pisans : il est facile de les atteindre, et de gagner au moins la vallée de Calci où s’abrite une immense et riante Chartreuse. Audessus, le mont de la Yerruca dresse sa crête aiguë et pierreuse, où se hérissent de petits pins étiques et où s’effritent les dernières pierres d'une forteresse féodale ; de son assise, on jouit d’une vue incomparable : l’Apennin s’élève au delà des monts Pisans, la mer blanchit le long des pinèdes ; mais surtout, la place où est Pise attire le regard : si ce n’est

PISE

plus — de si loin — qu’un petit espace, l’esprit se souvient de tout ce qu’il contient de mélancolie et de gdoire. De cette gdoire, il nous reste à décrire les plus beaux monuments ; et nous voudrions persuader les voyageurs de s’arrêter plusieurs jours au moins devant tant de chefs-d’œuvre. Mais que ceux à qui il ne serait pas donné de s'attarder longtemps à Pise en savourent au moins la complexité et « l’accord romantique » qui toucha Leopardi ; car, pour l'avoir compris et goûté, il ne faut ni méditations profondes, ni profonde philosophie : il suffit d’avoir erré un soir de printemps ou d’automne sur le Lungarno désert, et dans les galeries de marbre qui protègent l’enclos des morts.

Idiot. de l’Auteur.

Les bords de l’Arno à Pise, en amont de l’ancienne citadelle.

Phbt. Alinaii.

San Piero a Grauo.

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