‹ Placards de Marat, l'ami du peuple /Chapitre 4 sur 10 · PRINCE FRANÇAIS · texte numérisé non relu

PRINCE FRANÇAIS

Eu après la prise de la Bastille , ayant à

i combattre la municipalité Parisienne , qui s’élevait contre la hardiesse de ma censure , je lui déclarai que j’étais Vœil du peuple , et que je croyais ma plume plus nécessaire à la liberté qu’une armée de cent mille hommes. Les sommes immenses que les fripons au timon des affaires ont dilapidées pour empêcher la circulation de mes écrits et en détruire l’influence , n’ont que trop justifié cette opinion.

Trois ouvrages jugés de la plus grande utilité dans les conjonctures actuelles, tant pour préparer les travaux de la Convention nationale que pour former l’esprit public, et souffler dans tous les coeurs le feu sacré de la liberté, en éclairant la

nation sur ses droits, sur les artifices employés par ses infidèles mandataires , pour la remettre sous le joug , sur les moyens de faire cesser les désordres de l’anarchie , d’arrêter le cours des machinations, et d’établir enfin le règne de la justice, n’attendent pour paraître que les fonds nécessaires à leur impression ; car j’ai déjà obtenu ou plutôt conquis une imprimerie nationale. Ils auraient dû m’être accordés sur les 100 mille livres mises à la disposition du ministre de l’intérieur, pour les écrivains qui travaillent à l’instruction publique.

Je m’étais flatté que le sieur Roland, si empressé de favoriser les illuminés et les endormeurs (i) , barbouilleurs de papier, dévoués à ses ordres , saisirait avec empressement l’occasion que je lui fournissais de s’honorer aux yeux de la nation, par un emploi judicieux et vraiment civique d’une partie de cette somme , surtout après s’être compromis en montant une imprimerie aristocratique , car il passe pour certain qu’il a fourni sept presses aux frères Reigner , imprimeurs du Cercle Social.

Qu’a fait le bonhomme ? il n’a pas repoussé directement ma demande -, mais il a mis en avant mille prétextes ministériels. Pressé par Fréron de concourir à la publication de mes écrits patrio-

(i) Les Lanthenas, les Girey-Dupré , les Louvet et autres écrivailleurs Brissotins.

tiques , il parut céder un moment ; et la femme Roland, qui mène les affaires, sous son directeur Lanthenas , convint avec Fréron de couper court à toute difficulté , en faisant appuyer ma demande par ma section pour l’absolution de son mari auprès de ses confrères Brissotins. Le 28 du mois dernier , l’Assemblée générale de la section de Marseille prit à cet égard l’arrêté de nommer six commissaires pour porter son vœu au ministre de l’intérieur , arrêté aussi honorable pour l’Ami du Peuple que pressant pour l’automate ministériel. Fréron étant absent, Danton le remit à Roland, en renouvelant ses instances*, Roland le porta au conseil exécutif , qui décida , pour couvrir sa malveillance , de renvoyer à l’examen de la section mes manuscrits , qui étaient entre les mains du ministre de l’intérieur ; c’était me renvoyer aux calendes de Mars, ou plutôt au jugement dernier, vu la grandeur de ces ouvrages et la multiplicité des affaires dont ma section est accablée.

Gomme je n’aime point perdre le temps à valeter , je romps ici avec Roland pour m’adresser à vous, Louis-Philippe d’Orléans, vous que le ciel a comblé des dons de la fortune, vous à qui la nature donna en partage l’âme d’un simple citoyen, vous à qui la sagesse doit donner le cœur d’un franc patriote ; car , comment se le dissimuler, dans l’état actuel des choses, vous ne pouvez plus faire votre salut qu’avec les Sans- Culottes ?

Vous en êtes rémule , soyez-en le bienfaiteur ; au nom de la patrie , concourez aujourd’hui à la propagation des lumières nécessaires au salut public, en fournissant à l’Ami du Peuple les moyens de mettre ses ouvrages au jour sans délai. La modique somme de i5,ooo livres suffira à l’achat du papier et à la paie de la main-d’œuvre *, qu’elle soit confiée au comité de surveillance de la section de Marseille , qui la délivrera à mesure , en justifiant de l’emploi. Si vous le trouvez bon , un nombre d’exemplaires équivalent à cette somme, et portés au prix coûtant, sera distribué gratis, et en votre nom, aux citoyens de tous les départemens hors d’état d’en faire l’acquisition , ou bien la somme vous sera remboursée sur le produit de la vente -, l’Ami du Peuple ne demande ces secours qu’à titre d’avances, et il se flatte de les obtenir de votre civisme. Dénués d’argent pour le service de leur maître , les généraux espagnols trouvaient des sommes considérables sur leurs moustaches*, pour toute sûreté , l’Ami du Peuple vous engage sa réputation civique. Sera-t-il refusé de vous ?

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