SIR ARTHUR, REVEREND
et, grave, pensif, tout en trébuchant de temps à autre dans les pans de ma lévite, je pris le chemin de la maison de la danseuse Thaïs... pardon... de Mollero, cette prêtresse infAme du culte de Vénus, comme dit Del mas.
En arrivant, je fus, comme Athanaël,
assez mal reçu par une camériste, qui crut que je venais pour une quête; mais, lorsque, d'un ton inspiré, j'affirmai que je venais pour sauver la ballerine, menacée par un danger, pour la soustraire au gouffre et vaincre l'enfer triomphant, elle fut si étonnée qu'elle consentit à prendre ma carte et à m'annoncer.
Quelques minutes s'écoulèrent, longues comme un siècle, et, enfin, je vis apparaître Mollero. Ah! mon ami, qu'elle était belle avec son peignoir en pékiné Louis XVI rose et mousseline de soie rose, qui bâillait aux beaux endroits, laissant apercevoir un corset de satin rose et des dessous froufroutants! Un moment, je faillis oublier la dignité de mon sacerdoce et je fermai les yeux, suppliant le Seigneur, Sabaoth, Bouddha, Vichnou et Si va de faire que son radieux visage fût comme voilé devant moi. Sans cela, je l'aurais certainement embrassée à pleines lèvres... et j'eusse aussi bien fait car c'eût
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été autant de pris sur Tennemi. Puis, comme un peu étonnée, elle me demandait ce que désirait d'elle le révérend Arthur, je me campai dans une pose noble et je m'écriai :
— Je t'aime, Mollero; mais je t'aime en esprit : je t'aime comme la vérité.
— La vérité toute nue?
— Non, pas comme tu l'entends. L'amour que tu connais n'enfante que la honte. Celui que je t'apporte est autrement glorieux. Je te promets mieux que l'ivresse d'une brève nuit : cette félicité qu'aujourd'hui je t'apporte ne finira jamais. Laisse-moi te convertir à ma sainte doctrine. Laisse-moi te prêcher le mépris de la chair, l'amour de la douleur et l'austère pénitence.
Ah! si, pendant que je parlais, j'avais seulement eu la musique de Massenet ou de Serpette!... Mollero me regardait, très étonnée, tandis que je faisais des grands bras en brandissant mon petit chapeau de quaker;
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puis, entre deux {grands éclats de rire, elle me dit, avec son accent guttural :
— Povero mio! Vous êtes malade?
— Pas du tout. J'ai l'air, comme ça, indisposé... mais c'est l'inspiration.
— Vous êtes général dans l'Armée du salut?
— Oh ! capitaine, capitaine tout au plus. Je suis un simple pasteur protestant : Révérend Arthur.
Alors Mollero, bondissant :
— Vous êtes pasteur protestant et vous osez venir chez moil Est-ce que vous croyez que j'ai envie de manquer mon service pour cause de mal au genou? Merci! Les pasteurs protestants, voyez-vous, il n'en faut pas.
— Mais pourquoi? pourquoi.
— Ils font trop d'enfants.
Et, sans écouter plus longtemps ma poésie . mélique, Mollero appela un superbe nègre, qui m'empoigna pas le collet de ma lévite et me flanqua à la porte.
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Vois4u Toto, j'aurai dû m'en douter, tous les livrets d'opéra sont de simples blagues. Rien n'est vrai que la vie, et il n'y a plus de conversion possible que celle du quatre et demi.
Je jette la lévite aux orties, et le révérend Arthur va redevenir simplement Tutur, le joyeux viveur. Je lâche la musique sacrée de l'Opéra pour les flonflons des Ambassadeurs :
Allume, allume, Vieux céladon !
J'adore la galette Kt le poignon !...
Olle! Je vais m'habiller en gigolo pour aller convertir Marguerite Duclerc.
TUTUR.