LES AMOUREUX GEANTS
A l’époque où Caterham menait la campagne contre les enfants de la Boumbouffe, avant les élections générales qui devaient, au milieu de si terribles et tragiques circonstances, le porter au pouvoir, le hasard voulut que la princesse géante, cette Altesse Sérénissime dont l’alimentation au début de sa vie avait joué un rôle si grand dans la brillante carrière du Dr. Winkles, fût amenée du royaume de son père en Angleterre pour une occasion qu’on estimait d’une importance extrême. Elle venait d’être fiancée, pour des raisons d’État, à un certain prince, et la cérémonie du mariage devait être un événement d’une portée internationale. Mais de mystérieux délais étaient intervenus. La rumeur publique et l’imagination collaborèrent à l’histoire et beaucoup de bruits circulèrent. On insinuait que le Prince faisait le récalcitrant et déclarait qu’il ne voulait pas être ridicule, du moins jusqu’à ce point-là ; il avait toutes les sympathies, et c’est là le côté le plus significatif de l’affaire.
Bien que la chose puisse paraître étrange, il est de fait que la princesse géante, en arrivant en Angleterre, ignorait totalement l’existence d’autres géants. Elle avait vécu dans un monde où le tact est presque une passion et où la réticence est l’air même que l’on respire. On lui avait caché la chose, on avait soigneusement évité qu’elle pût soupçonner ou apercevoir une forme gigantesque quelconque, jusqu’au jour où elle dut partir pour l’Angleterre. Avant sa rencontre avec le jeune Redwood, elle n’avait pas la moindre idée qu’il pût exister un autre géant.
Dans le royaume du père de la princesse, il y avait de vastes espaces sur les montagnes et les plateaux élevés,où elle avait vagabondé à sa guise.Elle aimait le lever et le coucher du soleil, et, plus que toute autre chose au monde,le grand drame des cieux ouverts; mais, au milieu d’un peuple à la fois si démocratique et si ardemment loyal que les Anglais, sa liberté fut fort restreinte. Le Grand Parc,près du Palais où elle logeait, n’était plus son domaine, à elle seule : des gens y venaient dans de grands chars-à-bancs, par trains de plaisir, en multitudes organisées,d’autres y arrivaient après avoir franchi de grandes distances à bicyclette. Elle était obligée de se lever de bonne heure pour se promener en paix, et c’est ainsi que l’aube pointait à peine lorsque le jeune Redwood la surprit.
Le Parc s’étendait sur une distance de plus de vingt kilomètres à l’ouest et au sud de la façade occidentale. Les marronniers des avenues s’élevaient jusque par-dessus la tête de la Princesse; sur son passage, chacun d’eux semblait lui présenter une moisson plus abondante de fleurs. Longtemps elle se contenta de la vue et du parfum, mais à la fin elle se laissa gagner par ces offres et se mit à choisir et à cueillir des rameaux fleuris, avec une telle attention qu’elle n’aperçut le jeune Redwood que lorsqu’il fut à deux pas d’elle.
Elle allait et venait parmi les marronniers, tandis que celui qui lui était destiné s’avançait inattendu, insoupçonné; elle posait ses mains parmi les branches,les cassant et les rassemblant en bouquet. Elle était toute seule dans le monde. Puis... Elle leva les yeux,et au même instant elle se sentit prise.
Il nous faut grandir nos imaginations à la stature du jeune homme pour nous représenter la beauté qu’il vit. Cette stature excessive qui nous empêche d’avoir pour la Princesse une sympathie immédiate n’existait pas pour lui. Cette gracieuse jeune fille, premier être humain qui lui parut une compagne à sa taille, se tenait là, devant lui, souple, svelte et légèrement vêtue; la fraîche bise du matin façonnait les plis subtils de sa robe, dessinant les lignes adoucies de ses formes; dans ses mains elle tenait un gros bouquet de branches de marronniers fleuries et parfumées. Son corsage décolleté laissait voir la blancheur de son cou et les rondeurs potelées de sa gorge et de ses épaules. La brise avait détaché quelques mèches de ses cheveux brun-roux qui voltigeaient sur ses joues. Ses yeux étaient bleus et animés, et ses lèvres, pendant qu’elle étendait les mains parmi les branches, se reposaient dans la promesse d’un sourire.
Tout à coup elle se retourna en tressaillant ; elle le vit et,pendant quelques secondes, ils se contemplèrent mutuellement. Cette apparition était si surprenante pour elle, si incroyable qu’au premier abord du moins elle lui parut redoutable.il s’avançait vers elle comme un être surnaturel,renversant toutes les lois établies du monde qu’elle connaissait. C’était alors un jeune homme de vingt et un ans, élancé et bien proportionné, l’air mélancolique et grave comme son père. Il était vêtu d’un costume de cuir, de couleur brune, bien ajusté et lui allant à ravir. Par tous les temps il allait tête nue.
Ils restaient là tous deux à s’observer, elle incrédule et stupéfaite, et lui le cœur battant à coups redoublés. Ce fut, sans prélude, la rencontre capitale de leurs vies.
Pour lui, la surprise était moins grande, car il avait cherché cette rencontre; toutefois son cœur bondissait de façon désordonnée. 11 s’avança lentement, ses yeux fixés sur le visage de la jeune fille.
— Vous êtes la Princesse, — commença-t-il. — Mon père me l’a dit. Vous êtes la Princesse à qui l’on a donné l’Aliment des Dieux.
— Je suis la Princesse... oui, — répondit-elle, ouvrant de grands-yeux étonnés. —Mais... qui êtes-vous ?
— Je suis le fils de l’homme qui a trouvé l’Aliment des Dieux.
— L’Aliment des Dieux ?
— Oui, l’Aliment des Dieux.
— Mais...
Sa figure exprimait une perplexité infinie.
— Mais... quoi ? — reprit-elle. — Je ne comprends pas. L’Aliment des Dieux ?
— Vous ne savez pas ?
— L’Aliment des Dieux... Non !
Elle s’aperçut qu’elle tremblait violemment. Les couleurs de son visage disparurent.
— Je ne sais pas, — fit-elle. — Voulez-vous dire que.. ?
Il ne répondit pas, attendant qu’elle achevât.
— Voulez-vous dire qu'il y a d’autres... géants?
— Vous ne le saviez pas? — questionna-t-il encore.
Et, avec une stupéfaction qui croissait à mesure qu’elle comprenait, elle répondit :
— Non.
Le monde entier et tout le sens qu’il avait pour elle se transformait. Elle laissa tomber un rameau de marronnier.
— Voulez-vous dire, — répéta-t-elle dans son ahurissement, — qu’il y a d’autres géants de par le monde ? Qu’une nourriture...
Il comprit son étonnement.
— Vous ne savez rien ! — s’écria-t-il. — Vous n’avez jamais entendu parler de nous, vous que l’Aliment a faite semblable à nous?
Il y avait de l’effroi encore dans les yeux qui le fixaient.Elle porta sa main à sa gorge, puis la laissa retomber.
— Non, —murmura-t-elle.
Elle se demanda si elle allait s’évanouir ou éclater en sanglots, mais presque aussitôt elle devint maîtresse d’elle-même, pensant et parlant clairement.
— Tout ceci m’a été caché, — dit-elle. — C’est comme un rêve... J’ai rêvé. J’ai rêvé ces choseslà. Mais éveillée... Non,dites-moi! Expliquez-moi ! Qui êtes-vous? Qu’est-ce que cet Aliment des Dieux? Expliquez-le moi lentement et nettement. Pourquoi m'a-t-on caché que je n’étais pas seule?
— Parlez, expliquez, — disait-elle, et le jeune Redwood, frémissant et surexcité, se mit à lui raconter, par phrases incohérentes et vagues d'abord, l’histoire de l’Aliment des Dieux et des jeunes géants épars dans le monde.
Il faut se les représenter tous deux, animés et rouges, l’altitude un peu embarrassée, parvenant à se comprendre au moyen d’innombrables phrases à demi proférées, à demi sous-entendues, se répétant, avec de gênantes interruptions et des diversions continuelles, conversation stupéfiante par laquelle elle se réveilla de l’ignorance de toute sa vie. Très lentement, il devint clair pour elle qu’elle n’était pas une exception dans l’humanité, mais qu’elle appartenait à la famille dispersée de ceux qui avaient absorbé l’Aliment et grandi à jamais hors des minuscules limites des gens qui grouillaient à leurs pieds.
Le jeune Redwood parla de son père, de Cossar, et des frères épars deci delà, et de la grande aube de signification plus large qui s’était levée enfin sur T histoire du monde.
— Nous sommes au commencement d’un commencement, — dit-il. — Leur monde n’est que le prélude du monde que l'Aliment va créer. Mon père croit, et je crois aussi, qu’un temps viendra où la petitesse disparaîtra entièrement de la surface du globe, où les géants iront et viendront librement sur la terre, leur terre à eux, accomplissant continuellement des choses de plus en plus grandes et splendides. Mais cela... cela est encore à venir. Nous ne sommes pas même la première génération de ce commencement... Nous sommes les premières expériences, les tâtonnements.
— Et de toutes ces choses je ne sais rien, — dit-elle.
— Parfois, il me semble presque que nous sommes venus trop tôt... Il faut, je suppose, que quelqu’un soit le premier. Mais le monde n’était pas prêt pour notre arrivée et celle de toutes les autres choses qui sont devenues si grandes,grâce à l’Aliment. 11 y a eu des bévues, il y a eu des conflits. Les petites gens haïssent notre espèce. Ils sont durs à notre égard, parce qu’ils sont si petits... et parce que nos pieds sont lourds sur tout ce qui fait leur vie. A coup sûr ils nous haïssent maintenant, et ne veulent pas de nous...Ce n’est que si nous nous rapetissions à leur taille ordinaire qu’ils commenceraient à pardonner... Ils sont heureux dans des maisons qui sont pour nous des cellules de prison ; leurs villes sont trop petites pour nous, nous nous traînons misérablement le long de leurs chemins étroits et nous ne pouvons entrer dans leurs églises... Nous voyons par-dessus leurs murs et leurs clôtures, sans le vouloir nous regardons par leurs fenêtres, nous contemplons de haut leurs habitudes, leurs coutumes; leurs lois ne sont pas autre chose qu’un filet autour de nos pieds... Ils poussent des cris chaque fois que nous trébuchons, chaque fois que nous nous heurtons à leurs limites ou tentons quelque action un peu hardie Notre allure la plus naturelle est pour eux une vitesse effrayante, et tout ce qu’ils estiment grand et merveilleux n’est guère pour nous que pyramides de poupées.La mesquinerie de leurs méthodes, de leurs appareils et de leur imagination gêne et fait échouer nos projets. Il n’existe pas de machines pour la force de nos mains,ni de ressources s’adaptant à nos besoins. Ils maintiennent notre grandeur en esclavage par mille liens invisibles. D’homme à homme, nous sommes cent fois plus forts qu’eux, et pourtant nous nous sentons désarmés, notre grandeur même fait que nous dépendons d’eux, ils réclament le sol sur lequel nous marchons, ils chargent d’obligations et de restrictions nos vastes besoins de nourriture et d’abri, et, pour tout cela, il nous faut travailler avec les outils que ces nains nous fabriquent et satisfaire leurs ridicules fantaisies... Ils nous parquent de toutes les
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PLACE AUX GÉANTS façons possibles. Pour pouvoir vivre même, il nous faut franchir les limites qu’ils imposent. Pour vous rencontrer ici aujourd’hui, j’ai enfreint toute sorte de règlements. Ils déclarent hors d’atteinte pour nous tout ce qui est raisonnable et désirable dans la vie. Nous ne pouvons aller dans leurs villes, nous ne pouvons traverser leurs ponts, nous ne pouvons marcher dans leurs champs labourés ni dans les bois où s’abrite le gibier qu’ils massacrent. Ils m’ont à présent coupé tout moyen de communication avec nos autres frères,sauf les trois fds de Cossar, et même de ce côté le passage se rétrécit de jour en jour. On croirait qu’ils cherchent une occasion de nous jouer quelque mauvais tour...
— Mais nous sommes forts, — dit-elle.
— Nous devrions l’être... oui. Tous nous sentons, et vous aussi, je crois, que nous avons la force, le pouvoir de faire de grandes choses, un pouvoir qui s’insurge en nous. Mais, avant d’accomplir quoi que ce soit...
Il eut un geste qui sembla balayer le monde.
— Bien que je me sois crue seule ici-bas, — commença-t-elle après un instant de silence, —j’ai réfléchi à ces choses. Ils m’ont toujours enseigné que la force était presque un péché, une tare, qu’il valait mieux être petit que grand, que toute religion véritable était de protéger les petits et les faibles, de les encourager, de les aider à croître et à multiplier jusqu’à ce qu’ils finissent par ramper les uns sur les autres, enfin de sacrifier à leur cause toute notre force. Mais... la vie était en moi et m’enseignait le véritable sens de tout cela.
— Cette vie, ce corps que nous possédons, — dit-il, — ne sont pas destinés à mourir stériles.
— Non.
— Ni à exister pour des futilités. Mais si nous ne voulons pas nous soumettre, il apparaît comme évident à tous nos frères qu’un conflit doit se produire. Je ne sais pas jusqu’à quel point d'acharnement les choses iront avant que les petites gens nous laissent vivre comme il faut que nous vivions. Tous nos frères y ont réfléchi. Cossar, dontje vous ai parlé, y a réfléchi aussi.
— Les hommes sont très petits et très faibles.
— A leur manière. Mais vous connaissez tous les engins de mort qui sont dans leurs mains et fabriqués parleurs mains. Depuis des centaines de milliers d’années ces petites gens, dont nous envahissons le monde, n’ont cessé d’apprendre à se tuer les uns les autres ; ils sont devenus trop forts à ce jeu, très forts de bien des façons ; et, de plus, ils savent tromper et changer subitement d’avis... Je ne sais pas... Un conflit se prépare... Vous... peut-être vous êtes différente de nous. Pour nous, assurément le conflit approche... ce qu’ils appellent « guerre ». Nous nous y attendons. En un sens, 3 18 nous nous y préparons. Mais, ces petites gens... nous ne savons pas comment les tuer, du moins nous ne voulons pas tuer...
— Voyez, — interrompit-elle, et il entendit une trompe qui soufflait avec insistance.
Il se tourna dans la direction qu’indiquaient les regards de la Princesse et il aperçut, montée par des gens vêtus de fourrures et munis de lunettes noires, une brillante automobile trépidant, ronflant avec colère contre son talon. Il ôta son pied, et la machine, avec trois grognements courroucés, reprit sa route vers la ville.
Un lambeau de phrase monta jusqu’à lui.
— ... boucher la route.
Puis, quelqu’un dit :
— C’est la Princesse monstrueuse.
Et toutes les grosses lunettes se tournèrent vers elle.
— Ah! mais voilà qui passe les bornes! — grogna un autre, pendant que l’automobile filait à toute vitesse.
— Tout ceci est plus surprenant que je ne saurais le dire, — fit la Princesse.
— Et ils vous ont laissée dans l’ignorance... — s’écria le jeune Redwood, sans achever sa phrase.
— Jusqu’à ce que vous veniez, j’avais vécu dans un monde où seule j’étais grande... Je m’étais fait une existence en conséquence. Je croyais être la victime de quelque étrange caprice de la nature. Et maintenant, en une demi-heure, mon univers s’est écroulé, et je vois un autre monde, d’autres conditions, des possibilités plus vastes... une camaraderie...
— Une camaraderie, — répéta-t-il.
— Je désire que vous m’en disiez davantage et bien davantage encore, —reprit-elle.— Vous savez que ceci passe dans mon esprit comme un conte fabuleux. Vous-même... demain peut-être, ou dans quelques jours, je croirai en vous. A présent... à présent, je rêve... Ecoutez!
Le premier coup de l’heure sonnant à une horloge du palais parvint jusqu’à eux, et, machinalement, ils comptèrent ensemble jusqu’à sept.
— Voici, — dit-elle, — l’heure de mon retour. Ils vont porter mon bol de café dans la salle où je dors. Les petits fonctionnaires, les petits serviteurs s’empresseront à leurs petits devoirs... vous ne pouvez vous imaginer avec quelle gravité.
— Ils vont se demander... Mais il faut que je vous parle encore.
Elle ne répondit pas tout de suite.
— Il faut que je réfléchisse, moi aussi, — fîtelle. — 11 faut maintenant que je réfléchisse seule, et que je m’habitue à tout ce nouveau que vous m’avez révélé, à la place de l’ancienne solitude ; il faut que je pense à vous et à ces autres frères... Je... Je reviendrai aujourd’hui...demain à l’aube, je reviendrai... ici.
— Je vous attendrai.
— Tout aujourd’hui je vais rêver de ce nouvel univers que vous m’avez dévoilé. En ce moment * même, c’est à peine si j’ose y croire.
Elle fit un pas en arrière et l’examina des pieds à la tête. Leurs regards se rencontrèrent et se prirent un moment. Chacun d’eux vit un visage brillant et coloré par l’animation, adouci et 'embelli par l’émotion.
— Oui, dit-elle, — avec un petit rire qui était presque un sanglot, — vous êtes réel. Mais c’est merveilleux ! Croyez-vous... vraiment? Et si, demain, je viens et vous trouve un pygmée comme les autres?... Oui, il faut que je réfléchisse. Aussi, pour aujourd’hui... comme font les petites gens...
Elle lui tendit la main et, pour la première fois, ils se touchèrent. Leurs mains s’étreignirent fermement, et de nouveau leurs regards se rencontrèrent.
— Au revoir, — dit-elle, — pour aujourd’hui.
Au revoir ! Au revoir, frère géant !
Il hésitait, comme s’il eût voulu dire quelque chose, et à la fin il répondit simplement :
— Au revoir.
Pendant un moment leurs mains restèrent unies, et chacun étudiait le visage de l’autre.
Et bien des fois après qu’ils se furent séparés, elle se retourna pour le voir, debout encore à l’endroit où ils s’étaient rencontrés...
Elle revint à ses appaitements par la grande cour du palais, comme quelqu’un qui marche dans un rêve, avec une grande branche de marronnier balancée dans sa main.
Les deux nouveaux amis se rencontrèrent en tout quatorze fois avant le commencement de la fin. Ils se rencontrèrent dans le Grand Parc, ou sur les hauteurs et dans les vallonnements des landes couvertes de bruyères et parsemées de sombres bois de pins qui s’étendaient vers le sud-ouest. Deux fois, ils se virent dans la grande avenue des marronniers et cinq fois près du canal construit par le roi, grand-père de la Princesse. Elle aimait à s’asseoir sur une pelouse au gazon épais et tondu, où poussaient de hauts sapins, et qui descendait gracieusement jusqu'au bord de l’eau, et lui s’asseyait aussi, appuyé sur les genoux de la jeune fille etlevant les yeux vers son visage. Il parlait, racontant tout ce qui s’était passé, expliquant l’ouvrage que son père lui avait tracé et exposant le vaste rêve de ce que les géants accompliraient un jour. D’habitude, leurs rendez-vous avaient lieu dès le petit matin, mais une fois ils se retrouvèrent sur la pelouse dans l’après-midi, et bientôt ils furent entourés d’une multitude de curieux, cyclistes, piétons, les épiant derrière les arbustes, et, bruissant comme les moineaux dans les parcs de Londres, parmi les feuilles mortes du bois, glissant en bateau sur le lac, cherchant un point de vue favorable, et s’efforçant de s’approcher le plus possible et d’entendre.
Ce fut le premier indice de l’énorme intérêt qu’on prenait à leurs rencontres. Et même une fois, — c’était leur septième rendez-vous et cela précipita le scandale, — ils se retrouvèrent sur la lande, par un beau clair de lune, et ils se parlèrent à voix basse longtemps, car la nuit était tiède et paisible.
De l’idée qu’en eux et par eux un nouveau monde gigantesque prenait forme sur terre, de l’attente de l’inexorable lutte entre grands et petits à laquelle ils étaient clairement destinés à participer, ils passèrent bientôt à des préoccupations à la fois plus personnelles et plus significatives. Chaque fois qu‘‘s se retrouvaient, se parlaient, se contemplaient, ils se rendaient de mieux en mieux compte que quelque chose de plus cher et de plus étonnant que l’amitié se glissait entre eux et les prenait par la main. En peu de temps, ils en vinrent à l'expression de ce sentiment, au mot même, et ils furent les amants, l’Adam et l’Eve du nouvel ordre de choses dans le monde.
Ils s'engagèrent côte à côte dans la merveilleuse vallée de l’amour, dans ses retraites profondes et tranquilles. Le monde changeait autour d’eux comme se transformaient leurs sentiments, et bientôt il devint pour ainsi dire un tabernacle de beauté pour leurs rendez-vous ; les étoiles étaient des fleurs de lumière sous les pieds de leur amour, et l’aube et le soleil couchant les tentures chatoyantes qui bordaient leur chemin. Ils cessèrent vis-à-vis l’un de l’autre et de soi-même d’être des créatures de chair et de sang, et se transformèrent en êtres de tendresse et de désir. Ils eurent des murmures balbutiants,puis des silences; et, sous la nef infinie des cieux, ils se rapprochèrent et contemplèrent leurs visages où se jouaient à la fois la clarté de la lune et les ombres de la nuit. Autour d’eux, les sapins immobiles et noirs se dressaient comme des sentinelles.
Les pas réguliers du temps étaient amortis dans le silence, et il leur semblait que l’univers entier s’arrêtait et se taisait. Seul le battement de leur cœur s’entendait. Ils se figuraient vivre dans un monde d’où la mort est absente et, à vrai dire; ils ignoraient et le monde et la mort. Ils sondaient, dans le cœur même des choses, les splendeurs cachées que personne encore n’avait atteintes. Pour les âmes étroites et mesquines même, l’amour peut devenir la révélation des splendeurs. Or, ils étaient, eux, les amants géants qu’avait nourris l’Aliment des Dieux.
Vous pouvez vous imaginer quelle consternation s’empara de ce monde ordonné quand on sut que la Princesse, la fiancée du prince, Son Altesse Sérénissime, la Princesse dans les veines de qui coulait du sang royal, rencontrait, et très fréquemment, le rejeton hypertrophié d’un simple professeur de chimie, créature n’ayant ni sang, ni situation, ni fortune, et qu’elle s’entretenait avec lui comme s’il n’existait au monde ni rois, ni princes, ni ordre, ni respect, rien que des géants et des pygmées, qu’elle s’entretenait avec lui et, ce qui n’était que trop certain, le tenait pour son amant.
— Si les journalistes apprennent la nouvelle ! — balbutia sir Arthur Poodle Bootlick.
— On m’a dit que... — murmura le vieil évêque de Frumps.
— Il y a une nouvelle histoire là-haut, — annonça le premier valet de pied en grignotant des desserts. — Autant que j’ai pu le savoir, cette fameuse Princesse géante...
— On dit... — chuchota la papetière dont la boutique fait face à l’entrée principale du palais et chez qui les Américains de la petite race achètent leurs tickets pour visiter les appartements d’apparat.
Et enfin :
— Nous sommes autorisés à démentir... — déclarait « Picaroon », dans les colonnes de Gossip.
Et c’est ainsi que l’affaire se dévoila.
— Ils disent qu’il faut nous séparer, — affirmait la Princesse à son soupirant.
— Mais pourquoi ? — s’écria-t-il. — Quelle nouvelle folie ces petites gens se sont-ils mise en tête ?
— Ce n’est pas bien, — expliqua-t-elle. — Savez-vous que m’aimer... c’est commettre un acte de haute trahison ? Tout cela m’a été exposé aujourd’hui. .. par un spécialiste...
— Ma chérie, qu’importe? Que nous sont leur bien, le bien sans ombre de raison, et leur trahison et leur loyauté ?
— Ecoutez ! — Et elle se mit à lui répéter ce qu’on lui avait expliqué. — Un petit homme extraordinaire est venu me trouver; il avait une voix douce avec de savantes modulations et des mouvements cadencés : il s’insinua dans la pièce comme un chat, et chaque fois qu’il avait quelque chose d’important à me dire, il levait sa jolie main blanch. Il est chauve, sans avoir naturellement le crâne entièrement dégarni. son visage et son nez sont de petites choses roses et potelées, et sa barbe est taillée en pointe de la façon la plus ravissante. A plusieurs reprises il feignit d’être fort ému, et les larmes lui montèrent aux yeux. Il est un grand ami de la famille royale d’ici et il m’appela sa chère jeune dame, et, dès le début, il se montra plein de sympathie. « Ma chère jeune dame, vous comprenez, vous ne devez pas, » insista-t-il plusieurs fois, et il ajouta : « Vous avez des devoirs! »
— Où diable dénichent-ils de pareils individus ?
— C’est sa vocation, à celui-là.
— Mais je ne crois pas...
— Avec ses façons mielleuses, il m’a dit des choses sérieuses.
— Vous n’admettez pas, — fit Redwood, se tournant brusquement vers elle, — qu’il y ait quoi que ce soit qui vaille dans ce radotage ?
— Il y a quelque chose, à coup sûr,— réponditelle. .
— Voulez-vous dire que ?...
— Je veux dire que, sans le savoir, nous avons foulé aux pieds les conceptions les plus sacrées des petites gens. Nous, qui appartenons à la race royale, sommes une classe à part, nous sommes des prisonniers à qui on offre un culte, des jouets de parade. Nous payons ce culte en renonçant à... notre liberté élémentaire. Et je dois épouser un prince... Vous ne savez rien de lui? Bref, un prince pygmée... ça n’a pas d’importance. Il paraît que cela aurait resserré les liens entre mon pays et un autre. Et ce pays-ci en aurait profité aussi. Imaginez-vous cela : resserrer les liens.
— Et alors ?
— Ils veulent que je continue à m’y prêter... comme s’il n y avait rien entre nous deux.
— Rien entre nous !
— Oui, mais ce n’est pas tout. Il a dit...
— Qui ? Votre spécialiste en étiquette ?
— Oui. Il a dit que cela vaudrait mieux pour vous, mieux pour tous les géants, si nous deux... cessions de nous voir et de causer. C’est ainsi qu’il s’est exprimé.
— Mais que peuvent-ils faire, si nous ne cessons pas?
— Il a promis que vous obtiendriez votre liberté.
— Moi?
— Il a dit, en appuyant sur les mots : « Ma chère jeune dame, il vaudrait mieux, ce serait plus noble, de vous séparer de bon gré. »
— Mais... ! Qu’est-ce que cela peut faire à ces petits misérables où et comment nous nous aimons? Qu’ont-ils, eux et leur monde, à faire avec nous ?
— Ce n’est pas ce qu’ils s’imaginent.
— Naturellement, — fit-il. — vous n’en tenez aucun compte ? 3 2 8
— Tout cela me semble absolument stupide.
— Leurs vieilles lois nous enchaîneraient, nous, les enfants du Nouveau! Au printemps de la vie, nous trébucherions dans leurs vieilleries, leurs institutions aveugles et sans but ! Oh ! Nous dédaignons tout ce fatras.
— Je suis à vous. Jusqu’ici... oui.
— Jusqu’ici ? Est-ce que ce n’est pas tout?
— Mais eux... S’ils veulent nous séparer?
— Que peuvent-ils faire?
— Je ne sais pas. Que peuvent-ils faire, en effet?
— Qui se soucie de ce qu'ils peuvent faire ou feront? Je suis à vous et vous êtes à moi. Qu’y a-t-il de plus que cela? Je suis vôtre et vous êtes mienne, pour toujours. Pensez-vous que je vais m’arrêter vraiment, à cause de leurs petits règlements, de leurs petites prohibitions, de leurs écriteaux rouges? Et que je vais m’éloigner de vous^ De vous qui m’êtes plus précieuse dix mille fois que la vie?
Elle prit cela comme la simple vérité que c’était.
— Oui, mais encore, que peuvent-ils faire?
— Vous voulez dire, — reprit-il, — qu’allonsnous faire ?
— Oui.
— Nous? Eh bien ! nous allons continuer.
— Et s’ils cherchent à nous en empêcher ?
Il serra les poings et regarda autour de lui comme si les petites gens arrivaient déjà pour les séparer. Puis il se retourna, fit quelques pas, et ses regards parcoururent le monde.
— Oui, — dit-il. — Vous avez raison de poser cette question.Que peuvent-ils faire?
— Ici, dans cette petite contrée...
Elle se tut, tandis que le regard du jeune homme embrassait tout ce qui les entourait.
— Ils sont partout.
— Mais nous pourrions aller...
— Où?
— Nous pourrions partir... nous pourrions traverser des mers à la nage... Au delà...
—Je ne suis jamais allée au delà des mers.
— Il y a de grandes montagnes désolées au milieu desquelles nous ne paraîtrions pas plus gros que les petites gens; il y a des vallées reculées et désertes, des lacs cachés et des plaines encloses de neige où l’homme n’a jamais mis les pieds.
— Mais pour y parvenir il nous faudrait nous frayer un chemin jour après jour, en combattant, à travers des millions et des millions d’hommes.
— C’est notre seul espoir,ami cher. Dans ce pays encombré, il n’existe ni retraite ni abri. Quelle place y a-t-il pour nous dans ces multitudes? En aucun endroit nous ne pouvons manger, sous aucun toit nous ne pouvons dormir. Si nous fuyons... jour et nuit, ils poursuivront nos traces.
— Il existe un endroit... en cette contrée même.
— Où?
— L’endroit que nos frères ont fortifié, là-bas. Ils ont élevé de grands talus autour de leur demeure, au nord, au sud, à l’est et à l'ouest. Ils ont creusé des trous profonds, et des cachettes et, en ce moment même... L’un d’eux est venu me voir tout récemment... Il a dit... Je n’ai pas donné grande attention à ce qu’il a dit. Mais il a parlé d’armes. Ce sera peut-être là que nous trouverons un refuge... Il y a bien des jours, — reprit-il après un silence — que je n’ai vu nos frères... J’ai rêvé, j’ai oublié. Le temps a passé et je n’ai rien fait que d’attendre le moment de vous voir encore. Je vais aller les trouver et leur parler de vous et de toutes les choses qui nous menacent. S’ils veulent nous aider, ils le peuvent. Alors, vraiment, nous pourrions espérer. Je ne ne sais jusqu’à quel point leur place est inexpugnable, mais à coup sûr Cossar l’aura fortifiée. Avant tout ceci, avant que vous ne vinssiez à moi, des troubles se préparaient. Il y avait des élections... c’est quand toutes les petites gens décident des choses en comptant les têtes. Ce doit être fini maintenant. On proférait des menaces contre toute notre race, c’est-à-dire contre toute notre race, sauf vous. Il faut que je voie nos frères. Il est grand temps que je les voie et que je leur raconte ce qui s’est passé entre nous.
Il n’arriva à leur rendez-vous suivant qu'après qu’elle eut attendu quelque temps. C’est dans une grande clairière du parc, encadrée dans une courbe de la rivière, qu’ils devaient se rencontrer ce jourlà vers midi,et, pendant qu’elle attendait, regardant sans cesse vers le sud ou s’abritant les yeux sous sa main et sentant croître son anxiété à chaque lente minute qui s’écoulait, elle eut l’impression que le monde était fort paisible, de cette paix qui précède les tempêtes. Alors,elle s’aperçut que,malgré l’heure tardive, son cortège habituel d’espions volontaires lui avait faussé compagnie. De droite et de gauche, quand elle scruta les environs, personne n’était visible et il n’y avait pas un bateau sur la courbe argentée du fleuve. Elle essaya de trouver une raison à cette étrange paix...
Bientôt, vue agréable pour elle, elle aperçut le jeune Redwood au loin, par une brèche ménagée dans les masses d’arbres qui bornaient l’horizon.
Presque aussitôt, une touffe d’arbres plus grands le cachèrent, mais, l’instant d’après, il émergeait d'entre les branches et s’approchait. Elle devina qu’il y avait du nouveau, et sur-le-champ elle comprit qu’il se hâtait d’une façon inaccoutumée, puis elle s’aperçut qu’il boitait. Il l’appela du geste et elle s’avança vers lui; à mesure qu’elle distinguait mieux son visage, elle constata, avec une inquiétude infinie, qu’il faisait à chaque pas une grimace de douleur. Il était hors d’haleine. Elle se mit à sourire, lui tendant les bras, l’esprit plein de questions et de vagues craintes. Il la rejoignit et parla aussitôt :
— Allons-nous nous séparer? — demanda-t-il, haletant.
— Non, — répondit-elle. — Pourquoi? Qu’y at-il?
— Si nous ne nous séparons pas... C’est maintenant...
— Mais que se passe-t-il?
— Je ne veux pas me séparer de vous, — fit-il, — seulement... — Et il s’interrompit brusquement pour la questionner : — Vous ne voulez pas vous séparer de moi ?
Elle soutint son regard sans faiblesse.
— Qu’est-il arrivé? — insista-t-elle.
— Pas même pour quelque temps? — continuat-il.
— Mais pourquoi quelque temps?
— Pendant des années peut-être?
— Nous séparer? Non!
— Vous avez réfléchi? — interrogea-t-il encore. — Je ne veux pas me séparer de vous. — Elle lui prit la main. — Même s’il fallait mourir maintenant, je ne vous quitterais pas.
— Même s’il fallait mourir, — dit-il, et elle sentit qu’il étreignait ses doigts.
Il jeta autour de lui des regards inquiets, comme s’il eût craint que, tandis qu’il parlait, les petites gens survinssent. Et il ajouta :
— Il faudra peut-être risquer la mort.
— Racontez-moi ce qui s’est passé.
— Ils ont essayé de m’empêcher de venir.
— De quelle façon?
— Gomme je sortais de l’atelier où je fabrique l’aliment que les Gossar emmagasinent dans leur camp, j’ai trouvé un petit officier de police, un homme en bleu avec des gants blancs bien propres, qui me fit signe de m’arrêter : « Ge chemin est barré. » Je ne m’en souciai guère. Je fis le tour de l’atelier pour aller prendre la route qui se dirige vers l’ouest, et là se dressait un autre officier : « Ce chemin est barré, » — dit-il, et il ajouta : « Tous les chemins sont barrés. »
— Et alors?
— Je discutai un instant avec lui. Les routes sont publiques! disais-je. « C’est bien cela, répondit-il, vous les rendez impraticables pour le public. » Très bien : en ce cas, fis-je, je vais prendre par les champs. De derrière une haie, d’autres policiers se montrèrent et dirent : « Ces champs sont propriétés privées. » Au diable vos propriétés publiques et privées! m’écriai-je, je veux aller voir ma Princesse. Je me baissai, le pris très doucement pendant qu’il se démenait et poussait des cris comme un perdu, et le déposai hors du passage. En une seconde, tous les champs autour de moi se couvrirent d’hommes qui couraient. Il y en avait un à cheval qui galopait à mes talons et me lisait quelque chose en criant de toutes ses forces. Quand il eut fini, il fit demi-tour et s’éloigna au triple galop. Je n’y comprenais rien. Et alors, derrière moi, j’entendis le crépitement des fusils.
— Des fusils?
— Oui, des fusils ! Comme on tire sur des rats. Les balles passaient avec un bruit qui déchirait l’air et l’une d’elles m’atteignit à la jambe.
— Et vous?
— Je suis venu ici vous retrouver, les laissant hurler, crier et tirer. Et maintenant...
— Maintenant ?
— Ce n’est que le commencement. Ils ont décidé de nous séparer. En ce moment, ils arrivent à mes trousses.
— Nous ne nous séparerons pas.
— Non, mais, en ce cas, il faut venir avec moi vers nos frères.
— Où est le chemin? — demanda-t-elle.
— Prenons vers l’est. Là-bas, c’est la route par où arriveront ceux qui me poursuivent. C’est donc par ici qu’il faut fuir, par cette avenue ; laissezmoi passer devant, de sorte que, s’ils sont en embuscade...
Il fit un pas en avant, mais elle lui avait saisi le bras.
— Non! —s’écria-t-elle.—Je reste tout près de vous. Je vous tiens par la main. Puisque je suis Princesse royale, je suis peut-être sacrée. Si je vous tiens... Ah ! si nous pouvions fuir avec mes bras autour de vous! Ils ne tireraient peut-être pas sur vous...
Tout en parlant, elle se suspendait à son épaule et lui prenait la main, se pressant davantage contre lui.
— Ils ne tireraient peut-être pas sur vous, — répéta-t-elle, et, dans une soudaine passion de tendresse, il la saisit à pleins bras et l’embrassa sur la joue. Il la garda ainsi quelques instants.
— Même si c’est la mort! — murmura-t-elle.
Elle joignit ses mains derrière le cou du jeune homme et souleva son visage vers le sien.
— Bien-aimé ! — fit-elle, — encore un baiser.
Il l’attira contre lui. Silencieusement, ils unirent leurs lèvres, et restèrent un long moment étroitement enlacés... Puis, la main dans la main, la jeune fille s’efforçant de garder son corps contre
.JB celui du jeune homme, ils se mirent en route avec l’espoir d’atteindre le refuge du camp des Gossar avant d'être rattrapés par les petites gens.
G’est ainsi que commença la lutte contre la grandeur.
Comme ils traversaient les grands espaces du Parc, derrière le palais, des cavaliers sortirent d’entre les arbres en galopant, et essayèrent vaine- . ment de suivre l’allure de leurs enjambées géantes. Bientôt, les deux fugitifs se trouvèrent devant des maisons d’où se précipitaient en courant des hommes armés de fusils.
A cette vue, bien qu’il cherchât à avancer quand même et fût disposé à accepter le combat et à vaincre toutes les résistances, elle le fit rebrousser chemin et prendre la route du sud.
Pendant qu’ils fuyaient ainsi, une balle siffla au-dessus de leurs têtes.