‹ Place aux géantsChapitre 20 sur 21 · MAURICE MAETERLINCK · texte numérisé non relu

MAURICE MAETERLINCK

Dans son nouvel ouvrage Anticipations, un célèbre romancier scientifique, l’Anglais Wells, annonce que la langue française triomphera de l'anglaise et de l’allemande.

... De telles pages auront le bénéfice de rendre, avec plus de confiance, un peu d’énergie aux Français qui proclament quotidiennement l’indéfectible suprématie des races anglo-saxonnes...

MARIUS-ARY leblond [Revue scientifique).

Curieux effort d’imagination logique pour construire la figure probable de l’avenir en prolongeant exactement les lignes du présent. Wells reste profondément Anglais, et plus d’une page de son livre est comme un appel au sentiment national anglais, sur lequel il semble vouloir agir par la peinture de l’avenir que se prépare l'Angleterre des lords, des universités et de la grande industrie. Néanmoins, le livre est dans l’ensemble assez général pour que ces rêves d’un esprit exact et large intéressent et fassent réfléchir tous les esprits cultivés en tous pays.

Gustave lanson (Revue universitaire).

Et c’est chose piquante de voir AL Wells amené par sa logique impitoyable et loyale à se montrer si favorable à notre pays, au catholicisme et à leur avenir. Ce n’est ni la seule curiosité ni l’unique mérite de ces attachantes Anticipations. Nous aurions voulu, en effet, en donner un aperçu plus complet encore, mais déjà ces lignes dépassent les limites d’un compte rendu. Nous ne pouvons que renvoyer le lecteur au texte complet de ces captivantes Anticipations, dont, cela va sans dire, nous n’approuvons pourtant pas toutes les aspirations, telles, par exemple, celles relatives au mariage et à l’hégémonie de la science.

jean dumaset [le Mois littéraire et pittoresque).

— George AVells est un des écrivains les plus féconds et les plus originaux de notre temps; on l'a appelé le « Jules Verne de l’Angleterre ». I e nouveau livre que vient de publier l’auteur de la Machine à explorer te temps, de la Guerre des mondes, de P Histoire des temps à venir, et qui vient d’être traduit avec grand soin, est d'un caractère moins fantastique que ces derniers écrits. Il contient de curieuses prédictions sur les prochaines étapes de l’évolution sociale. Wells y décrit, en savant et en philosophe, la famille et la société de l’avenir. Il annonce les modifications que subiront le commerce, les industries et les métiers. Il dit des choses très intéressantes sur l’importance de plus en plus grande que prendront dans l’avenir les professions d’ingénieur, de mécanicien, d’architecte, de médecin Il renferme des critiques que Le Play n’eût pas désavouées de notre conception actuelle de la vie qui, en nous lançant à la poursuite d’un idéal de bonheur irréalisable, nous détourne beaucoup trop des sources véritables du bonheur. Nous signalerons tout spécialement le chapitre intitulé « la Physiologie de la démocratie ». Il est difficile de ne pas admettre avec l’auteur que la vie démocratique actuelle est basée sur la confusion et non pas sur l’équilibre des classes. Mais cela ne suffit pas à prouver que la démocratie, comme le croit Wells, tende nécessairement à la guerre. Je crois plus volontiers, avec lui, que l’avenir appartiendra en définitive à une « classe moyenne, scientifiquement éduquée, qui deviendra consciemment l’Etat et restreindra peu à peu les trois masses non fonctionnelles avec lesquelles elle est encore aujourd’hui presque indistinctement mélangée ».

Georges blondel (la Réforme sociale).

Tout le public lettré connaît, au moins en partie, l’œuvre considérable de H.-G. Wells dont les principaux ouvrages : La Machine à explorer le temps, — la Guerre des mondes, — Histoire des temps à venir, etc., ont été traduits en français. Le nouveau volume de cet auteur : Anticipations, dont MM. Davray et Kozakiewicz nous ont donné une excellente version française, se caractérise comme ses aînés par l’acuité d’une imagination qui, dans ses fictions les plus osées, conserve en quelque sorte un point d’attache avec la réalité présente.

{le Musée social).

Le roman de M. Wells. .. est une œuvre des plus intéressantes. La fantaisie scientifique s’y double d'une très fine et très pénétrante ironie morale... Je ne crois pas que, dans le genre du roman scientifique, aucun écrivain ait encore su aussi adroitement ménager les effets, mélanger l’inquiétude à la curiosité...

teodor de wyzewa {le Temps).

Les romans de H.-G. Wells que les traductions nous avaient fait connaître jusqu’à présent étaient tous d’imagination. Une sorte de philosophie fantastique en faisait l’originalité. Dan s tous l’auteur semble partir d’une même idée qui pourrait ainsi se formuler : Etant donné que les hommes vivent dans certaines conditions anatomiques, physiques, intellectuelles, etc., supposez qu’une ou plusieurs de ces conditions se trouvent changées, et voyez les conséquences : c’est une transformation totale du monde. La Machine à explorer le Temps permet la connaissance de l’avenir et découvre le mystères des civilisations futures; P Ile du Docteur Moreau nous offre le spectacle d’animaux singulièrement perfectionnés; la Guerre des Mondes évoque l’invasion de la vieille Terre par les habitants de Mars; les Premiers hommes dans la lune s’émerveillent en contemplant des créatures humaines habiles à cultiver leur cerveau comme une plante et à favoriser sa précieuse floraison. Ges fantaisies, qui dans chaque récit nous invitaient à méditer sur les améliorations possibles des destinées humaines, restaient amusantes sans être puériles et gardaient une allure sérieuse en dépit des sacrifices qu'elles réclamaient à la sévérité de l’étroite raison. Voici que le romancier abandonne son habituelle manière et nous donne un livre qui n’est point du tout fantastique et qui doit beaucoup moins à son imagination qu’à ses facultés d’observation. L'Amour et M. Leudsham est une histoire prise du réel, et H.-G. Wells, insouciant cette fois de la physique, de la métaphysique, des rêveries scientifiques et des chimères de prophète, s'est tenu modestement à un problème de morale pratique.

ANDRÉ CHIAUMEIX [le Journal des Débats).

M. II.-G. Wells nous était jusqu’ici connu comme un savant disciple d’Edgar Poë, et le caractère à la fois scientifique et fantastique de ses romans leur avait valu en France un certain succès. Ges lauriers littéraires ne lui ont point suffi, cl, fidèle aux traditions de son pays, II.-G. Wells aspire aux gloires de l’apostolat. Dans ce livre où il expose, dans des chapitres clairs et nets, dans une langue parfois éloquente, ses idées personnelles sur la préparation d’une humanité nouvelle, l’auteur soutient les thèses démocratiques et radicales qui avaient déjà valu à deux de ses contemporains, le moraliste J.-A. Hobson et le poète Watson, une autorité précoce et une rapide réputation. II.-G. Wells part en guerre contre l’Angleterre conservatrice, anglicane, aristocratique et monarchique, et met au service d’un « républicanisme nouveau » sa logique presque française. Ge livre, qui a eu de l’autre côté de la Manche un grand retentissement, mérite de retenir notre attention.

j. b. [Journal des Débats).

Les admirateurs français de II.-G. Wells doivent remercier M. Henri-D. Davray, son traducteur habituel, qui, aidé cette fois de M, Kozakiewicz, vient de leur permettre délire Anticipations.

On a souvent comparé Wells à Jules Verne. La reconnaissance que nous gardons à ce dernier nous empêchait de contester le rapprochement. Il n’était que juste néanmoins de relever quelques différences : la qualité de l’émotion rappelait bien plutôt Villiers de l’Isle-Adam ou Edgard Poe que Jules Verne; la rigueur scientifique de ses déductions, le côté social de ses préoccupations eu faisaient un Jules Verne que se plaisaient à consulter déjà les sociologues, ces vieux enfants pas sages qui prétendent s’amuser avec les destins de l’humanité.

Cependant Anticipations , ce livre véritablement impressionnant que j’analysais dernièrement, nous permettait déjà de constater tout ce que la fantaisie de Wells pouvait comporter de sociologie très sûre, et qu’il y avait la autant de vigueur scientifique qu’en peut contenir la description de phénomènes futurs.

j. PAUL-BONCOUR [le Figaro).

C’est à ce désir éternel qui anime l’homme de pénétrer le secret de sa destinée et de vivre en avant, que H.-G. Wells, l’un ; des écrivains les plus curieux, les plus puissants et les plus originaux de ce temps, doit la vogue énorme qui s’est attachée à son nom et à ses œuvres.

Ces œuvres, ce sont les fantastiques romans de la Machine à explorer le Temps et de la Guerre des Mondes où il devina ce prestigieux radium que M. et Mme Curie devaient découvrir. Avec Anticipations, dont MM. Henry-D. Davray et B. Kozakiewicz publient aujourd’hui une très littéraire traduction, l’écrivain adopte délibérément le rôle de prophète, il abandonne la forme romanesque pour les déductions scientifiques et philosophiques : sur les données de l’expérience actuelle, des découvertes scientifiques que nous possédons, des situations économiques et sociales que nous connaissons, il pose le problème de l’avenir immédiatde notre monde, et le résout logiquement.

Et c’est d’un intérêt prodigieux et d’une lecture singulièrement attachante, car M. Wells, qui a mis dans ses romans tant de science et de philosophie, se souvient dans ce livre de spéculations philosophiques et scientifiques qu’il est un romancier : l’humour, l’invention débordante et la fantaisie — bien qu’il s’en défende — y voisinent avec le raisonnement, et son livre est le plus passionnant des romans non pas vécus, mais « à vivre ».

11, -Emmanuel GLASER (le Figaro).

La puissance d’attraction des villes n’est pas près de s’affaiblir, et si un évocateur tel que Wells se plaît à prédire leur transformation radicale, leur expansion suburbaine, ce phénomène d’avenir est encore lointain.

L’original écrivain n’en a pas moins raison d’entrevoir que la révolution du transport économique et rapide influera sur le peuplement intensif des banlieues et pourra même entraver, à un moment donné, la croissance des cités géantes.

Paul strauss {le Figaro).

Le hasard a réuni là, sur une table, pendant que j’écris cet article, l'A venir de la Science de Renan, hymne d’amour aveugle à la nouvelle déesse, et les Anticipations,où l’ingénieux Anglais Wells déduit de ce qui se passe aujourd’hui, en fait d’industrie, de commerce, d’expansion politique et militaire, tout ce qui se passera dans cent ans et plus. Si distants qu’ils soient l’un de l’autre par les tendances et tours d’esprit de leurs auteurs, par l'époque même où ils furent écrits, ces deux ouvrages offrent cependant cette analogie qu’ils reposent sur une hypothèse dont ils font, en cours de route, une certitude : cette hypothèse, par trop hasardeuse, est la marche en avant, continuelle, sans secousse et sans déchet, du perfectionnement scientifique.

léon daudet {le Gaulois).

Un écrivain anglais, M. Wells,dans un curieux livre paru il y a quelques années, s’est chargé de nous peindre cette image, et le tableau en est singulier. Grâce à lui nous avons cette ville de l'avenir, grande comme un de nos départements et dont les parties seront reliées entre elles par des voies mobiles qui éviteront aux habitants de marcher, de même que des téléphones merveilleux leur épargneront de se voir. C’est là (pie l’humanité prochaine vivra sa vie simplifiée et vraiment pratique, où la cuisine et le balayage se feront par des moyens mécaniques.

HENRI DE RÉGNIER {le Gaulois).

Dans un de ces beaux romans où Wells, le célèbre écrivain anglais,décrit la vie au vingt-deuxième siècle de notre ère avec la même précision minutieuse que s’il en avait été réellement le témoin, il lui plaît de montrer le sexe masculin paré de robes multicolores.

Augustin filon (le Gaulois),

... Une humanité inédite, singulièrement curieuse, dont l’étude serait vraiment pour tenter un écrivain comme cet inimitable Wells, le Jules Verne anglais, un Jules Verne doublé d’un Swift et triplé d’un Edgard Poë, dont le génie évocateur est obsédé Anticipations.

... Ces romans extraordinaires, d une fantaisie si empoignante et si suggestive, en dépit de son abracadabrance...

EMILE GAUTIER (le Journal).

Le nombre des inductions et des prédictions sérieuses concernant les choses futures est fort restreint. M. H.-G. Wells, qualifié, comme on le sait, pour s’occuper de l’avenir — auteur de plusieurs ouvrages où les hypothèses les plus hardies s’appuient sur des notions scientifiques les moins controversées — nous présente une esquisse des temps futurs. Sous le titre, d’ Anticipations, c’est un exposé préalable de l’effort commun de l’humanité, que M. Wells nous donne... Cette étude intéresse la locomotion au vingtième siècle.

Mais c’est d’uu autre côté que notre auteur envisage la possibilité de grandes améliorations — et c'est naturellement à l’automobilisme qu’il s’adresse. La conséquence de ces développements de l’automobilisme sera la création de routes particulières, réservées aux véhicules automoteurs. Les grandes routes mènent aux grandes villes : actuellement, les rues de grandes villes sont dans un « état de congestion sans précédent »...

M. Wells voit dans un système de plate-forme mouvante le type du progrès à accomplir : ce serait le trottoir pour piétons, avec des plates-formes mouvantes de chaque côté, roulant au-dessus des rues à la façon du chemin de fer surélevé de New-York.

M. Wells n’a point préconisé la locomotion aérienne : il ne pense pas que l’aéronautique entre jamais en jeu pour modifier de façon importante les moyens de transport et de communications.

l. MATTE (le Siècle).

Presque toute hypothèse sur la civilisation future part d’une constatation scientifique. Ni Thomas Morus, ni Campanella, ne sont déraisonnables, et Cyrano n’est point un illuminé. Pourtant, tous ces envisageurs d’avenir ont toujours donné comme cadre à leur recherche savante, un épisode d’aventure et ont mis de la littérature dans leur cas. Présenter des recherches, des hypothèses, des utopies tout scientifiquement,'sans ombre d’ornement artiste, tel a été le désir de Wells dans son livre Anticipations, mot nouveau qui dit bien ce qu'il veut dire. Ce ne sont point des prophéties que nous donne Wells, ce sont des prévisions, et, de peur d’être induit en rêverie, il ne dépasse pas le vingtième siècle dans ses aperçus. Les Anticipations de Wells ne sont point un roman, mais un livre de critique sociale.

GUSTAVE KAHN {PA UVOl'é) .

Vous avez, Monsieur, un des esprits les plus curieux et les plus avisés de notre époque. Vous avez trouvé le moyen de renouveler à la fois Edgar Poë et Jules Verne, en les combinant tous deux, mais en ajoutant au fantastique de l’un et au système d’hypothèses romanesques et scientifiques de l’autre, un esprit philosophique à la fois très mordant et très généreux qui vous est propre.

Tout le monde a lu, j’entends tous ceux qui sont un peu informés et qui ne font pas leur pâture intellectuelle des romans de M, Georges Ohnet, de M. René Bazin et autres puérils psychologues, tout le monde a lu vos ouvrages où l’utopie (c’est-à-dire la vraisemblance de demain) s’anime d’une vie si aisée et si naturelle : La Machine à explorer le Temps, P Homme invisible^ la Guerre des Mondes et tant d'autres fictions ingénieuses et brillantes qui vous mettent au rang des plus célèbres « novelists » de votre pays, font de vous une sorte de Swift de la physique, de Dickens de la mécanique.

Il ne faut pas, à moins d’être un de ces esprits soi-disant pratiques qui ne croient qu’à cette vérité que deux et deux font quatre et ont les yeux fermés à des vérités beaucoup plus importantes, ainsi qu’à des vérités tout à fait opposées — car il y aura des gens bien étonnés lorsqu’on aura découvert et révélé des cas, des mondes, où deux et deux ne font pas quatre, — il ne faut pas, dis-je,... reléguer dans le domaine de l’amusement pur et de la spéculation fantaisiste les étonnantes inventions que vous avez mises en scène.

Une des raisons pour lesquelles votre livre est tout à fait génial, c’est que le point de départ de toutes vos « Anticipations » réside dans les modifications que feront subir à la vie, à scs conditions, à ses aspects, les nouveaux moyens de transport.

ARSENE ALEXANDRE (J Q Vélo).

Nous sommes las des éternelles histoires à complications amoureuses et qui se terminent au mariage avec la même fatalité que la tragédie antique par la mort de son héros. Déjà notre enfance a vu paraître les romans de Jules Verne, dont le succès a bien montré tout le parti qu’on pouvait tirer de la fantaisie scientifique. Le romancier anglais le plus remarquable, à ce point de vue, de l’heure actuelle, est M. H.-G. Wells, dont j’ai cité ici même les ouvrages.

Gabriel LAUTREC (le Monde moderne).

Le Mercure de France mérite la reconnaissance des lettrés par ses excellentes traductions des romanciers et des philosophes étrangers. Il nous donne aujourd’hui sous ce titre: P Amour et M. Lewisham, l’histoire d’un très jeune couple anglais,par H.-G. Wells.

Livre humain et livre anglais, dans lequel il y a tant de philosophie pratique et tant d’humour, on le lit comme une œuvre vraiment consolatrice. Sensible, spirituel et sensé, tel nous apparaît M. Wells, dans la très littéraire traduction de MM. Davray et Kozakiewicz.

e. LEDRAIN (P Illustrât ion).

Avec une remarquable maîtrise, Herbert-George Wells, l’auteur d’AnticipationSy le prophète anglais, a fait des progrès actuels de la locomotion mécanique sous toutes ses formes le véritable point de départ de l’évolution décisive de l’humanité vers le mieux futur.

Maurice martin [P Illustration).

Dans son beau livre Mankind in making f Humanité en formation), H.- G. Wells dit que les universitaires modernes n’ont pas su tirer parti d’une invention assez répandue, l’imprimerie. Ils conférencient, comme au moyen-âge, époque où les conférences étaient indispensables, parce que les livres coûtaient cher. Ils perdent gravement leur temps et celui de leurs auditeurs, ils continuent un usage suranné. Celle observation, qui a les apparences d’une boutade, est très juste.

Pages libres.

La place qu'occupe M. II.-G. Wells dans la nombreuse phalange des écrivains contemporains est des plus importantes, grâce à l’originalité de ses œuvres, dans lesquelles les fantaisies de l’imagination parent les recherches habituellement arides du sociologue. La Guerre des Mondes et U Homme invisible, la Machine à explorer le Temps et l'Île du IT Moreau ont été traduits en français, et le public leur a fait un excellent accueil... La dernière œuvre de Wells, Anticipations... vient d’être éditée en volume. L’écrivain s’y occupe de l’avenir des sociétés modernes; il traite ce sujet, déjà ébauché par lui dans ses romans, sous une forme scientifique et raisonne en philosophe. Il n'est pas sans intérêt de connaître les vues d’un esprit aussi distingué sur les prochaines étapes de l’évolution sociale.

MARXWELL, avocat général à Bordeaux (Revue philomatique

de Bordeaux et du Sud-Ouest}.

Au nombre de ces modernes devins, cherchant à baser sur le progrès scientifique aussi bien que sur l’énergie particulière des races la structure probable de la société de demain, deux hommes sont à citer : le Français Jules Verne et l’Anglais II.-G. Wells. Mais tandis que Jules Verne — ami de notre adolescence — se plaît à vulgariser pour nos cerveaux d’enfants les probabilités d’une pensée ingénieuse, H.-G. Wells, plus viril, d’une philosophie souvent très haute, ravit de ses concepts puissants nos esprits d’hommes, et projette sur l’écran opaque de l’avenir de vives lueurs révélatrices. Un livre comme Anticipations, le dernier de ceux que cet auteur ait publiés, demeure par la force ingénieuse de ses déductions, la profondeur de ses données, l’ampleur de ses vues sur l’avenir, éminemment suggestif.

octave UZANNE {la Dépêche de Toulouse}.

En fait, depuis 1901, date d’apparition du livre, quelques-unes de ses vues les plus hardies (notamment la guerre sino-japonaise) reçurent une éclatante confirmation.Fortune aux prophètes bien rare,n’en déplaise à Mme de Thèbes.

Pour me servir des termes de Wells, « la fiction de l’avenir abandonne la prophétie proprement dite. Elle devient polémiste, conseillère ou idéaliste comme un simple renvoi ou commentaire à nos désillusions actuelles. » A ce titre, elle vaut ce que vaut l’auteur. Elle est extrêmement intéressante s’il est extrêmement intelligent. C’est tout juste le cas ici. Ce volume, Anticipations, souleva l’enthousiasme en Angleterre.

Gabriel TRARIEUX {la Petite Gironde}.

Cette opinion n’est pas celle de H.-G. Wells, le grand écrivain anglais dont j’ai souvent entretenu mes lecteurs. Dans ses merveilleuses Anticipations, qui sont le plus beau livre d’idées paru depuis vingt ans, il consacre tout un chapitre au « Conflit des Langues » au xxe siècle. Entre autres choses, il écrit précisément ceci à propos des « langues mondiales aggrégatives » :

oo-.*.

C’est ainsi que H.-G. Wells, qui est avec Swinburne et Rudyard Kipling l’un des littérateurs les plus renommés du Royaume-Uni, préconise l’emploi du français comme langue future.

Georges MAUREVERT {le Petit Niçois}. Si le passé a des attraits, lavenir a du prestige; on se plaît à l'imaginer merveilleux et parfait ; tout y est beau, tout y est bien ; il a inspiré de nombreux écrits où les prophètes de cabinet se sont exercés à vaticiner avec plus ou moins d’imagination, et cette littérature fantaisiste forme une imposante bibliothèque. Elle date des plaisants essais de Cyrano de Bergerac décrivant les Etats de la lune et du soleil et entrevoyant, sous l’apparence de fictions, bien des réalités futures, telles que les ballons et les voitures sans chevaux. Les étrangers ont fourni une abondante contribution à ces écrits qui, sous couleur de rêves, dans une action chimérique, prédisent les transformations futures regardées comme des utopies dans le présent.

La palme du mérite, en ce genre d’écrits, revient sans contredit aux Anticipations de l’anglais Wells. Ce mot « anticipations » baptise du reste l’ouvrage récemment paru, qui est quelque chose comme du Jules Verne d’une étendue de pensée plus profonde, plus réfléchie, plus savante et de déductions qui indiquent chez l’auteur une puissante culture, une vaste intelligence synthétique.

e. tiiomas (le Petit Marseillais}.

Avec les pages étincelantes de la Découverte de l'Avenir, nous tenons la clef du mystère ! Nous savons comment et pourquoi H.-G. Wells écrivit ces romans extraordinaires, d’une fantaisie si empoignante et si suggestive : La Machine à explorer le Temps, la Guerre des Mondes, les Premiers Hommes dans la Lune, les Pirates de la mer, etc. ; nous savons comment son imagination prestigieuse a conçu ces prophétiques « Anticipations », si troublantes et si étrangement captivantes.

La stupéfiante logique de Wells et les exemples probants qu’il donne, font de ce petit livre le manuel qui permettra à chacun de se découvrir à soi-même l’avenir.

Le Phare de la Loire.

Voici un livre qu’il faut lire. Ce n’est point un roman, une œuvre dépuré imagination, comme la fameuse Bataille de Dorking, mais une prophétie scientifique pour ainsi dire, suivant une méthode rigoureuse et déduite des faits actuels mûrement examinés.

A la lumière de celte méthode l’auteur rassemble les éléments qui concourront à former la communauté humaine aux environs de l’an 2000. Il voit ses routes, ses demeures, il lit ses journaux, analyse sa condition morale et esthétique, et se représente cette communauté en temps de guerre. Il affirme qu’à l’encontre de notre communauté passée et présente, celle de l’avenir sera disséminée sur de vastes étendues agricoles.

Georges art (le Phare de la Loire}.

Grâce au Mercure de France, le public français pourra apprécier à sa juste valeur le talent d’un auteur, M. II.-G. Wells, qui outre-Manche passionne le public. C’est un Jules Verne, avec beaucoup plus de délicatesse et un sens psychologique plus développé.

saint-yves (les Nouvelles de Lyon).

Avez-vous lu Wells? Sinon, et que vous fussiez neurasthénique, vous seriez inexcusable. Parmi les récents conteurs d'histoires, et depuis Villiers de l’Isle-Adam et Poë, il n’en est pas, je crois, qui ait mieux mérité de cette vieille enfant, l’Humanité.

Plus fort que les algébrisles, qui n’ont jamais pu résoudre les deux formules de l’impossible, la négative et Vimaginaire, Wells, comme on le voit, les supprime toutes. Avec les débris ou les essais du présent, il restaure le passé, achève le futur et l’inconnu. Ses notions métaphysiques les lus abstraites, il les matérialise. Et il n’a pas besoin pour cela d’appeler a poésie à son secours, je veux dire cette somptueuse duperie du langage, celte science du style et de l’harmonie, avec quoi l’exécrable professionnel des lettres cache ses ulcères et vêt sa maigreur. Wells est le dédaigneux conteur de génie dont l’imagination incisive et sans limite crée des mondes avec peu de mots et dont le style simplement exact emprunte à la mécanique sa raide, uniforme et sobre beauté.

J’ai dit plus haut qu’il ne s’embarrassait ni de préoccupations morales, ni de psychologie. Certes, il ne les poursuit effectivement point, tout entier qu’il est au développement de ses théorèmes hypothétiques ou à la mise en jeu de ses analyses et de ses réactions. Il les atteint cependant, parfois, comme dans la Machine à explorer le Temps, où la plus incroyable, mais aussi la plus plausible leçon de sociologie attend le lecteur à mi-chemin de la fin des siècles, alors qu'il lui montre les Morlocks, farouche race de ténèbres issue de l’ancien prolétariat européen, vivant de la chair des Eloïs, jolis oiseaux humains qui babillent au soleil et dans les fleurs...

Wells, que je présente ici avec quelque peu d’enthousiame parce qu'il m’a sincèrement diverti, évoque à la fois le souvenir de Jules Verne et d’Edgar Poë. Sa véritable culture scientifique l’élève fort au-dessus du premier, qui reste ainsi à l’usage des hommes de dix-huit ans et au-dessous ; elle en fait, par contre, le favori des enfants qui ont « fait » leur philosophie et résolu les équations du troisième degré, de ceux même qui ont des cheveux gris et de fausse dents. D’autre part, sa santé morale et l’inébranlable positivisme d’esprit qui est à la base de son imagination suraiguë, le tiennent aussi éloigné que possible du célèbre conteur américain, — cet halluciné de génie chez qui la hantise de la mort et du néant n’était qu’une forme de spiritualisme impuissant à se frayer sa voie à travers une âme moderne que le christianisme n’avait pas illuminée.

Très clair, impeccablement méthodique, allant toujours du connu à l’inconnu, apportant dans sa notion du fantastique et de l’abstrait, une sensation de fraîcheur et de tact immédiat, telle que l’inconcevable surgit réellement en chair et en os sous nos yeux; avec cela.exact, concret et précis comme un chimiste, Wells est un génie vraiment français.

pierre JAY (le Salut public, Lyon).

Une œuvre énorme, formidable amoncellement de faits, d’appels à la discussion, de rêves utopistes, de prophéties humanitaires, d’ironies, de sarcasmes, de souhaits, de pratiques, perfectionnements, mais amoncellement ordonné selon les règles d’une implacable et lumineuse logique.

Ceux que n’entravent point trop la routine, les préjugés,la fausse pudeur, ceux qui, les yeux tournés vers l'avenir, vers cet avenir pour lequel vivent et meurent les hommes, osent juger et condamner les erreurs du présent et édifier pour le futur d’audacieux et généreux projets, salueront avec une admiration respectueuse les Anticipations de H.-G. Wells.

E.-J. L. (la Lecture de Genève).

Le célèbre romancier anglais Il.-G. Wells est l’auteur de vingt romans, dont la plupart ont été traduits en français. Il ressemble à un Jules Verne qui serait en même temps un économiste et un sociologue vaguement teinté de théologie. Le point de départ de ses livres est presque toujours une découverte imaginée par l’auteur, un progrès scientifique dont il tire les conséquences probables.

Le Journal de Genève.

L’un des plus remarquables écrivains contemporains, H.-G. Wells, affirme que le livre régénérera le monde. Ce M. Wells est un homme très moderne qui a reçu l’éducation scientifique et qui se destinait aux carrières scientifiques lorsque ses amis découvrirent en lui un écrivain d’une rare originalité et le poussèrent vers la littérature. Les livres qu’il écrit sont, les uns des fantaisies humoristiques, ayant toujours leur point d’appui dans la science ; les autres, des essais de prévision de l’avenir de notre civilisation où l’imagination et le savoir s’unissent de la manière la plus extraordinaire et la plus brillante. Naturaliste, ingénieur, chimiste, économiste, sociologue, il prévoit les transformations matérielles, morales et sociales de nos sociétés avec une audace qui déconcerte, avec des probabilités qui saisissent. Son imagination est la plus ultra-moderne qui soit. Et cet homme, ô prodige, croit à la puissance croissante du livre !

Le Journal de Bruxelles.

Les utopies imprimées ont toujours du succès. Quand ils n’auraient pour lecteurs que les mécontents de la réalité actuelle, ceux qui prophétisent sont assurés de la vogue. C’est ce qui explique le bruit fait, depuis quinze jours, en France, autour de ces Anticipations de Wells, fameuses déjà en Angleterre, encore que souvent fort cruelles pour John Bull.

D’ailleurs, ce livre sort de la banalité des « promesses de beaux jours ». Il n’est rien de plus'philosophiquement intéressant que de suivre le romancier des Premiers hommes dans la Lune, démontant pièce à pièce les ressorts de notre civilisation, et reconstruisant en imagination le formidable édifice, tel que la pensée humaine, aidée des progrès mécaniques et scientifiques, en conçoit le plan complet et l'épure nouvelle. Sans un instant dévier de la possibilité logique, notre Anglais, de ce qui fut, de ce qui est, déduit ce qui sera, ou du moins ce qui doit être : car il est plus facile de donner des ordres à l’avenir que d’en être obéi! Puis, à la perspicacité, Wells joint le courage. Et quand, au cours de ses déductions, il trouve que dans un siècle le français sera la langue par excellence des Européens qui penseront ou liront, il nous le dit, et fichtre, sans barguigner !

Dans ce livre bourré d’idées, cependant, il n’en est pas de plus féconde, j’entends dont l’auteur tire plus volontiers aide et profit, que celle de l’histoire de la locomotion humaine. C’est elle que nous allons suivre ici, pour voir ce que notre auteur en tiie.

DF louis delattre (le Petit Bleu de Bruxelles).

H.-G. Wells, l’écrivain anglais si personnel, original et troublant, s’était fait connaître au monde littéraire français par les traductions publiées en ces dernières années au Mercure de France de ses romans et de ses contes merveilleux, dans lesquels il met une profonde et audacieuse science au service d’une imagination débordante.

Il était intéressant de voir cet esprit, amant du fantastique et familier des problèmes les plus déconcertants et des soucis les plus mystérieux, quitter ce domaine de l’étrange pour aborder une réalité tout à fait positive, envisager des situations et des sentiments actuels et précis.

paul andré (la Flandre libérale de Gand). s ÉDITIONS DV MERCVRE DE FRANCE

26, rue de Condé. — Paris-Vie

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