‹ Place VentadourChapitre 15 sur 42 · SCÈNE vn · texte numérisé non relu

SCÈNE vn

BOURSICOT seul, puis ATALANTE.

BOunsicoT.

Je leur dis que j'ai oublié ma bourse, et ils no sentent pas le coup... où plutôt ils l'ont paré très adroitement... prenez un cabriolet à l'iieuro!.. si jamais ceux-là prêtent de l'argent... ainsi, aucune ressource... j'ai envie de pleurer. Si je pleurais. ça me soulagerait, mais ça ne me remplirait pas le gousset... j'entends Atalante. Ah ! c'est ici qu'il faut se cramponner à son courage. Je dois avoir le dessous des yeus bistré.

ATALANTE, arricaiit par la gauche.

Vous êtes là, mon ami? c'est bien aimable do m'avoir attendue!

BOl'RSICOT.

Vous m'en avez prié... et une prière do vous, Atalante... c'est pour moi sacré,., je me mettraisà genoux devant...

ATALANTE

J'ai quelque chose à vous dire, et devant ces dames on ne peut pas causer...

BOUnSlCOT.

C'est vrai!., quand il y a du monde, j'ai remarqué qu'on n'était jamais seul.

ATALANTE, le regardant Mais, comme vous avez l'air triste, abattu !.,

BOURSICOT

C'est la joie, le plaisir de passer une journée avec \ous.

ATALANTE

Vous éles tout pâle.

BOURSICOT

C'est le sang qui me porte à la tète... le bonheur me produit toujours cet effet-là !..

Eh ! bien, je voulais vous dire que j'ai écrit à M. Accacia.

BOURSICOT

Quel est cet Accacia? où prenez-vous cette verdure?

ATALANTE

Mais, c'est mon parrain... il m'avait toujours dit:

quand tu trouveras quelqu'un qui to fcr.ila cour, pourt'épouser, écris-le moi... je pourrai seulement alors te dévoiler le secret do ta naissance... car vous savez, mon ami, que ma naissance est un mystère !

BOURSICOT

Non, je ne le savais pas... ah!si... je le savais.., c'est-à-dire, je sais que vous ne savez rien !

ATAL\NTE.

Eh ! bien, ce quelqu'un dont me parlait M. Accacia, je lui ai écrit que je l'ai trouvé..

BOURSICOT

Vous l'avez trouvé?.. Où donc ça?

ATALANTE

Comment où donc ?.. ah! ça Monsieur... est-ce que vous m'auriez abusée? est-ce que je me suis méprise sur vos sentiments! ne m'avez-vous pas répété cent fois que tout votre bonheur serait de mettre à mes pieds, votre réputation et votre fortune?

BOURSICOT

Je vous ai parlé de ma fortune!., c'est bien invraisemblable... vous êtes sûre que j'ai dit ça?

ATALANTE

Auriez-vous déjà changé de sentiments à mon égard?

BOURSICOT

Moi, changer ! oh ! non... je ne change paf, ça me serait impossible! moi, ne plusaiii:or mon Atalante I 0 Dieu! mais quand cela arrivera, les poissons n'auront plus d'écaillés, les oiseaux de plumes, les animaux d'instinct.

ATALANTE

Vousvoyez donc bien que j'ai eu raison d'écrire à M. Accacia. Il doit arriver aujourd'hui et venir avec nous à la campagne... vous lui ferez la demande de ma main et ça ira comme sur des roulettes.

BOURSICOT

Aujourd'hui... avec nous... (A part.) Ça se complique... (//aiif.) Est-ce qu'il vous apporte une dot?..

ATALANTE

Je l'ignore... vous m'avez ditque vous no teniez pas à ces choses-là.

BOURSICOT

Moi : je ne tiens à rien.

ATALANTE

Mais il m'apprendra le secret de ma naissance... ah ! si j'étais d'une grande maison !

BOURSICOT

D'une maison élevée! je ne vous en aimerais pas plus... ce qui m'a séduit en vous, ô Atalante! c'est votre douce simplicité... c'est que pour vous plaire, je n'ai pas dû jeter sur votre route des pommesd'or... comme on l'a fait pour voire homonyme... Atalante... ce n'est pas vous qui vous seriez arrêtée pour les ramasser... vous n'êtes pas une coureuse comme elle.

PLACE VEMADOUR.

ATALANTE

Des pommes d'or... hum! c'est bien séduisanl !..

BODRSICOT.

Oh! on dit d'or.,, ce devait tout bonnement ôlre de la Valence ou du Portugal.

ATALANTK.

Oh! certainement, je ne suis pas coquette, malgré cela, on n'est pas fâchée d'être aussi bien m'sc que les a u très

BOLRSICOT.

Vous êtes très bien mise... et vous ne seriez pas mise du tout que vous seriez tiujours ravissante.

ATALA.NTE.

Écoutez, mon ami... au point où nous en sommes, on ne doit rien se cacher... je dois vous avouer que Junon et toutes ces demoiselles se moquent de moi ; tout-à-l'heure encore, elles ont dit que pour no rien m'olTrir aujourd'hui, il fallait que vous fussiez... oh! je n'oserai jamais dire le mot!..

BOURSICOT

Allez!., je suis préparé à tout!

ATALANTE

Eh bien, elles ont dit qu'il fallait que vous fussiez bien pané.

BOURSICOT

l'ané! le mol est amer!;., mais votre bouche embellit tout...

ATALANTE

Il faut mettre un terme à cela... aussi, jusqu'à ce jour, j'aviris refusé cette visite en soie que vous m'aviez offerte... eh! bien, aujourd hui, je consens à la recevoir.

BOURSICOT

Vous voulez recevoir ma \isite?..

ATALANTU.

Vous allez aussi être mon mari.,, je serai fière de porter vos présents, j'accepte n'importe ce que ce sera...chûlc, écharpe, voile...

BOURSICOT à part.

Je suis fichu !

ATALANTE

Mon ami, ne perdez pas de temps... allez faire vos achats et revenez vite!..

BOURSICOT

Oui .'..oui, c'est juste... {à part.) je vais rentrer chez moi, et ni'asphixier... je n'ai plus d'autre parti à prendre... jiourvu que j'aie assez de charbon!

ATALANTE

A quoi penscz-vousdonc?

BOURSICOT

Arien, (à part.) ah! j'ai du coke... on doit pouvoir se détruire avec du coke...

ATALANTE

Ah! pendant ipie j'y pense... ju viens toul-al'heun- de di^chirer mes gants, si vous étiez assez bon pour m'en a|)poilcr d'aulivs!..

BOURSICOT

Comment donc!., mais très volontiers... pendant que vous êtes en train, oh ! mon Dieu, demandez tout ce qui vous fera plaisir.

ATALANTE

Vous êtes trop aimable... vous les prendrez paille.

BOURSICOT

Paille!., oh! oui... bien paille!.. Atalante, avant de vous quitter^ souffrez que je vous baise l'index.

ATALANSE.

Comme vous dites cela!., vous ne serez pas longtemps?

BOURSICOT

On ne sait pas..,, il y a quelquefois des embarras... de voitures... (à part.) mon cœur est dans un casse-noisette!

ATALANTE

Tenez, voilà ma main !

BOURSICOT, après la lui avoir serrée.

Permettez que j'imprime un baiser sur votre main..! (U l'embrasse.) Permettez que j'en imprime un sur votre front. {Il l'embrasse.) Permettez que sur votre col de cigne, j'imprime... (.4 part.) Non, ça me ferait trop d'impression... fuyons, il n'est que temps! {Haut.) Adieu, Atalante! ô Atalante! adieu!.. {Il sort tout bouleversé.)

SCNE VIII,

ATALANTE, SSUk,

Qu'est-ce qu'il avait donc! sa figure m'a semblé toute renversée! ahl les littérateurs sont si distraits... pourtant, il doit être content! monsieur Accacia consentira à nous unir... pourquoi pas? à moins cependant... si j'étais d'un sang trop noble pour m'allier à monsieur Boursicot... eh! bien alors, je l'épouserais do la main gauche... ça^e fait... j'ai vu cela à l'Odéon et au Gymnase.

Air : rf:: Fleurette.

On peut, lorsqu'on est grande dame, Se marier de chaque main, ('.Woiilrajif ta gauche.) De celle-ci, quand on est femme.

Cet hjmcn peut sans qu'on vous blAnie, Se rompre dfcs le lendemain.

Si chez nous, dans chaque famille, Cet usage s'iulroduisait.

Quand un amant dirait qu'il grille, D'obtenir la main d'une lille...

C'est sa gauche qu'elle offriniil.

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