SCENE X. (f
LES MÊMES, MAROXNARD, BALLON. Les f/rar hommes tiennent chacun quelque chose à la main.
MARONNAUD.
Nous voici, mesdames, nous voici' j'cspcro que nous ne sommes pas en relard!..
ATALANTE
Vous ôtes exacts comme le canon du Palais- Royal, quand il fait beau.
MARONNAr.D.
Ah! ah! que c'est méchant pour le soleil !
CORNALINE
Qu'est-ce que vous tenez donc là, monsieur Ballon?
BALLON
Oh! une babiole à votre intention... vous aimez les crevelles, je crois... flairez. (// lui mci le sac sous le nez.)
CORNALINE
Oh ! c'en sont ! que c'est aimable !
BALLON à Alalante.
Voulez-vous sentir?
(1) Conialiiic, Ballon, Atahuitc, Juuon, Maronnard.
ATALANTE
C'est inutile... je les avais devinées quand vous êtes entré.
JUNON
Et vous, Tibulle?
MARON.NAIID.
Respirez cet arôme.
JUNON
Un melon... oh ! je vous reconnais bien-là! il est impossible, d'être plus prévenant.
BALLON
C'est notre devoir... monsieur Boursicot n'est pas revenu ?
ATALANTE
Pas encore... il fait peut-être aussi des emplettes pour me surprendre...
Ji'NON bas.
Il luiapportera des plaisirs! voilà le plaisir, mesdames!..
MARONNARD.
Oh! que c'est méchant! eh! eh!
BALLON
C'est la voiture qui l'occupe!
JUNON
Ah? c'est lui qui s'est chargé de nous avoir une voiture. {Bas à Muronnard. )l[\Oi nous amener un coucou, alors.
MARONNARD.
Oh! par exemple... il n'oserait pas...
ATALANTE
.l'entends monter l'escalier... c'est lui sans doute.
BALLON (/in va regarder
Non, c'est le concierge (pii monte une lettre... je vais savoir pour qui. (// sort.)
ATALANTE
Une lettre! c'est singulier! mon cœur bat... je me figure que cela me regarde.
JUNON bas aux axilres.
Je gage que c'est son Boursicot qui lui écrit qu'il ne peut pas venir.
MVRONNARD.
Mais ce serait se ficher de nous tous... et... BALLON rerenantavec une lettre à la main. Une lettre qu'on vient d'apporter pour mademoiselle Atalante !..
ATALVNTE prenant la lettre.
Pour moi... [Elle regarde.) Très pressée.
jL'NON, bas aux autres.
Qu'est-ce que je vous ai dit. (Haut.) Lis donc vite!
ATALANTE, après avoir dicachelé, passant au
milieu.
Ah! c'est de monsieur Accacia!
TOUS
Jîonricur Accacia !
ATALANTE lisant.
' alà chère Atalante, je comptais aller te rejoin-
'LACE VENTÂDOUR.
• drc, ce malin, en dcbnrqiuinl par la voilure... « que nii'nie j'ai été l)ieu secoué ; mais ra ne fail « rien... \u que jetais près d'une nourrice... pas « dans- le coin.
MAnOXXAnD.
Il a un slyle coulant, ce monsieur.
ATALANTE
• Mais à peine à Paris, un événement bien fâ- « dieux qui vient de m'arriver.., je ne sais pas au « juste à quel endroit... mais ça ne fait rien... je « crois que c'est vers la place Venladour... bref, « je ne puis pas maintenant aller te rejoindre, toi
• et ta société. Dites au portier à quel endroit vous « allez, je lâcherai d'y être pour le diner... ton « sincère ami, qui est bien vexé Accacia. Ah! Pauvre parrain I que c'est contrariant!
JUNON
Mais quel peut être cet événement qui lui est arrivé?
ÏIAnONNARD.
Ah! oui, c'cst'cela qui m'asticote!...
ATALANTE
11 nous le dira tantôt... Moi qui grillais de le voir.
jrxoN.
Le retard de M. Accacia ne doit pas nous empêcher de nous amuser... mais l'heure de partir est passée depuis longtemps... c'est bien extraordinaire que M. Boursicot nous fasse attendre ainsi.
CORNALINE
Le plus beau moment de la journée se passe et nous n'en jouissons pas.
BALLON
Il nous tient ici en chatte privée.
M.UiONNAUD.
Faire attendre des dames... c'est inconvenant... passez-moi le mot.
ATALANTE
Il aura pris une correspondance d'omnibus... vous savez que ça retarde.
Je ne donne pas là-dedans, moi. Si M. Boursicot ne vient pas... c'est qu'il ne veut pas... ou plutôt qu'il ne peut pas être des nôtres, parce que ses moyens ne lui permettent pas de paver sa part du pique-nique... mais alors on le dit... et on ne fait pas attendre ainsi toute une société.
ATALANTE
Junon, voilà une supposition qui me blesse!... et c'est mal de calomnier (pieliju'un qui m'adresse ses hommages.
JUNON
Moi, je le dis que ton amoureux se moque de loi et de nous... lit connue je n'ai pas envie de passer ma journée à l'altendro ! nous allons partir, n'csl-cc pas?
MAnONNARn,
Oui, oui... nous prendrons un fiacre en bas... Partons... M. Bourricot ne viendra pas.