XII PREFACE
historique et surtout scientifique, restituer le milieu où il a pensé, discuté, qui violemment ou insensiblement agissait sur lui, fut mon principal souci. Estimant que l'on juge mieux les hommes et les œuvres par la comparaison que par la simple observation, j'ai voulu par ce procédé mettre en relief la figure de notre jurisconsulte et non la sacrifier.
Faisant abstraction de l'intention particulière de ce travail, je crois bien facile de lui trouver une utilité plus générale. C'est une étude sur le droit écrit et ses origines dans le midi de la France. Dès le début de mes études j'ai eu l'occasion d'entendre — non sans en avoir été frappé — ces réflexions, qu'un de nos grands romanistes a livrées récemment à la publicité : Pour que le droit romain soit utile à l'intelligence de notre législation, il faut l'étudier non tel qu'il était à Rome, mais tel qu'il a été compris par les anciens jurisconsultes français; une telle étude n'a presque rien de commun avec le droit romain proprement dit.
Cette vérité n'a pas toujours été comprise ; car si l'on parcourt, même dans des ouvrages spéciaux, l'historique de chaque institution, on voit bien souvent les auteurs les plus consciencieux attribuer au droit écrit les théories romaines sans aucune modification, et méconnaître complètement l'évolution des doctrines anciennes dans la science et dans les mœurs des provinces du Midi. Le droit écrit réclame une place plus importante dans l'histoire de notre droit national. Personne, en tous cas, ne peut contester l'intérêt qu'il y aurait à connaître de très près et dans toutes ses phases, ce phénomène d'adaptation de lois étrangères à des méthodes scientifiques et à des mœurs pour lesquelles elles n'étaient pas faites.
M. le professeur Fitting, l'illustre maître qui a éclairé