LIVRE PREMIER
VIE DE PLACENTIN
Quelques rares passages dans les œuvres de Placentin donnent des indications sur sa vie et son professorat. Une anecdote rapportée par le jurisconsulte Roffredus et la mention que le petit Thalamus de Montpellier a fait de sa mort sont les seules autres sources biographiques sur te fondateur de notre école. En voici Tanalyse :
Placentin naquit à Plaisance (1). N'ayant qu'un nom de baptême, il fut désigné par son origine et dès les premiers temps de son enseignement il adopta l'adjectif du nom de sa ville. La date de sa naissance est inconnue; aucun document ne parle de sa jeunesse. On le rencontre pour la première fois à Mantoue ; il y est déjà professeur et commence sa réputation par son enseignement et ses écrits. Ce sont d'abord des œuvres de débutants sans grande 'portée : des vers
1. Placentini Summa Codicis, L. VI Tit 48. Ad. Se. Trebelliamim. « Rogaturquoque et privata persona, et honorata, et corpus, et collegium, fiscus (xuoque et Gesar ut D. eo. 1. 1 et 1. Sed et (15). Omnis quoque civitas rogari potest ergo et civitas placentina unde mihi origo est ^no'inenque accepi. » Texte corrigé d'après les manuscrits de Vich et de Paris. Savigny donne avec l'édition imprimée <c civitas Placentia ».
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juridiques à Tusage des étudiants, des résumés de quelque institution juridique ou de quelque controverse d'école (1). Son de varietate actionum (2), qu'il nommera plus tard la Summa Mantuana, est son premier ouvrage de longue haleine. 11 y présente des théories personnelles et se pose en chef d'école. Le succès de ce premier ouvrage fut assez considérable pour que Placentin crut pouvoir se faire une place à Bologne môme, au centre des études juridiques où se formaient les jurisconsultes de toute l'Europe. Il devait y échouer; les rivalités de ses confrères lui firent quitter l'Italie. Une anecdote de Roffredus (3) donne de ce départ une explication assez étrange. Dans une discussion juridique, Placentin aurait gravement offensé un autre professeur de droit, Henricus de Baila. Il s'agissait du sénatus consulte Yélleien que Martinus et ses partisans considèrent comme tacitement abrogé par les dernières constitutions de Justinien. Sans doute attaqué par son adversaire, qui soutenait l'opinion des Bulgariens plus généralement admise, Placentin l'aurait bafoué en des termes dont la malice ne nous est
1. La summula de verhormn oUigationibus a été évidemment écrite à Mantoiie « Resquoque et lociis clilationem inducit... locus si Mantuae constitus stipules quod est Brisise ».
2. Prœmhim du de varietate actionmn, publié par Savigny. t. IV. s\nh. XIII. « Gum essem Mantuse, ibique juris scientise precepta pluribus auditoribus traderem... »
3. Roffredus, de ordine judiciario, P, 7. Gap, 1. « et liane sententiam secuti sunt multi et praecipue P. qui dum in cathedra legeret, dixit de domino Henrico de Baila, cujus glossse inveniuntur signatse per Yr. qui nobilis erat et potens in civitate Bon. et tune temporis regebat : homo ille erat in partibus ubi habitat Velleianum. Unde dominus Henricus qui erat in contraria opinione de nocte assalivit dominum P. et sic timoré illius recessit de Bononia et ivit apud Montem pessulanum. »
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pas compréhensible « Homo ille erat in partibus ubi habitabat Velleianmn. » Henricus de Baila était, dit la tradition, d'une famille noble et puissante; lui-même, plus guerrier que jurisconsulte, aurait voulu se venger en attaquant de nuit son rival, et, dit Roffredus, par crainte de cet homme, Placentin quitta Bologne pour Montpellier.
Ce fut, sans doute, avant son départ qu'annotant un précédent travail de Bulgarus, il écrivit son commentaire sur le de regulis juris.
Ce premier séjour à Montpellier (1) fut pour lui une période de production.
1. Proœmium au titre de sedilitiis de la Summa Codicis v. infra appendice I. « Apiid Montem pessulanum constitutus rogatus sum ab auditoribus meis et a compluribus aliis ut post summarum Frogerii confectionem consummationem operis adderem Summasque complerem ».
Placentini Summœ Institutionum Exordium, dans Fitting, Jur. Schrift., p. 218 «... si qui cupiunt Justiniani justiciam sectari.... satagunt lias Institutionum summas addiscere, quas Placentinus composuit et aput Montem Pessulanum in médium promulgavit ».
Placentini Proœmium Sunimde in Très libros. « Gredidi quondam debere sufftcere Codicis summas a Rogerio initiatas perficere, et consummare :.... Ad haec loco tertio apud Montem Pessulanum mihi venit in animum tyronibus legum introductiones ad libros juris majores componere, Institutionum summas conficere ; illasque Deo propitiante, subtili et moderato compendio compilavi. His autem peractis, longe postea in patriam reversus sum. Indeque post aliquot dies ante duos videlicet menses, ab illis Bononiensibus qui de Gastello vocantur, acitus Bononiani veni ; ibique in Gastello continuo biennio discipulis jura tradidi : alios prseceptores ad limen invidiae provocavi, scliolas eorum discipulis vacuavi, juris arcana pandidi, legum contraria compescui, occulta potentissime reseravi. Et (quod fuit mirabilius) etiam rogatus ut de legibus sermonem facerem, rem non novam aggL^essus sum, cunctisque coram vocatis scholaribus, m.orem
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Il entreprit et conduisit à bonne fin l'œuvre la plus considérable de sa vie. Il s'agissait de donner une analyse de tout le Code de Justinien, c'est-à-dire, de la presque totalité de la science juridique. Irnerius avait accompli ce travail sous une forme trop concise, devenue insuffisante pour les étudiants comme pour les praticiens. Rogerius avait tenté de développer le travail du maître ; la tâche lui avait paru trop ardue, il l'avait abandonnée au milieu du quatrième livre. Placentin complète ce travail ; puis il remanie les titres déjà composés par son prédécesseur, y insère ses théories et peut offrir à ses élèves le plus vaste et le plus complet traité de droit que l'on ait écrit avant lui au Moyen- Age. Entre-temps il avait composé pour les débutants une Summa InsUtuUonum.
Placentin ne put rentrer en Italie que longtemps après ; il voulait se fixer à Plaisance, mais une des plus grandes familles de Bologne, presque les seigneurs de la ville, la famille de Castello, lui ayant offert sa protection, il professa chez eux — in Castello — pendant deux ans et fit consacrer sa célébrité au centre même de la science juridique. Il lui suffisait d'humilier ses anciens adversaires de son triomphe et, considérant sa carrière comme terminée, il voulut une seconde fois se reposer dans sa patrie. Ses élèves le suivirent à Plaisance ; à la prière de ses amis, il consentit à professer
gessi. Mox, transacto Mennio, cum tripudio et gaudio repatriavi, et vacare proposui. Porro subito ex inopinato socii mei et multi alii de Bononia seciiti sunt me ; ut legerem multiplicatis sermonibus rogaverunt ac precibus consanguineos meos qui rogarent adhibuerunt : rogatus annui et legi, et divina favente gratia, satis lionorabiles scholas per quadriennium habui ; exacto quadriennio domi, iterum apud Montem Pessulanum redii, ibique mei cordi fuit, etc. .
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et tint école dans sa ville natale pendant quatre ans. Alors une causeinconnue le détermina à quitter encore l'Italie. Il revint à Montpellier. Il voulut y terminer son oeuvre, faire de la législation justinienne un exposé complet, résumer des parties du Corpus que les autres jurisconsultes n'avaient pas osé aborder, donner une Summa aux Très lihri et une Summa Digestorum. Gomme préface au premier de ces ouvrages, il écrit son cursus vitse ; avec les principaux événements de sa vie, il mentionne les titres qui doivent rendre son nom mémorable. Ce fut, peut-on dire, son testament scientifique; il mourut sans pouvoir achever un seul livre de l'œuvre projetée. La date de sa mort, 12 février 1192, nous est transmise par son épitaphe et par le registre public de Montpellier, le Petit Thalamus (1).
1. — Des historiens du droit tels que Pasquier, des histonens de MontpeHier et parmi eux Gatel, Gariel, d'AigrefeuilIe ont reproduit l'épitaphe de Placentin, Sarti, Savigny et Gastelnau la citent également.
« Petra Placentini corpus tenet hic tumulatum
Sed petra qufe Ghristus est animan tenet in Paradiso
In festo Eulaliœ vir nobis tollitur iste
Anno milleno ducenteno minus octo. »
Placentin fut enseveli dans l'ancien cimetière de Saint Barthélémy. Sur cet emplacement se trouve aujourd'hui l'Œuvre des dames de la Providence. D'après Serres et d'AigrefeuiUe la pierre tombale de Placentin aurait été découverte en 1663, lors des fouines qui furent faites dans ce cimetière. Gette opinion concorde avec un passage des mémoires sur le Languedoc de l'intendant BaviUe. Il parle de ce tombeau comme existant en 1690; Gastelnau {Mém.de la Soc.Arch.de Montpellier, i. I. p.507) sans nier l'authenticité de l'épitaphe ne croit pas à cette découverte.
Extrait de la Chronique romane du Petit Thalamus de Montpellier, publiée par la Soc. archéol. p. 350 de cette édition. « En l'an MGLXXXXII a XII jorns de febrier anet a Dieu
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En s'en tenant aux seuls textes qui se rapportent directement à Placentin, il faudrait se restreindre à cet exposé, seul à l'abri de toute discussion. Mais le rôle d'un jurisconsulte aussi illustre, en des temps où le droit était le centre des idées politiques et intellectuelles, peut-il être isolé du milieu où il a fait sentir son influence et qui l'a influencé? D'ailleurs l'énumération de ses actes, que Placentin nous donne, n'en contient pas la raison d'être. Tout est énigmatique dans ce changement perpétuel de résidence, ce choix de Montpellier au milieu de tant d'autres villes. Sa haine contre les Bolonais demande à être expUquée. On peut espérer en étudiant les divers milieux où il a vécu rencontrer quelques hypothèses qui jettent un peu de clarté sur tous ces points (1).
M. Placentin loqual fo lo primier doctor que jamays legi en Montpellier ; e fo sebelit en lo cimetière de Sant Bertholmieu près de la capela de Sant Cleoplias de part de foras. »
1. Sa Vigny croit que Placentin fut nommé évêque et son élection annulée pour vice de forme. Hostiensis rapporte le lait pour un certain Placentinus d'après Jacobus de Albenga. Je ne crois pas qu'il s'agisse du jurisconsulte ; le nom Placentinus était porté au Moj^en-Age par un grand nombre de personnages. Il est à remarquer que Sarti connaissant par Diplovatacius le passage en question l'a volontairement laissé de côté. L'évêque fut d'après Pietro Agnelli un Albertus de Plaisance. Pietro Agnelli op. cit. p. 6.