LES JURISCONSULTES CONTEMPORAINS
blanc au vin ro^ge pour lui faire cautionner leurs dettes (1). Albericus n'a laissé q e quelques gloses et des distinctions ; ses opinions sont assez personnelles, il s'écarte souvent des théories de son maître. Gomme praticien, il fut avocat. Il a souvent plaidé contre Johannes Bassianus (2).
Aldricus et Wilhelmus de Gabriano enseignaient à la même époque. Ils étaient à la fois judex et doctor. Qu'ils aient rempli les fonctions de juge, Azo le dit clairement pour le premier en citant une de ses sentences; cela est également vraisemblable pour le second (3). Leurs œuvres théoriques ont peu d'importance ; il sont dans l'école de Bologne deux figures assez effacées. Henricus de Baila est connu par sa querelle avec Placentin. Odericus n'est guère cité que par son élève Pillius.
1. Savigny cite le texte d'Odofredus in God. L. 6 de dolo, II, 21. La glose d'Accur se rapporte plus brièvement le même trait de mœurs. « Ponebat Alb. casum in hac lege, in Hispanis qui invitaverant eum ad prandium ut fidejuberet pro eis, vel rationes suas accomod u^et, et dabant ei vinum album quasi aquam rubeo mixtam ut sic inebriaretur ».
2. Lect. Azonis sup. Cod. L. 10° satisdatione VIII, 6, « sic et dico in domino et feudatario ; licet Al in quadam causa in his domino meo contradiceret, et intelligebat legem istam quando ab usufructuario interversa erat possessio.
3. Lect. Az. sup. Cod. L. 1. VI. 42. «Licet migister Aldricus in quadam causa dixerit contra ; sed cum ab ejus sententia fuit appellatum, dixit 'o. ita esse pronunciandum. »
Savigny croit que judex était à cette époque un titre honorifique de même nature que doctor mais in^rieur. Je crois que judecc correspond toujours aux fonctions de juge, et doctor à l'enseignement. Ce dernier mot équivaut à magister. Rien ne permet de croire qu'aucun grade universitaire ait été donné après un examen ou des études plus ou moins prolongées. Aucune trace d'une pareille organisation n'existe à la fln du xiie siècle.
112 VIE DE PLAGENTIN
Un seul grand jurisconsulte pouvait être opposé à Placentin : Johannes Bassianus, le plus jeune de la troisième génération des glossateurs, élève de Bulgarus et de Jacobus.
Pendant sa vie, il combattit les doctrines des Gosianistes et par ses travaux assura le triomphe de Técole bulgarienne. Ses œuvres, suivant de près celles de Placentin, ont l'intention de lutter avec elles. Son adversaire avait écrit un Traité sur les actions ; il invente son arhor actionum et la forme schématique de cet ouvrage le met en vogue parmi les étudiants. Il est moins heureux pour sa Summa Codicis. Trop sèche, étouffée par un excès de citation de textes, elle reste bien au-dessous du travail de Placentin. Azo se l'appropriera sans même la citer (1) et composera son ouvrage en fondant les deux œuvres d'un caractère si différent. Placentin avait écrit ou projeté d'écrire une somme sur certains titres des pandectes; Johannes Bassianus réahse la même idée et son œuvre nous est parvenue dans les recueils d'Azo. Enfin, dans sa Summa « Quicumque vult », il attaque directement Placentin et se propose de faire un travail pour le convaincre d'erreur.
Il y a quelques années, d'Ablaing, alors professeur à Leiden, a remis en reUef la personnalité un peu oubliée de Johannes Bassianus. Ses œuvres très nombreuses ne sont publiées qu'en partie. Cependant son influence a été considérable. Azo, son élève, a transmis l'esprit et même le texte de son enseignement. Carolus de Tocco, Pontius, un grand nombre de jurisconsultes de second ordre, qui ont étudié à son école, ont conservé ses
1. D'Ablaing. Zur Bihliothek der Glossatoren (Zeitschrift.der Sav. Siift, roem Ab. IX, p. 15 et suiv.).