L ENSEIGNEMENT DU DROIT ROMAIN AU MOYEN-AGE AVANT PLACENTIN
Le jurisconsulte Placentiu — de son vrai nom Placentinus (1) — a professé dans la deuxième moitié du xir siècle. Il appartient â la troisième génération de l'école bolonaise, en tant qu'élève de ceux que la tradition appelle les quatre docteurs et qui ont, selon toute vraisemblance, eu Irnerius pour maître. L'objet de la présente étude est de dégager l'œuvre de Placentin dans la reconstitution de la science romaine. L'honneur de ce travail prodigieux qui sut faire renaître et adapter â la vie pratique les théories abstraites des
1. Placentinus est le nom que le jurisconsulte a réellement porté et qu'il se donne lui-même dans ses ouvrages. La forme française Placentin, généralement employée chez nous est arbitraire. Je l'adopte cependant dans ce travail parce qu'elle est populaire et que la forme latine pourrait paraître affectée. Mais je ne puis consentir à franciser également les noms des autres jurisconsultes italiens, à rendre Martinus j ar Ma) toi, Bulgarvs par Bulgare, Johannes Bassianus par Jean Bassian. Ce procède quj a l'inconvénient de les défigurer jusqu'à les rendre grotescp les, n'est même pas adaptable à tous les noms. Comment traduire Irnerius ?
On trouve dans le dictionnaire de Larousse la forme Placentius; elle est absolument fantaisiste.
textes du Corpus, alors que le vocabulaire juridique était à retrouver, appartient en grande partie aux glossateurs. Mais si dans cette école chaque génération a joué son rôle, n'est-elle pas elle-même une époque de la science juridique du Moyen-Age et non cette science toute entière? Par Irnerius et ses successeurs, le droit a dominé pendant plus d'un siècle toutes les autres connaissances humaines ; cette perfection et cet éclat de l'école bolonaise doit faire supposer que d'autres avaient préparé leur œuvre. Placentin peut sans doute être compris si on rapproche ses ouvrages des écrits contemporains, de ceux des prédécesseurs ou successeurs immédiats. Je ne crois pas cependant que Ton puisse préciser quelle fut sa tache dans le travail d'ensemble, quels matériaux il eut à sa disposition, où il a puisé ses procédés d'enseignement et de quelle littérature il s'inspire, sans remonter au-delà d'Irnerius dans les écoles pré-bolonaises. Des traces matérielles unissent souvent sa doctrine aux jurisconsultes préirnériens. Les travaux récents sur cette matière ont trop d'importance p our qu'il ne soit pas indispensable d'indiquer les grandes conclusions qui paraissent devoir en résulter.
I. — Enseignement du droit romain avant Irnerius. — Depuis Saviguy, l'ancienne légende de la disparition du droit romain dans les premiers siècles du Moyen-Age, est complètement abandonnée. La thèse du maître reste encore la base de toutes les études, et c'est en se croyant fidèles à son enseignement que deux écoles dans la science contemporaine discutent sur le rôle de ce premier droit romain anté-irnérien.
Dans la vie juridique matérielle, pour la confection des actes, la solution des procès, la rédaction des lois,
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tout le monde admet que des éléments d'origine romaine ont traversé les siècles et influé à toute époque sur les conceptions barbares. Dès qu'il s'agit d'en mesurer l'importance, les historiens du droit se divisent : les uns croient à une influence permanente sur un territoire étendu, les autres veulent la restreindre à quelques périodes, à quelques points isolés.
La discussion est autrement vive sur les caractères de ce droit, dont on relève des traces à différentes époques. Cela paraît presque certain; l'idée-mère du travail de Savigny était d'établir que le génie d'un seul homme, fùt-il Irnerius, n'avait pu suffire à donner au droit romain un caractère scientifique, à le restituer dans sa pureté. Une science antérieure lui avait sans doute ouvert la voie, fourni les matériaux et jusqu'à un certain point les procédés. Il fallait aussi des jurisconsultes pour une œuvre non moins indispensable : familiariser l'esprit public aux conceptions parfois si abstraites de la loi ancienne, faire reconnaître par tous l'autorité de la science. La vie d'un homme suffit bien rarement à une pareille tâche. C'est pourquoi Ficker et Fitting ont étudié de plus près les époques pré-bolonaises et y ont reconnu l'existence d'un droit romain. Fitting a pu suivre à travers les siècles en remontant jusqu'au ixe, les traces d'uu travail non interrompu sur les textes. D'après ces données, il a formulé le principe fécond de la continuité de la science juridique à travers le Moyen-Age (i). D'éminents historiens du droit ont adopté tout ou partie de sa thèse.
MaxConratet Flach (2) ont pris le contre-pied de