‹ Placentin, sa vie, ses œuvresChapitre 25 sur 95 · Chiappelli. Lo Studio Bolognese. p. G3 et suivr · texte numérisé non relu

Chiappelli. Lo Studio Bolognese. p. G3 et suivr

pré-bolonaise. En leur attribuant la tâche qu'ils n'avaient pas faite, on pouvait négliger leur vrai mérite et leur vraie pensée.

II. — Irnerius et les quatre docteurs. — § 1. Origines de l'Ecole de Bologne. — Comme Bologne au xiue siècle était toujours la première Ecole d'Europe, elle voulut que sa supériorité plus que centenaire, sa qualité de « legum nutris » (1), lui ait été reconnue de toute antiquité. La conception de l'Université n'était plus celle du premier siècle ; les écoles pour lutter contre la concurrence demandent aux autorités la consécration de leur existence et de leurs privilèges. Les. légendes qui se forment sur les origines de Bologne transportent à des époques reculées les conceptions du xme siècle, et, comme on voit les écoles naître et se développer avec l'appui d'un souverain, on suppose que de tous temps la volonté impériale a été l'origine de ces fondations. Telle est la base de la légende qui fait créer l'Ecole de Bologne par Théodose (2) en 433. Elle s'appuie sur des documents apocryphes fabriqués au xine siècle (3) ; elle est répandue par tous les profes-

1. Azo-Alex. Œgid. Lectura ad codic. L. 31, VI, 23, ad verb. « Et ab antiquis » « idem ergo in Bononiae eastris et villis, quia eam nutricem legum recle quis appellat. »

2. Glose d'Accurse const. Omnem § 7, v. regiis urtibus. IV. 7. XXVII, 1. Giovanni d'Andréa glose ad Glem., 2, de Magistris, V. I.

Voir Chiappelli. La Studio Bolognese, p. 9 et suiv., et les sources qui y sont indiquées.

3. Bartolus. Com. in Dig. const. Omnem v. bœc autem tria.... « die ergo quod habere studium, vel licentiam docendi, proie lii ex privilegio tantum, vel ex consuetudine longissima sicut Paduae ubi et studium générale ex consueludine, et sic eadem privilégia suntibi, quae sunl Bononias, ubi est studium et consuetudine, et privilegio Lothari Imperatoris, ut dîçunt quidam. V. sur la confu-

seurs, cette assimilation de leur ville à la Rome ancienne leur permet de faire sortir des textes de nouveaux privilèges. En fait, elle ne correspond à rien de réel. Il faut y voir une pure invention. L'origine carolingienne de l'Université bolonaise est une légende de même nature; elle se complique en se confondant tantôt avec la légende théodosienne, tantôt avec celle de la découverte des Pandectes lors de la prise d'Amalfl. Dans ces deux dernières traditions, un Lothaire influe sur les destinées de l'illustre ville lombarde ; mais celui que Bartole donne comme fondateur de son école est le petit-fils de Gbarlemagne, le vainqueur d'Amalfl est Lothaire II de Supplinbourg. Il y a cependant quelque chose de vrai dans l'histoire de Lothaire I ; il n'a ni fondé, ni restauré Bologne, mais par son Capitulare Olonnense de 825, il a créé des écoles dans certaines villes de Lombard ie (1).

On ne peut attribuer à aucun souverain, la fondation d'une école de Droit â Bologne, encore moins lui fixer une date précise. Elle s'est formée peu à peu suivant la marche d^ l'enseignement à ces époques. Au commencement du xie siècle, elle possède une école des libérales artes ; â la fin du ni3me siècle, Pepo y enseigne le droit romain.

La vieille Université peut se flatter d,e remonter plus haut qu'Irnerius, mais avant lui, elle est loin d'égaler Rome ou Ravenne et lorsque Irnerius voudra étudier les lois, il quittera sa ville natale pour demander à la

sion des deux Lothaire. Chiappelli. La studio Bolognese, p. 13 el suiv .

1. Mjnum. çjh'tmn. hist. Cipituhria, I, p. II. n. 163. Capitulare Olonnense ecclesia^t. prim., (3. V. GiesebrechL De litter. stucl. apud Halos, p. 10. Fitting. Z. Gesch. cl. Rechtsw im M., p. 29.

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vieille capitale son éducation juridique (1). La vraie tradition sur le développement de Bologne est rapportée par le Chrouicon Urspergensis (2). La comtesse Mathilde, qui défendit avec tant de zèle la papauté, voyant l'appui qu'était pour les empereurs la brillante école de Ravenne, voulut lui créer une rivale pour soutenir les droits du Pape avec les textes romains. Irnerius était alors maître ès-arts à Bologne, sa ville natale, il enseignait probablement la dialectique et, quoique tout jeuue, s'était fait remarquer. La comtesse Mathilde le choisit pour aller étudier les lois; avec sa protection, il était sûr de trouver a son retour dans sa ville un grand nombre d'auditeurs. Le talent d'Irnerius, les nouvelles méthodes, le caractère original de son enseignement, explique la gloire de la jeune école et la chute do ses rivales.

§ ~. La vie et l'œuvre d'Irnerius. — Irnerius est né dans les environs de 1055. Il était de Bologne; de très bonne heure, il y enseignait « in artibus ». Choisi par la comtesse Mathilde pour professer le droit, il dut passer quelques annéas à Rome. Il y écrivit ses « Questto-

1. Préface de Fitting dins le< Questiones de juris suhlilitalibus d'Irnerius, p. 44,

2. Abb. Urspergensis Chronicon,]}. 278, éd. B^sil, 1569. « Eisdem quocjue temporibus dominus Wernerius libros legum, qui dudum neglecti fuerant, nec quisquam in eis studuerat ad petitionenl Mâthiliise eoirfftis'ése renovavit ».

:). Sur les originel do Bologne. Voir Savigny, t. IV, p. i et suiv. Ghïàppelii. Lo studio Bolognese parle prima. Tout le ch. I. Fitting An/.1, etc. Zweiter u. Uritler Absch. complété par la préface des Quest. de juris, § 17.

i. Sur li vie d'Irnerius, la date approximative de sa naissance et de sa mort. V. Fitting. Questiones des Irnerius. Einleit. § 13> p. 37 et § 17, p. 50.

nés de juris subtilitatibus » en 1081 ou 1082. Il terminait alors son éducation juridique ; et selon les mœurs de l'époque, il faisait encore élève ses premiers essais d'enseignement. Ce travail de jeunesse peut être considéré comme son chef-d'œuvre. La netteté d'exposition de controverses souvent subtiles, la pureté de sa langue qu'aucun écrit de la Renaissance ne dépassera, la connaissance déjà complète des sources, le choix des textes et l'enchaînement des propositions dégagées montre qu'au point de vue purement juridique, la science est plus proche de sa perfection que de ses débuts. Dans ce travail, Trnerius fait indirectement une profession de foi politique ; il refuse de considérer les Empereurs comme successeurs du vieil empire romain (1). Rome garderait son ancienne suprématie sur le monde entier et pourrait légiférer pour les autres cités. Les « transalpini reges » n'ont aucun droit pour modifier ou créer la loi. Il considère le droit lombard comme arbitraire et sans aucune valeur.

Peu de temps après ce travail, Irnerius de retour à Bologne, commence cet enseignement qui devait révolutionner la science juridique. Cependant, il paraît dans les premières années avoir travaillé dans l'isolement. Il préparait sans doute son travail sur les Novelles de Justinien, qui dans sa pensée primitive, devait

1. Id. p. 26, n. f. « Rentes quklem transalpini potestatem sumpsere, iurisautem legum que seientiam notam habere non poterant. » Ouest, tit. de vet. jur. enucd., p. 59. « Is enim demum legislator iuris ve conditor vere dicitur qui sic et prudentia floret et potestate viget, ut eius et auctorilati standum et imperio sit parendum. ■» ld. p. 56. Esmein. L'Œuvre dlrnerius, p. 7, n. 1, croit que ce passage s'adresse non aux Empereurs d'Allemagne, mais aux rois barbares ou Carolingiens et à leur législation.

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former un ouvrage indépendant, mais qui, mis en marge des manuscrits de son époque, devait être incorporé dans le texte même du Gode de Justinien (1). On a peu de trace sur l'époque à laquelle il faut placer ses différentes œuvres ; tout porte à croire que la date de son enseignement est postérieure à 1090, antérieure à 1130.

Irnerius fut un praticien ; il est indiqué comme « causidicus » en 1113, dans une assemblée judiciaire tenue devant la comtesse Mathilde. A la mort de sa protectrice, il rentre au service de l'Empereur Henri V (2). Pour s'en faire un protecteur, il renie tous les principes qu'il a soutenus dans sa jeunesse, reconnaît à ceux qu'il traitait de barbares l'Empire du monde, et soutient qu'ils ont tout pouvoir môme sur la propriété de chacun. En

1. Sur la nature et la forme première des Authentica?, v. Fitting. Summa Codicis des Irnerius, p.XLII. Pescatore. Die Glossen des Irnerius, p. 60.

2. Savigny, t. IV, p. 12 et suiv. Fitting, qu. d. Im., p. 43. Les œuvres d'Iraerius, ainsi que le tait remarquer Fitting, donnent une plus haute idée de sa valeur scientifique que de sa valeur morale. Il n'hésite jamais lorsque son ambition est en jeu à sacrifier ses opinions de la veille.

3. « Si autem aliquis sciens rem alienam esse et ex nulla jusla causa a fisco vel a principe accipiat, nulla ratione se tueri potest quo minus rem restituât... et ideo errant qui dicunt principem res aliénas au terre posse et alii sine causa dare : ex quo fbrense et céleste jus contrarium clamât ». Dans le manuscrit de Bologne, qui représente une deuxième édition de l'ouvrage, Irnerius, sam doute alors au service de l'empereur, corrige ce passage : « Hoc auteai verum est, sive imperator, sive qui accipil sciant rem alienam a^e sive non, marito enim omnia nostra Eacimûs eum ea nobis summa impertiturauctoritas... ac verum dicimus quaïidoque non justo, quanloi[ue etiam nullo procio a^signato, imperatoris auctoritate quod alias iniquum esset al ius et equitalein redigente. » Summa Irnerii, § 3, 1. VII. tït. 27, p. 247.

1118, il suit l'Empereur â Rome, pour déterminer le peuple à nommer un antipape. Il paraît être juge ordinaire de l'Empereur. La chronique d'Ursperg le nomme comme vivant encore sous Lothaire II (1125-1137). On peut donc placer sa mort vers 1 130.

Le vrai nom du fondateur de l'école de Bologne est Warnerius ou Garoerius. D'après les documents, il aurait toute sa vie porté ce nom sous cette forme. D'autre part le sigle vraiment caractéristique de ses gloses est I ou Y, et il est fort douteux que G serve â le désigner (1). Comment expliquer que le même jurisconsulte se soit appelé â la fois « Irnerius » et « Warnerius » ; et comment de la seconde forme, la première a-t-elle pu naître ? Dès le xne siècle cette double dénomination d'un seul individu a causé des erreurs. Rogerius en a fait deux glossateurs et il oppose les opinions d'Yr et de Guar. Cette confusion et d'autres analogues ont fait penser qu'il y avait eu au Moyen-Age, deux jurisconsultes. Après avoir montré la fausseté de cette opinion Savigny s'efforce d'expliquer pbilologiquemsnt la transformation du « Guar » en « Ir » (2). Ces explications ne sont pas satisfaisantes. Fitting dans la préface des

1. Sur les sigles d'Irnerius v. Pescatore. Lie gl. cflrn. p. 35 et suiv. Ghiappelli. Lo Stud.Bolog. p. 78. Fitting. Qu.de J, d'Im., p. 45.

2. Savigny IV, p. 15 et suiv. explique ainsi la transformation de G irnerius en Irnerius : Par la prononciation douce du G, Garnerius devient Iarnerius ou Yarnerius et par chute de 1' « a » Irnerius. Les philologues n'admettent pas que cette transformation soit possible. Savigny donne une deuxième explication : Warnerius se change parfois en Wirnerius ; la chute du « W», consonne étrangère, donne Irnerius. Cette évolution serait possible, mais la

"forme Wirnerius se rencontre à peine une ou deux fois, elle provient sans doute d'une erreur de copiste. Voir sur cette question Fittiug, Quest de j. s , p. 35 et suiv.

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Questiones donne une solution très ingénieuse, qui

paraît assez vraisemblable quoique restant encore dans le domaine de l'hypothèse. Dans son premier travail fait par demandes et par réponses, Irnerius se désigne comme « Interpres ». Le sigle I précède donc toutes ses interprétations de la loi.

L'œuvre d'Irnerius est en grande partie retrouvée depuis peu. Elle comprend : les Questiones de juris subHlitatibus ; les Authenticœ ; la Summa Codtcis(i)', un formularium tdbellionum; un traité sur les actions dont un fragment seul est connu; une Summa Institutionum ; enfin un très grand nombre de gloses dont quelques-unes ont été publiées par Savigny, d'autres par Pescatore.

La gloire d'Irnerius a effacé le nom de ses contemporains. La vie universitaire à son époque nous est peut-être moins connue qu'aux époques pré-bolonaises et l'on ne trouve qu'un nom pour remplir les premières années du xne siècle. Il est certain qu'Irnerius n'a pu suffire à l'enseignement d'une science en plein développement. Il a eu des rivaux et la preuve en est dans le récit d'Odofredus, rapporté également par la glose d'Accurse (2). Dans une discussion juridique,

1. Patetta a contesté tout récemment dans le Bulle tino del Tstitùto dî Diritto romano anno VIII, p. 39 que la Summa Codicis publiée par Fittjng fut d'Irnerius Y. Délie opère recentemente attribuiie ad Irnerio et délia scuola di Roma. Schupfer. Rivisla Italianaper le scienze gouridiche, vol. XVIII, fasc.II-III, attribue les deux œuvres publiées par Fitting à un jurisconsulte du xc çiècle. Esinein. L'œuvre d'Irnerius croit que les Question ne sont pas du même auteur que la Summa Codicis.

2. Voici les éditions des œuvres d'Irnerius par date de publication : Savigny IV. Anh. II. Gloses. — Pescatore. Die Glossen cTÏrnérius Greifswald 1888. — Formularium tabellionum Trn eden dans Gaudenzî Bibliotheca juridica medii. G. Palmieri

Irnerius pressé par son adversaire qui lui opposait un texte de Y Authenticiim fut réduit à déclarer cet ouvrage apocryphe (1). Cette déclaration d'Irnerius lui aété bien souvent reprochée ; elle était purement de circonstance et selon toute vraisemblance n'était même pas sincère. Celui qui infligea au maître cette quasi-défaite était sans doute un jurisconsulte de valeur; il n'a cependant laissé aucune trace et pour les autres professeurs de cette époque, il en est de même. Irnerius, dans plusieurs passages, fait allusion aux opinions de ses prédécesseurs ou de ses contemporains, mais sans les nommer (2). Chiappelli (3) a rassemblé les sigles de jurisconsultes inconnus, qui vraisemblablement ont vécu à cette époque ; pourtant aucun nom ne peut être cité avec certitude.

Irnerius est pour tous les glossateurs, la gloire de l'école. Les titres de « lucerna juris, scientia? nostrse

t. III. — Irnerii Summa Codicis éd. Fitting, Berlin 1894. — Irnerii Questiones. éd. Fitting, Berlin 1894. Le fragm. sur les actions parait être les §§ 1-30 du Compendium Juris publié par Fitting Jur. Schrift, p. 134. La Summa Institutionum récemment découverte par un savant italien doit, croyons-nous, être prochainement publiée.

1. Odofredus in CpçL, Const. Gordi « Or segnori, exista litera colligitur argumentum contra Dom. Irn, quia cum dom. Irn. allegaret semel in judicio, et oppositum fuit sibi de quadem lege auth. «pue ei contra licebat, ipse dixit : Vade, bouc homo! quia liber iste non erat a Justiniano l'actus sed a quodam monacbo et ideo non erat authenticus. » Irnerius avait déjà employé l'authenticum et n'avait aucun doute sur son origine (Fitting. Qucest. p. 49, ri. 9). Son argumentation était de mauvaise foi. V. Savigny III, p. 49 i. Biener p. 2G5. Heimbach Authenticum p. CGCGXXX IX.

2. Questio?ies de juris subtilit. VII, 12. « Et alia similia pacta quidam reprobare conati suht. »

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