L'ENSEIGNEMENT ORAL ET ECRIT CHEZ LES GLOSSATEURS
I. Enseignement oral. — Tous les ouvrages des glossateurs sont faits pour l'enseignement. En eux se trouve la matière que le professeur exposait devant ses élèves. S'ils étaient une simple rédaction des leçons orales du maître, nous connaîtrions â la simple lecture des ouvrages par quels procédés le professeur exposait les théories romaines à ses élèves et par quelles méthodes ont été formés nos premiers jurisconsultes.
Il n'en est rien ; il faut au contraire nettement séparer chez les glossateurs l'enseignement écrit de l'enseignement oral.
Quoiqu'on n'ait aucune notion de l'enseignement d'Irnerius, on peut affirmer que, dans sa Somme au code comme dans ses Questiones, il a fait œuvre d'écrivain. On n'y trouve aucune trace d'improvisation. La phrase y est élégante et précise ; il est évident que dans un cours, il n'aurait pu sacrifier ainsi à la composition. D'ailleurs l'explication des textes aux
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étudiants demandait de plus longs développements ; ses écrits plus que tous autres sont indépendantsde l'enseignement oral.
Les quatre docteurs ont moins composé que professé ; ils ont Lien souvent laissé à d'autres le soin de recueillir leurs opinions et les ingénieux problèmes qu'ils donnaient à trancher à leurs élèves. Chez eux encore on peut distinguer l'écrivain du professeur.
Les travaux dePlacentinnous renseignent fort incomplètement sur ses procédés d'instruction juridique. Sa Summa Codicis n'est pas à mon avis une rédaction plus soignée de ses commentaires oraux sur les divers titres du code. Gomme celle d'Irnerius, elle s'adresse au monde juridique dans son ensemble, à ses élèves comme à l'étudiant sans maître, au juge sans guide. Elle est la promulgation (l)des théories de notre jurisconsulte, qui lui attribue une plus grande portée qu'à un simple instrument d'études. Tous les professeurs expliquaient le corpus ; les grands jurisconsultes seuls en ont écrit des sommes. Elles sont donc indépendantes du cours ; Placentin s'adresse d'ailleurs à des lecteurs au « diligens lector » jamais à des auditeurs.
Sans doute, plus que ses devanciers, il écrit comme il parle ; la phrase lorsqu'elle n'est pas négligée prend une allure oratoire ; les digressions sont nombreuses. Systématiquement il veut rapprocher l'écrit, la voix
1. C'est l'expression même de Placentin sur la publication de ses ouvrages : « ...has Institutionum summa s... quas Placentinus composuit et apudMontem Pessulanumin médium promulgavit » (Préface de la Sum. Inst. éd. Fitting, p. 218). 11 se sert bien souvent du mot « promulgare » en renvoyant aux ouvrages déjà publiés par lui.
« Ad hune titulum et inleriorem pertinentia ex G. summa quam promulgavi, colligere licet » (Summ. Inst., 1. I, tit. 20).
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morte, de la parole vivante « Insertis Tullianis coloribus velud purpureis floribus nobis traduntur et ad sui lectionem nos quasi vivorum vocum sonis invitatos attrahunt et attentioresefflciunt » (Sum. Inst. Proem.). Il est donc à croire que les travaux écrits n'ont pas avec le cours un lien direct, que l'exposé de la législation romaine s'y faisait autrement. On trouve d'ailleurs quelques traces des premières méthodes. Johannes Bassianus, le contemporain et le rival de Placentin, dans lapréfacede sa Somme auxPandectes(l) explique
1. Savigny (t. V, p. 20 et suiv.), attribue cette Summa Pandectarum à Hugolinus. D'Ablaing (Zeitschr. d. Sav. Stif., IX, p. 18), a relevé l'erreur de Savigny ; il restitue à Johannes Bassianus l'œuvre qui lui appartient. 11 est très important pour l'état de l'enseignement à la fin du xne siècle de ne pas reculer de deux générations l'unique source que nous ayons sur la matière.
L'œuvre est intitulée : « Incipit materia ad Pandectarum secundum Job. » Et ce que n'avait pas relevé Savigny, à la fin de la préface se retrouve le sigle de lohannes « ...per infinita secula seculorum, amen. Jo. » Mais à la fin de certains titres se trouve le sigle d'Hugolinus (h) et dans le corps du texte, on cite expressément Johannes parfois même pour combattre son opinion. Savigny en concluait qu'il ne pouvait être l'auteur de l'ouvrage, que son nom avait été mis par erreur dans le titre. 11 était alors vraisemblable d'attribuer la Summa Pandectarum à celui dont le sigle revenait le plus fréquemment, à Hugolinus.
D'Ablaing a relevé au contraire dans les autres œuvres de Bassianus des renvois au travail sur les Pandectes. Quant à l'objection de Savigny, elle n'a plus de valeur si l'œuvre a été modifiée par un jurisconsulte postérieur. Le ms. Paris lat. 4543 me parait rendre incontestable l'opinion de d'Ablaing. On y trouve l'œuvre de Johannes sous sa forme primitive ; les titres des autres jurisconsultes qui seront plus tard incorporés à leur ordre de matière en sont encore indépendants. Du folio S 11, col. 1, au folio ^03. col. 3. se poursuit le premier travail suivi (rime première préface à la Summa autentic. de Johannes Bassianus. Les titres qui suivent n'ont aucun rapport avec l'authenticum ; ils appartiennent pour la
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comment il a l'usage d'interpréter les textes devant ses élèves. C'est le seul document sur la matière qu'on puisse appliquer à la fin du xne siècle. « Modus in legendo quem observare consuevimus, quadripartito progressu quasi quibusdam quatuor métis et terminis distinguitur : primo casum simpliciter et nude ponimus ; secundo contraria assignamus et solutiones adhibemus ; tertio argumenta ad causas de facto annotamus quae loci générales vel generalia vel vulgariter brocarda appellantur. Ac ultimum quaestiones movere et discutere consulimus, vel statim in lectione, vel in vesperis pro sui difficultate reservare differendo ». A l'école, le professeur ne se contente donc plus d'une analyse exégétique des textes ; chaque loi tour à tour fait l'objet d'un quadruple travail de difficulté graduée. La position du casus est l'explication pur et simple du texte par un exemple concret ; ce procédé aussi bien approprié à l'enseignement oral qu'il le serait peu dans une œuvre systématique doit avoir existé de tous temps. Les éditions imprimées de laglose d'Accurse font précéder chaque loi de cette analyse concrète ; mais il est curieux de remarquer que les premiers glossateurs ont absolument négligé de recueillir dans leurs gloses ou clans leurs ouvrages de tels commentaires. Les successeurs d'Accurse ont ajouté à la grande glose les divers casus (1), dont l'intérêt n'est guère que purement pédagogique.
plupart à Hugolinus, l'un d'eux, la régula catoniana est de hiulgarus. Ce sont des petits travaux sur les Pandec tes. Un jurisconsulte ou "peut-être un élève les a mis à la suite de la première Summa Pandectarum pour 1 1 compléter. On mettra plus tard chaque titre à la place qui lui convient. Ainsi sera formé l'ouvrage imprimé dans la collection d'Azo.