L. 1. G. de vet. jur, enuct. I
ŒTVRES DE PLACENTIN"
rante. Pm adoptant l'ordre Justinien, les glossateurs veulent en donner la raison d'être, reconstituer le plan du législateur, en démontrer l'excellence, rétablir des transitions entre chaque titre. On appelle dans l'école « continuatio titulorum », le préambule traditionnel qui établit un lien entre les diverses matières et explique pourquoi le moment est venu d'aborder tel ordre d'idées. A vrai dire ces continuationes titulorum n'ont rien de très profond, ni de très personnel à chaque auteur; Placentin emploie presque toujours les mêmes qu'Irnerius, même lorsque la transition est artificielle et fantaisiste (1). Ce n'en est pas moins une marque du goût de l'époque pour les œuvres d'ensemble.
Dans l'intérieur de chaque titre se trouve le vrai travail de composition. Le jurisconsulte se reconnaît la liberté de choisir les textes qu'il analyse ou commente dans une partie quelconque du Corpus; il puise ses matériaux dans le Digeste aussi bien que dans le Code et les éléments de son œuvre proviennent des titres les plus divers. Il adopte un plan rationnel dont il indique les diverses branches avant même d'aborder l'étude du
1 . Pour établir une transition entre l'étude de la minorité et de l'esclave fugitir', Irnerius avait dit: « Tractatus tutorum et euratorum explicitus est quorum culpa seu neglegentia vel nimia
asperitate servi minorum l'ugiunt iJeo generaliter de ftigiti-
vis et i'urtis et servo corrupto apponilur. » Irn. S. Cod. VI. 151. Ed. Fitting p. 160. Placentin adopte la même continuatio titulorum. « In superiori libro, titulo de administratiuiie lutoruin et curatorum (1. 22, § 2. V. 37) legitur servos minorum iugere, alias propter dissolutam disciplinai!), alias propter saeviciam immodicam tutorum et curatorum : ideo non incompetenter de servis t'ugitivis apponitur. » Plac. S. Cod VI. 1.
On pourrait relever bien des exemples de cette transmission des continuationes titulorum que les diverses Sommes aux Godes s'empruntent les unes aux autres.
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sujet. Sitôt après la continua tio titulorum. la division du titre est régulièrement exposée sous cette forme typique, prise comme exemple dans la Summa Codicis de Placentin à propos de la transaction.
Gontinuatio titulorum : « Explicavimus de pactis in génère, nunc audiamusin specie, id est de transactionibus. Vel aliter disseruimus de pactis gratuitis et aequis nunc loquaurir de pactis non gratuitis et ini quis. Omnis enim transactio iniqua est. Et quidem iniqua est rei intuitu, aaquissima est ratione finis et pacti. »
Division du sujet : « Videamus itaque qui sit transactio, un de dicatur, quid sit aequitas transactionis, qui possit transigere, quis non, et de qua re et dequa non, quae sit inspectio mixta, quae sit distinctio transactionum, qui sit effectus earum. » Plac. Summa Cod. II. Tit. 4.
Le choix des principes dans la complexité des textes est certainement un des principaux mérites des summatores; mais il ne faut pas oublier que chacun s'appuie sur les travaux de ses prédécesseurs. Placentin a travaillé sur Irnerius et celui-ci a pu écrire son traité, grâce aux pré-bolonais, qui avant lui explorèrent les textes, pour en dégager les idées générales. Les écrivains de Sommes ont réuni ces principes épars, condensé le travail antérieur, fait la synthèse de la science juridique. On peut attribuer à ce procédé un grand rôledans la rénovation irnérienne. La Summa Codicis exige des vues d'ensemble sur tous les points du droit, elle attire l'attention sur les obscurités, provoque les controverses sur les textes opposés. Sans elle, l'exégèse n'aurait pu aboutir; on doit lui reconnaître l'influence la plus féconde dans la science du Moyen-Age.
Par un autre côté, les œuvres de cette nature répon-
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dent à l'esprit du xne siècle. Elles font du Code de Justinien le centre de l'enseignement. Alors que les prébolonais s'inspirent surtout des Instituts, et qu'à l'inverse, le xme siècle fait des diverses parties du Digeste l'objet d'un cours ordinaire, à l'époque de Placentin, un traité sur le Code est nécessaire mais suffisant â un exposé à peu près complet des théories romaines ainsi qu'aux besoins de la pratique.
La première Summa Codicis connue est celle d'Irnerius. Elle a servi de modèle à toutes les autres. La Somme provençale, celle de Rogerius, celle de Placentin en sont le développement. Plus concise que les autres, elle est également plus claire et plus scientifique. Dès le milieu du xne siècle, elle ne répondait plus aux besoins du moment et il devint nécessaire de la compléter. Telle fut l'œuvre de Rogerius et de Placentin. Johannes Bassianus par un travail plus complet voulut dépasser son rival; il n'y réussit point. Seul Azo, en combinant les travaux de ses prédécesseurs, sut les corriger l'un par l'autre. Il n'ajouta de son propre fonds qu'une continuelle transaction entre les Bulgariens et les Gosianistes. Cette dernière Somme a fait oublier toutes les autres. Dès lexuf siècle, les étudiants ont abandonné les premiers glossateurs ; leurs œuvres restent entre les mains de quelques érudits. D'ailleurs la forme même a fait son temps; la vieille méthode est démodée. La glose a tué la synthèse; la pratique et l'enseignement réclament le plus grand nombre de principes sous la forme la plusbrève. On préfère aussi les traités sans construction précise, tels que la Lectura ad Codicem, pleins de digressions inattendues, d'anecdotes intéressantes, plus libres d'allure, mais souvent moins scientifiques.
§ 2. — Confection de la Summa Codicis de Placentin.
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— Les trois Sommes au Code d'Irnerius, de Rogerius et de Placentin se rattachent Tune à l'autre par leur confection.
Nous avons vu quelle était la nature de ce genre de travail. On le considère chez les glossateurs, moins comme une œuvre d'ensemble sur le Code que comme un recueil de petits traités sur chacun des titres. De là, un caractère d'élasticité qui explique bien des particularités dans la composition de ces ouvrages.
Le jurisconsulte qui entreprend un travail aussi considérable cherche à utiliser ses précédents écrits. Quoique dans sa pensée primitive, ils dussent rester indépendants, ils sont englobés dans l'œuvre d'ensemble lorsqu'ils correspondent à un titre du Code. Même après avoir terminé une Somme, on ne renonce pas à la compléter par des travaux postérieurs, s'il est possible de les y intercaler. On va même plus loin; on compose une Summa Codicis avec les écrits de plusieurs jurisconsultes. On le fait souvent en dehors de toute idée de plagiat, dans un but pratique, pour former un recueil complet. Il est même difficile de savoir lequel du maître, de l'étudiant, du copiste est l'auteur de pareilles combinaisons. Les œuvres de nos trois premiers summatores sont ainsi enchevêtrées dans les manuscrits et pour les dégager, il faut connaître l'histoire de chacune d'elles.
La Summa Codicis d'Irnerius a eu plusieurs éditions, c'est-à-dire qu'elle a été retouchée par l'auteur lui-même. Les différentes lectures offrent des variantes qui laissent deviner une révision et que l'on ne paut attribuer à des copistes. Elle s'arrête au titre 7 du livre IX, c'est-à-dire que le droit criminel privé n'y est pas traité. L'auteur renonçait sans doute à faire prévaloir en cette matière les principes romains. Dans le corps
de l'ouvrage un titre, le de interesse, ne se rencontre que dans certains manuscrits ; c'est une distinctio insérée après coup.
Ce travail a servi de base à celui de Rogerius. Ce jurisconsulte dut l'écrire environ cinquante ans plus tard . Quelle que fui la valeur du premier travail, les études juridiques n'en étaient plus au même point. Il fallait remanier l'œuvre du maître pour qu'elle répondît aux exigences du jour. Rogerius entreprend ce travail de développement ; mais il semble faiblir à la tâche ; son texte se rapproche de plus en plus de celui d'Irnerius. Enfin, après avoir écrit les trois premiers livres et la plus grande partie du quatrième, il s'arrête brusquement au milieu du titre de edilitiis.
La dernière partie de l'œuvre est encore de lui ; cette fois il a travaill? sans modèle en exposant les derniers titres du livre IX. L'autorité du droit romain avait grandi dans le droit pénal comme dans le droit privé. L'omission volontaire d'Irnerius était une dangereuse lacune que son successeur avait à combler. Rogerius écrivit encore les neuf premiers titres du livre cinq, traitant du mariage, et inséra au titre deprœscriptionibus, une summula sur la prescription, antérieurement composée par lui.
Son œuvre nous a été transmise sous trois formes : 1° Sous sa forme primitive dans le manuscrit de Grenoble. Les quatre premiers livres, jusqu'au titre de edilitiis, lui appartiennent seuls avec les derniers titres de l'ouvrage sur le droit criminel. Tout le reste est d'Irnerius, y Compris l'étude sur le mariage et la prescription.
2° Dans le manuscrit de Tubingue publié par Palmieri, sous la forma définitive que lui a donnée Rogerius. Il y a remanié les titres sur le mariage et inséré
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son travail sur la prescription. Il y reste encore une grande partie de l'œuvre d'Irnerius.
3° ^ous la forme du manuscrit de Vich. Elle est alors remaniée par Placentin dans les conditions qui seront indiquées.
Faut-il accuser Rogerius de plagiat, en ce qu'aucune Summa Codicis n'est entièrement â lui ? En complétant son ouvrage par celui d'Irnerius, a-t-il voulu s'approprier en partie le travail du maître et laisser croire que l'œuvre entière, des premiers aux derniers titres, lui appartenait ? Gela me parait douteux. Ce plagiat eût été trop grossier pour être possible. De son temps, la littérature juridique n'était pas assez riche pour que la Somme d'Irnerius eût été déjà oubliée; selon toute vraisemblance, elle était la base de tout enseignement, par cela môme qu'elle était seule et qu'on ne pouvait se passer d'un tel ouvrage ; aucun jurisconsulte ne pouvait en ignorer l'existence. D'après Placentin, personne ne se méprend sur l'étendue du travail de Rogerius ; il est de notoriété publique qu'elle est incomplète, qu'elle s'arrête au titre de edilitiis.il faut encore remarquer que les fragments d'Irnerius insérés dans la seconde Somme paraissent, suivant les manuscrits, provenir d'éditions différentes, ce qui semblerait indiquer plusieurs juxtapositions des deux ouvrages par des jurisconsultes ou des copistes différents.
Placentin se trouvait donc en présence d'un ouvrage disparate, où le texte de Rogerius, développé et mis en rapport avec l'enseignement de l'époque, alternait avec les fragments d'Irnerius, bien plus brefs et ne contenant guère que les principes. Pour rétablir l'harmonie générale, il suffisait de développer cette dernière partie et telle fut le premier projet de Placentin.
Il était à Montpellier, sans doute depuis peu, lorsque