‹ Plaidoyer de M.O. Desmarais dans l'affaire de Napoléon Demers [microforme]Chapitre 14 sur 19 · EN SIGNES · texte numérisé non relu

EN SIGNES

> 4 faire ; et c'était l’homme ordinaire, calme, paisible, de sang froid, ètre la compagne M

Encore une fois, messieurs, est ce possible? est-ce qu’un homme qui a Sommis un crime aussi épouvantable peut conserver cette tranquillité ? estée que vous pensez que cela pourrait arriver, quand c’est un premier crime À T1 est indiscutable, n’est ce pas, que c'était son premier crime ? [1 devait bien se douter que d’un moment à l’autre on trouverait le cadavre de sa femme ; Que quelqu'un entrerait chez lui; que ne voyant pas sa femme venir lors- Qu'on sonnerait, on viendrait enfoncer la porte ; que l’enfant qui était là #e réveillerait, crierait et pourrait même mourir, dans son berceau ; et tout tela ne l’inquiéterait pas ; il serait calme, souriant !

A midi, il se rend, avec ses compagnon* de travail, chez le maître de pension où il avait l’habitude de manger ; il cause avec eux, il converse, Quelle force épouvantable il faudrait lui imaginer! Etre maître de luimême tellement que tout le monde s’y trompe, tellement qu'il peut rester là pendant des heures sans que rien ne trahisse l’anxiété, l'inquiétude qui Moivent l’étreindre !

Il me faut pas s’abuser, messieurs, le crime le plus léger, la faute la plus Minime, trouble celui qui l’a commise ; il ne peut pas s'empêcher de le laisser

paraître.

Est-il possible qu'il ait tué cette femme et que tout l'avant-midi se soit coulé sans que l’on ne s’aperçoive de son trouble? Est-il possible de croire que cet homme ait pu passer tout l’avant-midi avec ses camarades alors qu’il Que ses patrons aient

! Que ses camarades aient conversé avec lui à son diner, “a la maison de pension et qu’on ne se serait aperçu de rien? C’est imposfaible, c’est inadmissible! Je dis, messieurs, qu'il n’y à pas d’homme raison-

Ænable qui puisse croire cela. Il y a là la preuve que cet homme ne pouvait “étre le criminel dont on parle. Ce serait rejeter tout ce qu’il y à d’humain ;

fce serait nier tout ce qui est bon et vrai dans la nature. Ce serait un

“monstre comme on n’en aurait jamais vu. Vous n'avez pas le droit d’ad {mettre, sans preuve, l'existence d’un tel monstre! Il faut qu’on vous prouve {qu’il existe et je ne crois pas qu’on vous l'ait prouvé !

Messieurs, ce n’est pas tout, cet homme que l’on accuse avoir laissé cette

femme dans cette petite chambre ; et, qui peut sourire alors qu’il y à là-bas une victime, que l’on peut, d'un moment à l’autre découvrir, lorsque, dans 4 l'après midi, son frère arrive, et 1ui dit : “ Ta femme est malade,” quelle est 4 son explication ? “ Mais tu es fou, ma femme était fatiguée, mais elle n’était 4 pas malade.” Alors cet homme demande des explications.

Use à Son frère ne lui dit pas que sa femme est morte encore à ce moment là ; et l'accusé ne savait 2 pas si sa ferame avant de mourir n'aurait pas pu nommer l'assassin, il ne

Msavait pas comment elle avait été découverte ! Il s’habille vivement et, il dit en gagnant la voiture : “ Ma femme était faible, mais non malade.” Il

monte en voiture et, il demande à son frère : *“ Mais qu'est-ce qu’il y a ?” Son frère lui dit : “ Je ne sais pas, on peut la trouver morte quand on arrivera.” Cet homme reste anéanti, cet homme, comme je vous l'ai dit hier reste frappé. Il comprend, en voyant cette foule qui s’est ramassée devant

\ chez lui,que ce n’est pas seulement parce que sa femme est malade, Lorsque son 4 frère lui dit : “ Quand on arrivera, on peut la trouver morte,” il reste anéanti, il ne sait pas trop ce qu’il fait. En arrivant à la maison, comme je vous Pai dit hier, il va pour entrer dans la chambre et le chef de police lui dit : 4‘ Vous ne pouvez pas entrer, vous ne pouvez pas entrer, c’est un grand mal- # heur.” On lui dit, dans ce moment, qu’elle s’est suicidée ; il reste anéanti.

Le docteur Archambault était là ; il avait entendu; il s’est porté à son secours. Quand on lui a dit : ‘“‘n’entrez pas ” le choc a été considérable ; il ! a compris, on lui a dit que sa femme était morte : “n’entrez pas !” On lui défendait d'entrer ; la première chose qu’on lui a dite, c’est : “ n’entrez pas ! ” |

Alors, s’il eut été le criminel froid que l’on aurait pu rencontrer dans l’avant-midi avec le sang-froid et la présence d'esprit que l’on veut lui sup- À poser, cet homme aurait dit : “ Mais moi, je veux voir ma femme !” Il aurait | voulu voir ce qui s'était passé ; il aurait insisté pour entrer, afin de voir s’il f y avait danger. Ce pauvre homme, anéanti, dit: ‘on me défend d’entrer,” f les hommes de police m'en empêchent, je ne me révolte pas contre l’autorité. À Mais cet homme est frappé, cet homme est anéanti ! Est-ce que ceci n’est | pas naturel ? Est-ce là un indice qu’il est criminel : un indice qu’il est cou- | pable ou qu’il n’est pas coupable ?

Mais ce n’est pas tout. Cet homme:-là qui a pu se contenir qui a pu domi- | ner tout ce qu’il y a dans la nature : qui aurait pu avoir l’horrible courage de # sourire sous le coup de ce crime ; de plaisanter avec ses camarades alors qu'il | venait de commettre an forfait sans nom ; au moment suprême quand il est | examiné devant le représentant de la justice, à ce moment il ne pourrait se } contenir ? À ce moment suprême, il pleure parce qu’il le veut peut-être ; il commande à la nature, et les larmes viennent justement quand il en a besoin. N'est-ce pas que c’est un homme inouï ? Il garde son sangfroid tout l’avant- | midi, presque une journée ; et, au moment suprême, il sait s’arracher des sanglots et des pleurs, et ces sanglots et cet anéantissement paraissent tellement naturels que tout le monde présent, même les médecins s’y trompent ; on -eroit qu'il à un chagrin très profond ; on croit qu’il est à plaindre et on s’occupe de lui. Quel comédien incomparable !

Et, messieurs, cet homme si habile, qui doit être la prudence même, qui doit avoir besoin de tout son sangfroid ; cet homme habile, quand on lui offre du cognac, il en prend !... Il devait savoir qu’en prenant de la boisson, il serait exposé à dire quelque chose qu’il ne devrait pas dire ; s’il était coupable de ce crime, il devait savoir le vieil adage : “ Zn vino veritas, dans le vin la vérité ; ” quand on a pris de la boisson; on peut parler !... Il doit exister un danger... Pas du tout, on apporte du cognac et il en prend ; il en prend une quantité assez considérable. Il ne voulait pas en prendre d’abord, et, quand le médecin a insisté, il en prend. Il est là, anéanti, sa femme est morte ; le cadavre repose dans la chambre, on lui fait prendre du cognac ; -6 on lui en fait prendre assez pour qu’on le croit assoupi et il ne se trahit pas ! L'avocat de la couronne interprètera cet assoupissement contre lui : tout cela sera cummenté, tout cela sera interprété contre lui.

Messieurs, je vais revenir à un autre fait : à l’heure du crime. Estil possible que ce crime ait été commis à six heures, à cinq heures ? Oui, vous 4lira l’avocat de la Couronne, cela serait possible, et même cela est : Et pourquoi ? L'on viendra dire que l’accusé ne s’est pas couché ; l’on vous dira qu'il y a une preuve que le lit n’a pas été défait durant la nuit. Cela n’est pas vrai; c’est matériellement impossible ; Demers vient vous le dire. Ïl st en preuve ici qu’il s’est couché. Cela est impossible, il n’a pas pu rester assis sur une chaise jusqu’au matin. Alors on vous dira : c’est la femme qui ne s’est pas couchée ! L'on essaiera de supposer qu’elle ne s’est pas couchée ; on supposera que le mari ou la femme s’est couché seul. Est-il possible qu’une femme, même seule ; qu’une seule personne se couche dans un lit et qu'il n’y ait qu’une petite marque sur le bord du lit ? qu’il y ait trois “reillers qui soient parfaitement posées à leur place habituelle, les unes sur

est porté à son considérable ; il

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nt de la boisdire ; s’il était o verilas, dans er !... Il doit en prend ; il en endre d’abord, sa femme est du cognac ; il ne se trahit contre lui :

crime. Estil es ? Oui, vous cela est : Et l’on vous dira hit. Cela n’est is le dire. Ïl d'a pas pu resest la femme s’est pas cou-

Est-il possihe dans un | y ait trois les unes sur

les autre; ; qne cette femme n’ait pas remué de la nuit : qu’elle ne se soit pas retournée, Cela n’est pas conforme à ce qui arrive. Même une persenne qui se coucherait seule dans un lit ne pourrait faire autrement que de dé placer les oreillers ; et vous avez remarqué que les témoins ont dit que les oreillers n'étaient pas déplacés, comme si une seule personne s'était couchée dans le lit. On a trouvé que les traces d’un seul corps dans le lit, sur le bord du lit. Si Demers était couché, il se serait levé au moment où su femme était prête à se mettre au lit, et il l'aurait alors assommée, puis serait ensuite allé chercher un couteau ! à moins qu’il n'eut pris le couteau avant de se mettre au lit !.... Absurdités ?.... absurdités !

Il'est en preuve que Demers était chez lui le soir pour se coucher, on a défait le lit : et ce lit a été refait. La preuve établit qu’il s’est couché : les faits prouvent qu’ils se sont couchés.

Quand ce lit a-t-il été refait ; puisqu'ils se sont couchés ; quand le lit a-til été refait ?.... Après le départ du mari ! parce qu’on a le droit de sup poser ce qui a dû vraisemblablement se passer. Voilà une femme fatiguée qui à passé une partie de la nuit à faire de l'ouvrage pour son enfant. Vers le matin elle se couche, son mari s’est couché avant elle ; le père, il faut qu'il aille travailler le lendemain. Nous pouvons supposer ce qui s’est passé, nous avons droit d'expliquer les circonstances, certains faits. La Couronne n'a pas le droit de faire des suppositions : elle, il faut qu’elle prouve. Il ne faut pas qu'elle s'appuie sur des suppositions, mais il faut qu’elle prouveque les faits sont arrivés tel qu’elle les suppose.

Naturellement, l’on ne sait pas exactement, comment les choses se sont passées ; mais le mari vous dit qu’il a mis du bois dans le! poêle, qu'il a mis des ripes dans le poêle ; mais après cela il a décidé de manger de la viande froide ; il à dit à sa femme de ne pas faire cuire la viande qu'il avait été cherché lui-même ; de la garder pour la faire cuire pour la femme qui devait venir, et, pour elle-même. Ce poële dans lequel il a mis des ripes, c’est un petit poêle de quelques pouces de longueur ; il vous l’a dit, c’est un poële numéro sept. C’est très petit, on peut faire un très petit feu dans ce poêle-là : il n’a pas pris la peine d’ôter les cendres, puisque le poêle aurait contenu plus de bois ; on l’allumait et au bout de cinq minutes Île feu était disparu.

Eh bien, messieurs, cette femme-la après avoir fait son petit ménage : après s'être couchée quelques instants après le départ de son mari ; après avoir fini son ouvrage, a dû faire son déjeuner, peut-être une tasse de thé : elle a allumé le feu pour faire chauffer l’eau du canard qui était sur le poêle. Demers nous dit qu’il ne peut affirmer que sa femme n’a pas mis sa robe bleue par-dessus sa jaquette. Lorsqu'elle s’est levée il est bien possible qu’elle ait mis sa robe bleue ! En se levant elle a jeté cette robe bleue par dessus sa jaquette ; elle n’avait pas de chemise, elle à jeté sa robe par dessus sa jaquette. Elle à mis cette robe bleue et elle a fait son ménage.

Maintenant cette femme a passé une partie de l’avant-midi à coudre et à avoir soin de son enfant, vers midi, elle va se préparer à recevoir sa laveuse, alors n'ayant plus de feu, n'ayant plusde ripes, n’ayantque du bois, elle descend au hangar chercher des ripes qu’elle met dans son tablier, et elle prépare de nouveau son feu. Elle n’est pas pressée pour l’ällumer ; alors elle attend et dit : “ Je vais prendre un peu de repos.” Son couvrépieds est simpleurent relevé sur le pied du lit, en ârrière à l’éndroit ou elle le pläçait généra-

lement ; elle énlève sa robe bleue. Après avoir placé le couvre-pieds, comme elle avait l’hâbitude de le placer, et le mari, lui-même vous dit

que c’est comme cela qu’elle le plaçait ; elle se repose comme on se couche

dans le jour. Elle sait qu’elle ne se couche pas pour longtemps ; qu'elle à 4

encore de l'ouvrage à faire ; mais elle veut se reposer un instant elle est fatiguée de la nuit, Alors, messieurs, elle ôte sa robe bleue pour se coucher; ayant sa jaquette en dessous, il faudra qu’elle l’ôte pour faire définitivement sa toilette ; puis come il fait chaud, elie prend sa robe et elle la jette sur le lit, sur la couchette de sa pevite fille ; elle la jette au pied.

Moi, je ne sais pas comment l'acte à été commis, mais je crois que cette femme ne s’est pas couchée sur le lit, la tête à la tête du lit ; elle n'aura pas voulu défaire son lit ; elle s’est jetée au pied. C’est là que cette femme a été assassinée ! c’est là que le meurtre a été commis. Cette femme se repose l’avant-midi et, sachant que ce n’est pas pour longtemps, elle n’a pas voulu déranger tout son lit; elle s’est couchée la tête au pied et puis un peu en travers.

C’est dans cette position là qu'elle a été assassinée. Le lit a été défait la nuit et a été refait après le départ de son mari !

Je ne prends dans le moment, messieurs, rien que la preuve de la couronne : je n’invoque pas encore la preuve de la défense. Je veux vous démontrer avec la preuve de la couronne, même seule, qu’il n’y a pas de présomptions, qu'il n'y à pas de faits prouvant que le lit n’a pas été refait. Cette femme s’est couchée la tête au pied du lit et, elle ne s’est pas couchée comme cela pour la nuit !... Klle ne se serait pas couchée de cette façon pour la nuit! Ce n’est pas pour la nuit qu’elle se couchait de cette façon ; c’est pendant le jour, pour un instant.

Je reviendrai, messieurs, plus tard, sur la manière probable dont le crime a pu être commis. Mais pour le moment, je crois avoirdémontré l’impossibilité, au point de vue matériel, de la position prise parla couronne sur ce point. Je veux démontrer dans ce moment l’incohérence qui peut exister entre les faits et ce que l'on prétend.

Maintenant, messieurs, comme on vous l’a dit, on prétend qu'il est possible que le crime ait pu être commis dans l'intervalle qui s’est écoulée, le matin, durant que les Deguise étaient à la messe, IL ne faut pas grand temps, c’est vrai; mais, d’un autre côté, il fallait plus de temps au mari qu’à un autre, parce qu’il ne pouvait pas se sauver comme cela, lui. On ne peut supposer qu’un crime comme celui-là puisse se commettre en une seconde. Si c’est l'accusé qui a assassiné sa femme, il y avait du sang sur ses mains et sur l'arme ; il y en avait un peu, toujours ; il faut se laver quelqne part. Et puis, s’il va se laver, en prenant le savon, il y met du sang ; il met du sang aux portes d’armoire, en les ouvrant, pour prendre une serviette, Il faut faire disparaître tout ce sang, à tous ces endroits là, et aussi aux poignées de portes. Il faut faire disparaître le sang qui couvre ses mains. Cela prend plus de temps qu’on ne le pense. Il a été établi que la fille Deguise était là à six heures et trois quarts et dans cet intervalle Demers est sorti deux fois; à tout événement, il est sorti une fois Mettons cinq minutes de marche pour aller chez le boucher; cinq minutes pour revenir, cinq minutes chez le boucher, voilà un quart d’heure à ôter sur ces trois quarts d'heure ; il ne reste plus qu’une demie heure ; et, pendant cette demie heure, il lui fallait faire toutes ces choses! J’attire votre attention sur ces fuits ; dans quelques instants je procèderai à établir qu’un autre aurait pu commettre le crime. Je vous démontrerai qu’un autre a pu le commettre ; et qu’un autre a pu le commettre, même en beaucoup moins de temps qu’il ne lui fallait à lui-même pour les raisons que je viens d’expliquer.

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Maintenant voilà les faits et circonstances.

Rien autre chose de prouvé, messieurs !

Y at-il autre chose d’établi ?

Et vous ne direz pas que le crime a été commis sous ces circonstances par l'accusé ; c’est impossible ! On ne peut pas parler du mobile. Il n’en existe pas ! Je dis qu'évidemment on doit admettre que le crime aurait été commis avec sangfroid, avec un sangfroid horrible, pour un premier crime; car, après tout on ne devient pas subitement meurtrier ; non, c’est impossible, On peut vous dire que oui; mais je crois pouvoir vous dire que ce n'est pas généralen ent le cas. Je comprends qu'il arrive qu'un homme se pervertisse ; je comprends cela, à un moment donné il commence à sortir avec ses camarades! il commence par perdre du temps ; il perd une journée dans la semaine: il s'amuse, gagne moins et dépense plus ; la famille commence à souffrir. Plus tard il continue, il ne perd pas qu’une journée, mais il perd une semaine entière ; il boit de plus en plus ; il commence à ne pas gagner assez pour soutenir sa famille ; la famille souffre !... À la mœson, il trouve des scènes et des pleurs, il discontinue de travailler : il commettra même un vol : c’est le résultat. Il ne s'occupe plus de rien, le sens moral est émoussé. Alors sa femme lui fait des reproches ; il arrive à vivre dans un état de querelles continuelles ; et, rendu à ce degré, cet homme peut commettre un crime! peut commettre un assassinat! Maïs chez Demers y at-il quelque chose comme cela? A-t-on prouvé quelque chose indiquant une semblable perversion ?

Messieurs, je pourrais examiner tout d' 1ite cette partie de la preuve relative au caractère de cet homme. C’est uu jeune homme, peut-être trente ans, trente et quelques années, le fils d’un vieux citoyen respectable. Cet homme avait une conduite irréprochable, personne ne vient vous dire le contraire ; personne ne nous le démontre. Voici cet homme. Il faut le prendre au commencement de sa carrière, même enfant. On le prend lorsqu'il est enfant, car le caractère se développe vite chez l'enfant, et peut nous servir d'indice dans un cas comme celui ci. Vous prenez cet enfant-là, vous le voyez à St-Charles ; qu'est-ce qu’on en dit?... Vous avez entendu le vieux maître d'école : “Je me rappelle bien avoir puni d’autres enfants qui sont venus avant luiet celui-là je ne me rappelle pas qu'il ait subi aucune punition.” Voilà un garçon qui reste vingt-cinq ans dans cette paroisse de St, Charles ; on amène ses compagnons de travail ; on amène ceux qui l’ont connu dans son enfance, des gens qui ont été ses compagnons d'école. Et ses compagnons jurent que c'était un garçon plaisant, bon et honnête, un homme contre lequel il n’y avait rien à dire.

Arrivé à Montréal, voyons sa conduite, messieurs, chez lui. Lavallé qui a pensionné chez lui dit qu'il n’a jamais eu connaissance de querelles, jamais. Mais on dit: il y a une chose, il a cassé une égohine, D'abord, on ne sait pas dans quelles circonstances. Tout ce que l’on sait c'est que pendant qu'on travaillait dans la cour de Demers, on avait travaillé avec son égohine. On ne sait pas si elle avait été cassée ; tout ce que l’on sait c’est qu’il l’a achevée ; et on vient de parler de cela trois ans plus tard !

Demers n’était pas un ivrogne, il ne commettait pas d'excès de boisson, messieurs ; on a amené quelques personnes pour prouver qu’il prenait de la boisson ; et, qu’est ce qu’on a trouvé ? Qu’une fois Demers, durant ses fêtes est arrivé chez lui un peu énervé. Vovant son oncle Vigeant qui, était en

fête, lui aussi, sans doute, et qui lui disait quelque chose, il essaie à le frap- Le père Vigeant le prend et le couche sur un sofa et puis le tient là

per.

quelques instants. Il ne frappe pas le père Vigeant ; au bout de quelque temps, il reste tranquille, et ne dit rien à aucune autre personne !

Muintenant, pour une autre fois, un certain soir, on amène une personne du nom de madame Lague, qui dit que sa femme lui a dit qu'il était trop tard pour sortir ; muis pas de chicanes avec l'accusé, entre l'accusé et sa femme, il n'y à pas un témoin qui est capable de venir rapporter, durant un intervalle de six ans, depuis son mariage, une querelle entre le mari et la femme. Tout ce qui est en preuve, c’est qu'il n’y avait rien. [l est en preuve qu'il ne lui a jamais dit un mot violent ; jamais il n’a eu d'emportements ; jamais su femme n’a pleuré, jamais il ne lui a dit un mot de trop; jamais il ne l’a frappé. [Il y a pu y avoir quelques légères disputes ou contrariétés, ceci est dans tous les ménages ; mais ça n’est pas même prouvé

Messieurs, il arrive que le mari à quelques mots avec sa femme, des mots plus ou moins violents, plus ou moins rudes : quelque temps après, au bout d’une heure, tout cela’ a disparu , cela ne l’empêche pas de la traiter comme sa femme, comme la mère de ses enfants. Parce qu'il y aurait eu quelques mots brusques, ou un mouvement violent, on ne pourrait pas partir de là pour dire qu’un homme est capable de commettre un meurtre !

Ilyaautre chose. Un des témoins a dit qu'il avait donné quelques tapes sur les fesses d’un enfant, N'est-ce pas que c’est quelque chose de monstrueux ? Un homme qui peut battre légèrement son enfant, peut tuer sa femme, c’est évident !... Bien, messieurs, les caractères ne sont pas tous les mêmes. L'enfant, il ne pouvait pas le faire tenir tranquille, il lui a donné quelques tapes. Etait-ce fort ? il n’y a rien pour prouver que cet homme ait fait autre chose que surprendre son enfant, en lui don nant quelques petites tapes sur les fesses, afin de saisir l’enfant qui pleurait depuis une heure ; et ensuite il le remet à la mère... Ici encore un homme raisonnable, d’après les faits qui sont constatés, ne peut certainement pas supposer que cet homme va devenir un assassin, un meurtrier !

A-t-on prouvé autre chose dans sa vie ? Je vous le demande, y a-til quelque chose dans la vie de cet homme, autre chose qui ait été prouvée devant vous, pouvant vous faire croire qu’il puisse devenir un assassin, un meurtrier ? Il n’y a rien autre chose !

D'ailleurs, la meilleure preuve qu’il existait de l'harmonie dans la famille c’est que madame Duclos qui est restée de”x ans sa voisine, vient vous dire

qu'il n’y a jamais eu un mot entre Der , sa femme ; elle vient vous dire : “ pour moi, c'était un ménage mo” e sont ses propres paroles que vous avez entendues. ‘ C’est un rm ange, c’est un ménage modèle.” “ C'est un bon ménage ! ? disent { s témoins : on n'entend pas autre chose.

Ce n’est rien qu'après que l’homme à été accusé d’un crime, qu’il a été accusé d’un meurtre, y4’il a été accusé d’avoir commis ce crime, qu'on est venu à bout de trouver quelque chose. On a cherché, on a fouillé, la police a fait toutes les recherches ; l’on a lancé toute la police pour obtenir des renseignements, des indices, pour bâtir des témoins parfaitement bien disposés ; l'on a fait des recherches avec la police, l’on a cherché partout pour trouver ce que l’on a mis devant vous !

Eh bien, messieurs, a-t-on été capable de trouver quelque chose ? de prouver des actes de violence chez cet homme ? Jamais. A-t-on prouvé asser pour le faire déclarer coupable ? Ce n’est pas possible ; cela n’a pas de bon sens ! Maintenant, prenons la preuve qui a été mise devant vous. On a prouvé par “#5 compagnons, ce qu’il était. Nous en étions rendus à éta-

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blir ce qu'il était ici à Montréal. Rendu à Montréal, nous avons vu ce qu'il était par ses compagnons de travail. Comme Bombray qui l’a employé plus de deux ans, Ledoux, Latimer, où il travaillait, Latimer où il a travaillé tout près de trois ans depuis qu’il est rendu à Montréal ; et, c’est un bon ouvrier. D'après ce que vous dit son patron, Latimer : ‘ He is above the average,” il est au-dessus de la moyenne des ouvriers. C’est un bon homme, c’est un bon ouvrier. Bombray vous dit que c’est un homme de première classe ; que pendant ce temps-là il le voyait deux ou trois fois par jour ; il le con naissait et il parlait avec lui. Quelle espèce d'homme que c’est cet homimelà ? Il vous dit que c'était un homme de première classe, Vous avez ses compagnons de travail qui viennent vous dire : “ C’est le meilleur garçon du monde.” Le contre-maître vous dit qu'il n’était pas violent. Etuit il violent avec ses compagnons de travail ? non, avec personne !

Vous n'avez pas de preuve qu'il fut violent avec sa femme ? Eh bien ! messieurs, voilà un homme qui vivait bien avec sa femme, qui n'avait pas de trouble, qui n'avait jamais eu de querelles. On ne peut même pas prouver qu'il y à eu dispute avec sa femme. Il n'y avait rien pour l'induire à devenir criminel. On ne viendra pas établir comme principe qu'un homme va sortir de toutes les règles ordinaires et commettre un crime à propos de rien du tout. Cet excellent ouvrier, cet excellent citoyen, cet homme paisible viendrait tout-à-coup tuer sa femme ?......

Il y a dans la preuve de son caractère, cette preuve qu'il était un citoyen paisible, un homme qui vivait content, qui était heureux de vivre avec su femme. Il n’y à rien au contraire ; il n’y a rien du tout, rien du tout.

Eh bien ! messieurs, maintenant j'en arrive à cette autre question : “ Est il possible de croire qu’un tel homme va commettre un crime sans mobile, sans intérêt ? ”

Un homme ne devient pas meurtrier, ne devient pas criminel, ne commet pas un crime, sans intérêt, sans mobile quelconque. Il faut un mobile, un intérêt. Eh bien ! en avons-nous trouvé un ici ? Avons-nous trouvé un mobile ? [1 n’y en a pas ; il n’y en à pas eu d'indiquer devant vous ; il n’y en a pas eu de démontrer devant vous. On va essayer de vous faire croire que ce malheureux était un homme qui voulait se défaire de sa femme ; même on vous dira qu’il avait intérêt à s’en débarrasser.

Ah ! messieurs, l’on veut venir mettre en thèse, avancer un principe comme celui-là ; l’on va menacer la société comme cela ? Comment ! on veut vous dire que tous les hommes ont intérêt à se débarrasser de ler femme ! C’est quelque chose d’inadmissible, d'inoui ! On ne peut amener ou supposer comme maxime que le mari a intérêt à se debarrasser de sa femme. Le mari qui veut se débarrasser de sa femme est un homme qui sort des règles ordinaires : un mari qui est criminel. Et si l’on dit que l'intérêt et le mobile étaient de se débarrasser de sa femme ! Alors, c’est l'intérêt général. C’est admettre que tous les maris sont disposés à se débarrasser de leur femmes. Quand il n’y a pas de raison pour établir ce qui sort de la règle, il me semble que l’on ne peut amener cela comme présomption générale. L'on ne peut adinettre cela comme présomption. Alors où est-il cet intérêt ?

L'on ne peut admettre cela comme présomption ; ; il faut le prouver ; il faut établir l'exception, si non le mari n’avait pas intérêt à se débarrasser de sa femme. En effet, messieurs, quelle est sa conduite à l’égard de sa femme ? Il vient vous dire qu'il n’a rien trouvé à redire. Il a été prouvé qu’il n'avait jamais rien dit à sa femme, excepté une ou deux fois, à la Saint-Jean Baptiste, il y a deux ans. Il a été prouvé qu’à l’occasion de la Saint-Jean-Bap-

tiste, il avait pris de la boissou, et encore en cette occasion il n’a rien dit à sa femme ; seulement il à été prouvé qu’il avait un peu trop fêter la Saint- Jean Baptiste.

Et une autre fois 1l s’est chicané avec son frère ; ils ont commencé à parler de politique ; alors il a dit que son frère était fou, et son frère lui a répondu que c'était lui qui était fou. Là ils se sont chicanés, mais son frère est parti, et la chicane a été finie.

Et a propos de cett* fête à la Saint-Jean-Baptiste, ce n’était pas grand chose ; car le contre-maître de la fabrique chez Latimer est venu vous dire que le lendemain, dans l’avant-midi il était venu travailler ; alors il n’a pas continué à fêter. Le lendemain midi il s’en est allé chez lui ; mais le contremaître nous dit qu’il a travaillé dans l’avant-midi.

La mère Sauvé, la mère de Mile Sauvé, nous ‘it que c'était un ménage modele ; qu’il appelait sa femme “sa mère.” N est-ce pas que c’est une désignation tendre : ‘sa mère ;” c’est la désignation qui sort du cœur d’un homme qui respecte sa femme.

Maintenant qu'est-ce que vous avez à part cela, messieurs ? Vous avez la preuve que Demers n’était violent avec personne ; que c’était un gentil garçon avec tout le monde. Vous me permettrez d’attirer votre attention sur un incident qui vous prouvera la sollicitude d’un cœur de père, chez cet homme accusé maintenant d’un épouvantable forfait. C’est lorsque son frère vient des Etats-Unis, Chs. Léon ; il est venu ici un mois après la perte de son premier enfant; ce frères'est mis à parler de cet enfant. D'abord, avant cela, Demers arrive de son nuvrage et en entrant il prend son enfant qui lui tenduit les bras, il l’embrasse, dépose l'enfant, prend sa femme par le cou et dépose sur ses lèvres le baiser de l'époux. Est-ce là la rudesse d’un homme qui se prépare à commettre un crime ou bien la conduite ordinaire de deux personnes qui s'aiment ? Lorsque son frère lui parle de cet enfant qu'il avait enterré un mois auparavant, il pleure ; il pleure l’enfant qu’il a perdu. Et au milieu de sa peine il songe à sa femme, il dit à son frère : ‘ne parle pas de cet enfant, devant ma femme, cette pauvre enfant-là, quand on lui en parle, elle pleure !. .” Un homme qui peut avoir cette délicatesse à l’égard de sa femme, q1.i demande à son frère de ne pas parler de cet enfant, qui a cette sollicitude pour éviter de la douleurà cette femme, à la mère de cette enfant ; cet homme est un meurtrier, cet homme est coupable de ce meurtre épouvantable ?... Il ne faudrait pas connaître la nature humaine pour l’admettre. Tout cela n’est pas humain, tout cela n’est pas plausible, c’est absurde, c’est impossible.

Maintenant, voici un autre indice. Je voudrais être court, messieurs, mais vous comprenez qu’une cause comme celle-ci, ou on a pris quatre semaines pour les témoignages, ou une enquête si longue s’est développée, on a eu bien des détails ; nous sommes forcés d’entrer dans bien des détails. Seulement, je crois qu’une grande partie de ce temps a été due au fait qu’il nous fallait faire la traduction. Le procès a duré longtemps, mais veuillez croire que ce n’est pas par plaisir que j’entrais dans ces détails, c’est parce que je considérais que c'était mon devoir de le faire.

Voici un autre indice qui vient établir le ménage modèle, qui vient établir la famille modèle, quant au point de vue de la morale que les meilleurs témoins viennent établir. Voici une autre chose qui est un indice, messieurs, c’est que l’on n’a pu rien trouver dans la vie de cet homme ; qu’on n’a pu trouver l'indice de mauvais traitements à l'égard de sa femme ; avec tout ce que l’on a cherché l’on n’a pu trouver rien d’important, Il me semble

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pour établir qu’il n'était pas bon citoyen : que l’on aurait pu trouver des shoses importantes sur lesquelles on aurait pu se baser. Où ne viendra pas dire que l'accusé a pu se procurer des témoins ; qu'il a pu payer des témoins pour venir déclarer qu’il était bon citoyen. S'il ne l’eut prix été on aurait facilement eu des témoins pour venir dire qu’il était un de ces mauvais eitoyens qui peuvent devenir plus tard des criminels ; mais 11 n’y a pas un seul fait prouvé permettant de tirer semblable conclusion.

À part cela, il y a une chose étonnante dans l’ardeur que l’onx mise à chercher tous les indices, à prendre tous les renseignements sur le compte de cet homme ; dans le temps que l’on a dépensé pour ‘tâcher de trouver quelque chose. Il n’y a Pas eu d'argent que l’on n’a pas dépensé, iln'ya pas eu de sacrifices que l’on n’a pas fait, pour chercher partout ; on n'a reculé devant rien ; on a remué ciel et terre ; les hommes les plus habiles se sont mis à l’euvre ; on à cherché de côté et d'autre ; et, l’on est allé jusqu’à vider les lupanars pour se procurer des témoignages, pour tâcher d'obtenir des renseignements. L'on a tout fait pour prouver que cet homme était coupable. Il avait été arrêté... il fallait le trouver coupable ! Et, messieurs, la seule attaque contre son caractère, la seuie accusation que l’on à portée contre lui, l’a été par une prostituée !..

Quand on l’a arrêté on a trouvé sur lui trois piastres ei quelques centins en argent ; il a employé cette somme pour avoir un peu de lait, chaque jour, depuis qu’il est enfermé. C'était toute sa richesse : trois piastres ! C’est toute la fortune qu’il possédait alors, à part son mobilier. Pour sa position, il gagnait suflisamment pour faire vivre sa femme et ses enfants, mais pas au-delà. Ce n’est pas avec cette fortune qu’il à pu acheter des témoins, n'est-ce pas ? Il n’a pu influencer de bons citoyens, des gens âgés, des citoyens respectables pour venir ici lui donner ua bon caractère. [1 lui aurait fallu acheter un grand nombre de témoins. Les gens qui sont venus jurer et atlirmer son caractère sont des gens qu’il lui était impossible d'acheter ; et il n’en avait pas les moyens ! Et, si ces gens étaient venus jurer sur son caractère ce qui n'était pas vrai, la couronne aurait pu obtenir des témoins pour établir le mauvais caractère de l’accusé ; mais avec tous ses efforts, la couronne n’a rien prouvé contre son caractère,

Eh ! bien, messieurs, il était prisonnier, il ne pouvait pas voir ses témoins ; c’est moi qui ai du faire ce travail. Cette cause à été préparée par moi, et moi seul. C’est moi, sur les indices donnés par sa famille qui suis allé voir et qui ai pu trouver ces témoins pour établir ce que nous avions à prouver.

Je ne parlerais pas de cette question sila couronne n'eut pas fait tant d'efforts, n'eut pas cherché partout pour établir quelque chose contre son caractère. On n’a trouvé rien, rien, rie1., qui put être un indice que cet homme n’était pas un homme respectable, un homme paisible, un homme contre lequel on n'avait rien à dire.

Je vous disais tout à l’heure, qu’il était probable que la victime avait pris du thé quelque temps apres le départ de son mari. Un fait qui est établi et qui me porte à le croire : c’est qu’il y a un fort indice que du feu avait été fait et que le feu avait été préparé à nouveau pour être allumé ; en effet dans

l'après-midi, la femme Nantel avant besoin d’eau chaude, est allée regarder dans le canard et a trouvé cette eau assez chaude pour la mettre dans le lait de l'enfant. Elle est allée mettre la main dans l’eau du canard ; ce canard était couvert et l’eau qu’il contenait était à une température plus élevée que l’air ambiant. Ce n’était pas de l’eau chaude, parce qu’elle s'était refroidie

mais tout de même l’eau dans le canard était plus chaude que l’air ambiant que la température extérieure, assez ch“ude pour que Mme Nantel ait éprouvé une sensation de chaud en mettant la main dans le canard. 11 fallait que la température de l’eau fut plus élevée que celle du sang, qu’elle fut au-delà de la température de l’air extérieur. Et comme Mme Nantel le dit, cette eau était assez chaude pour être mise dans le lait. Cette eau avait été réchauffte depuis peu. Voilà un indice. Probablement que le feu avait été allumé dans l’avant-midi. Après le départ du mari, madame iemers a allumé son feu ; mais c'était une journée de chaleur ; elle l’a laissé étendre de suite et elle l’a préparé de nouveau. Il ne fallait pas laisser son poêle allumé tout le temps ; c'était une journée de chaleur ; on luissait les fenêtres ouvertes. Lorsqu'elle est allée chercher des ripes, il était environ midi et vingt minutes et c’est plus tard que cette femme a été trouvée morte.

Messieurs, je vous ai donné tous les faits que l’on avait de connus au moment de l'arrestation de l’accusé. Il n’y avait rien contre lui, à ce moment ; mais on à continué les recherches et on a fini par trouver autre chose. On a trouvé une autre chose plutôt deux autres choses ; mais ce n’est que plus tard, après son arrestation, le jour de son arrestation plutôt : On s’est procuré toutes ses clefs pour aller ouvrir son coffre chez monsieur Latimer, et visiter les outils qu’il contenait. On remarque une clef qu’on a trouvé sur lui lors de son arrestation ou plutôt en entrant à la prison. On ne lui laisse que son chapelec et, une statuette de sainte Anne. On lui enlève tout le reste, comme cela se fait ordinairement, d’ailleurs...Alors, parmi ses clefs on en trouve une qui fonctionne sur la serrure de son logement.

Vons avez entendu l'avocat de la Couronne insister sur ce point, disant que l’accusé n'avait pas donné d'explications. Est-on allé le trouver pour avoir des explications de sa part sur cette clef ? Et, s’il eut donné des explications ; il y aurait peut-être eu des contradictions, on aurait cherché à établir le contraire.

Je vous avouerai que quand cette question de clef est venue à l’enquête préliminaire, malgré toute la confiance que j'avais en l'innocence de l'accusé. J'ai été surpris. Je vous avoue que je suis resté quelques instants abasourdi; j'ai compris de suite que c'était un indice pouvant être nuisible à l'accusé, que c'était un indice qui pouvait avoir sa gravité. Mais à ce moment je me suis tourné vers le prisonnier, et sans hésitation, il m'a dit re que c’était ; il m'a donné l'explication. Au moment où l’on a produit cette clef, je me suis dit : cela peut avoir de graves conséquences, s'il est vrai que cet homme +e soit procuré cette clef, s’il est vrai qu’il soit allé acheter une autre clef, sans en parler aux autorités, afin d'aller chez lui sans qu'on le sache. En effet ç'aurait été un fait très grave. Mais encore que ç'aurait été la clef de sa maison, la clef qui barrait la porte le matin du crime, l’on n’oserait jamais l’imaginer : il aurait gardé cette clef après avoir traversé deux fleuves pour se rendre à Saint Charles et ponr en revenir ?... Il me semble qu’il aurait pu faire disparaître cette clef et que l’on ne l'aurait jamais retrouvée. Pourquoi aurait-il gardé cette clef alors ? C'était inadmissible. Il était évident q: il n'avait pas dû garder sa clef.

Voici cependant unindice ; voici une clef qui ouvrait sa porte : Vous voyez ce que c’est que la preuve de circonstance. Après avoir prétendu qu’il ne l'avait pas ; après avoir prétendu qu'il avait été obligé d'aller en acheter une, trouver cette clef sur lui, c'était dangereux, cela pouvait être un indice très grave contre lui. Cela m'a frappé. Muis je trouvais bien que cela n'avait pas de bon sens qu’il l’eût gardé.

Mais, messieurs, on vous aurait dit que c'était par uu heureux hasard que l’idée ne lui fut pas venu” de jeter cette clef. On vous aurait dit qu’il en æst souvent ainsi ; que Dieu permet, dans sa sagesse, que les grands criminels, à un moment donné, commettent des négligences pareilles. Dieu dans sa bonté, avait voulu qu'il eut négligé de faire disparaître cette clef ! Muis, messieurs, tout de suite, quand j'ai demandé au prisonnier : qu'est-ce que c’est que cette clef, il m’a répondu sans hésitation : ‘“ allez demander à madame Carrière.” Je suis allé trouver madame Carrière et cette dame Carrière est venue devant vous. J’ai commencé par lui demander ‘“ Reconnuisnaissez-vous cette clef 7” Ele l’a reconnue de suite. Je lui ai demandé si elle avait apporté sa serrure ; elle à dit que oui. Je lui demandé de me dire si cette clef faisait dans sa serrure ; avant de l'essayer, elle a dit que oui. Alors je lui ai dit : ‘“essayez-donc cette clef,” je l’interrogeais sans crainte parce que j'avais l'affirmation du prisonnier ; parce que je le connais maintenant et j'ai confiance en lui ; il ne m'a jamais menti depuis les trois mois que je vis avec lui ; il ne m'a jamais donné un renseignement qui ne fut pas vrai. J’ai confiance en lui ; il re m’a jamais trompé. C’est un grand indice, n'est ce pas que cette clef ? S'il eut fallu, quand madame Carrière a apporté sa serrure que la clef n’eut pas fait fonctionner cette serrure c’aurait été un indice terrible. Si cette serrure de madame Carrière eût été remplasée par une autre et qu’il n'eut pas été capable d'établir que c'était cette cleflà quel danger n'est-ce pas ?”

Voilà encore une preuve de circonstance contre lui ; mais cependant vous voyez là ce que c’est qu’une preuve de circonstance et combien il faut s’en méfier. Nous avons amené ici des marchands de serrures qui nous ont dit qu'il y a des numéros de clef qui font sur trente à quarante serrures ; que l'on veut trouver des milliers de clefs faisant sur la serrure de l'accusé ; et l'on à apporté des clefs ici qui faisaient sur presque toutes les serrures qui sont produites. Ceci veus montre encore combien les indices sont dangereux.

Si Demers n'avait pas été capable d'établir ou il avait pris cette clef,

c'aurait été un indice sur lequel le savant avocat de la Couronne aurait insisté ; et avec lequel il aurait demandé sa condamnation. Et voilà justement la raison pour laquelle le grand Charlemagne, d’Argentré et d’Ayuesseau et tant d’autres législateurs disent : ‘Ne condamnez jamais à mort sur des indices !” Si je n’eus pas fait cette preuve ; cet indice aurait pu tourner contre l’accusé.

Lélér ne | Maintenant on dit AL il ÿ a autre chose 3 et, l’on insiste sur cela, mesns qu’on le sieurs. On a parlé d un petit bois qui à été mis dans la serrure. On voulait Mauräit été prouver que ce petit bois avait été mis dans la serrure pour empêcher de fonctionner la clef. Quand on a ôté le petit bois de la serrure, on a vu que le ressort se déplacait tout seul, au moindre toucher et quand le bois était ôté, cette porte se fermait et on ne pouvait ni l'ouvrir, ni la fermer. Une fois qu’on était sorti, on ne pouvait ni l'ouvrir ni la fermer ; alors ce petit bois avait pour effet de retenir le ressort, et sans cela on n'aurait pas pu se servir de la serrure.

Mais on a trouvé encore autre chose : un fait, uu acte de préméditation |! Messieurs, il faut une imagination malade pour inventer, pour trouver dans cet acte-là un acte de préméditation. Cet acte de préméditation est celui ci : Quinze jours avant le crime le frère de Demers est venu de St-Charles, il avait été le demandé pour venir acheter deux vieilles voitures. Pendant que ce frère était à la maison, la petite fille de l'accusé parlait d'aller se promener chez son grand’père. Son oncle insiste pour l'emmener, et on demande à

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Voilà l’acte de préméditation, le seul acte de préméditation !...Messieurs, n’est ce pas terrible? n'est-ce pas monstrueux ? Comment, voilà un frère qui vient de St. Charles ; qui arrive chez son frère et qui dit à sa petite fille de cinq ans : ‘“ Veux-tu venir te promener?” La petite fille veut y aller ; la mère hésite. Elle attend le retour de son père ; son père, qui ne s’y attendait pas hésite un peu, et enfin il consent à la laisser partir, avec l’entente qu’on irait la chercher dans quinze jours.

Voilà l’enfant qui va se promener chez ses vieux parents, son grand’père, sa grand’mère, qui demeurent dans le village de St. Charles. Les parents savent que l'absence de la petite fille créera un vide ; cela est connu; mais on doit aller la chercher quelques jours plus tard; ils parlent euxmêmes d’aller la retrouver. Et l’on veut trouver là un acte de préméditation. Et l’on cherche à prouver par tous les témoins, par tous les raisonnements, qu’il y avait là préméditation ? cela n’est pas vrai! Cela n’est pas l'indice d’un acte de préméditation !...

Vous ne respectez aucun des actes si naturels, si chers, si sacrés, chez les gens de cœur! Vous trouvez là un acte de préméditation ; mais, mon Dieu ! il n’y a donc rien de sacré pour vous? Il faut donc faire disparaître tout ce qu’il y a de plus cher, de plus sacré au cœur de l’homme. On ne pourrait donc trouver dans l’homme aucun bon sentiment? Vous ne trouvez chez l’homme aucun bon sentiment ; vous ne respectez rien; tout disparaît ; toutes les tendresses, toutes les délicatesses qu’un père peut avoir pour son enfant ; tout ce qu’il peut faire pour son bonheur ; tout cela disparait !... C’est l’acte d’un criminel préparant son forfait ? Al'ons donc !..

Et vous voulez demander à douze citoyens honorablesde venir soutenir une telle prétention et de venir déclarer qu’il y a là préméditation? Vous voulez que douze hommes justes viennent supposer que tout ce qu’il y a de bon, de noble, de bien chez l’homme doive disparaître ; vous voulez trouver dans l'acte de ce père qui envoie son enfant se promener chez ses grand’parents. un acte de préméditation ! Vous voulez trouver un acte de préméditation dans cet acte de piété filiale !...dans cet acte d’élan sacré de ce père qui envoie sa petite fille se promener chez ses vieux parents! Cet acte de tendresse pour son enfant, vous voulez le faire tourner contre lui !

Mais, messieurs, quel autre indice avons-nous encore ?...Ah! du sang !... Le jour de l'arrestation un détective et le chef de police se rendent à la maison de pension du prisonnier ; on prend une valise sous le lit ; on y examine le linge ; on remarque une paire de pantalons sur lesquels les détectives croient distinguer quelque chose ; ils voient des taches ; ils trouvent deux taches de sang. Le docteur Johnston en a trouvé trois, lui; on trouvera moyen de les accorder. Il à juré devant vous qu’il y avait trois taches de sang, et peut être quatre. Vous avez vu, cependant, le détective et le chef de police qui étaient partis pour aller faire des recherches, n’en trouver que deux.

Je vous signale ceci pour vous montrer quelle certitude on peut avoir avec les témoignages ; et, comme on peut se tromper même en faisant attention ; cela vous fait voir qu'on ne peut pas être positif quant à la vérité des témoignages. C’est un homme de police, un détective dont la vie et les fonetions sont de trouver des criminels, qui s'en vient dans cette chambre pour faire des recherches ; il va là exprès pour chercher. Voici une paire de pantalons qu’il examine attentivement ; il y a là des indices de taches

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terribles ; il n’en avait vu que deux alors qu'il y en avait trois. Ceci peut n'avoir que peu d'importance au point de vue des faits de la cause ; mais cela prouve néanmoins le degré de certitude que l'on peut attribuer à certains témoignages.

Eh bien ! messieurs, voilà encore un indice : du sang! trois petites gouttes de sang! en bas du genou du pantalon. C’est un indice que cet homme a comnis le meurtre! Voilà un indice! Quand bien même cela ne serait pas assez pour le trouver coupable, ces taches constitueraient une preuve, ce serait un indice qu’il à commis le crime ; et, il faut le dire, cela aurait été un indice d’une certaine importance pouvant vous porter à croire à sa cuipabilité.

Bien, messieurs, prenons les faits même de la cause. Supposons qu’il &" rait eu ces pantalons-la le jour du crime : ce qui n’est pas prouvé ; mais sup posons-le. Quand et comment ces gouttes de sang auraient elles pu tomber dans le bas du genou? (Le savant avocat de la couronne est très habile ; lorsqu'il a questionné le docteur Gir wood, il l’a prouvé! L'homme qui avait éte vu le treize juin, qui avait été vu à deux heures et ensuite à trois heures par le chef Massey, avait été frappé àsix heures et der’ie du soir par monsieur Leclaire ; et d’après lui c'était à la suite de ces coups donnés à six heures quil était sanglant à trois heures. .) L’a cat de la couronne a établi par le docteur Girdwood, que lors du meurtre le sang n'avait pu jaillir ; qu’une goutte même de sang n'avait pu jaillir. C’est bien aussi mon opinion, et c’est pour cela qu’il est si difficile qu’il y ait trois gouttes de sang en dessous du genou du pantalon. Supposons que c’aurait été l'accusé qui aurait commis le crime ; faisons cette supposition pendant un moment. Il n'y à pas de sang qui soit tombé par terre, car on en aurait retrouvé des traces. Le coroner a regardé partout ; il n’y avait pas de traces ailleurs qu’autour du cou. [l n’x donc pas pu prendre ce sang en mettant un genou en terre. En supposant même qu’il y aurait eu quelques gouttes de sang sur ses mains, qu’il s’en serait échappé sur le plancher, sur quel genou se serait-il baissé par exemple? Sur le genou droit, n'est-ce pas ? Et alors ce n'aurait pas été des gouttes de sang, ç’aurait été pris sur du sang répandu sur le tapis, le long du cadavre, et iln y avait pas de taches. On a fait des recherches et il n'y en avait pis. Et le sang qui aurait pu s'échapper de ses mains, au moment ou il aurait commis l’acte n’aurait pas pu venir se piècer sous le genou ; s’il avait le genou en terre le sang n'aurait pu dégouter là ; et l’on n’en a trouvé nulle part du sang! Et, en supposant que le sang aurait jailli lorsqu'il avait un genou par terre, le sang n aurait pas jailli en dessous du genou! et g'aurait été au dessus du genou qu’on aurait trouvé ces trois gouttes de sang. Comment aurait-il pu recevoir ce sang sur ses pantalons puisqu'il n’y en avait nulle part ailleurs que près du cou? Et s’il eut mis son genou dans la seule mare qui existât, on aurait trouvé autre chose que trois petites taches de sang sur le pantalon.

Il y a donc, en réfléchissant aux circonstances mêmes, il y a donc suflisamment pour établir que cela n’a pas pu arriver dans ce moment-là. Rien que le bon sens vous démontre que l’on ne peut pas expliquer que ce sang ait pu être pris dans cette occasion.

Mais à la fin d'Avril, la preuve l’établit d’une manière évidente, l’accusé se trouvait à son ouvrage : il se fit prendre le pouce dans une porte d’express ; il s’est fait mal ; cela saignait beaucoup. Les gouttes de sang tombaient abondantes sur le plancher.Un témoin vous a dit qu'évidemment elles ne tombaient pas au plafond, elles tombaient en bas, et en tombant en bas, il y avais quel-

que chose dessous ; il ne peut pas se faire autrement qu’il en sbit tombé quelques gouttes sur ses pantalons. (C’est très évident: la blessure a été faite à La main gauche, et, en recevant le coup, il s’est saisi la main. C’est la main droite qui a saisi l’autre ; c’est la main qui n’était pas blessée qui a amené l’autre entre ses deux genoux ; et ces gouttes de sang devaient tomber du côté où la main blessée a été entraînée : en bas du genoux. C’estun mouvement naturel qui est même prouvé avoir été fait. Alors il part, il va chez le docteur Lalonde, et, vous avez entendu le docteur Lalonde. Il vous a dit que les gouttes de sang tombaient sur le prélurt au moment ou il est entré. Il n’y a rien d’extraordinaire à ce que des gouttes de sang aient dégouttées sur ses pantalons ce jour là.

Napoléon Demers n'avait pas ces pantalons-là, le jour du crime. Son frère vous l’a dit. Pas un des témoins n’est venu vous dire qu'il avait ces pantalons-là le jour du meurtre ; il avait des pantalons gris fer !

Comme je viens de vous le dire, messieurs, dans les circonstances mêmes du meurtre, vous trouvez que cela n’a pas de bon sens que le sang soit allé se placer ainsi en dessous de son genou !

Madame Nantel qui est toujours prête a donné des renseignements vous dit qu’elle a fait un lavage de ces pantalons et, qu’elle a fait ce lavage à la fin de mai. Bien, messieurs, les taches de sang ne sont pas des taches qu’on peut faire disparaître facilement. J’en appelle à votre expérience ; j’ai droit d’en appeler à votre expérience. Trois taches de sang sèchées depuis quatre semaines, sur un pantalon, iavées, sans employer un acide ou une composition très forte ne disparaîtront pas. Il y a quelques parties qui pourront disparaître mais il en restera encore. Avec du savon et de l’eau Mme Nan tel ne pouvait pas faire disparaître ces taches ; vous ne pouvez pas faire disparaître du sang sur des tissus en laine imprégnés dans toute leur épaisseur. Le docteur Johnston vous dit qu’à l'extérieur, à la surface, cela peut disparaître, mais qu’à l’intérieur cela parait davantage. Et si onavait employéune composit'on, un acide violent, à l’endioit où l’on aurait mis cet acide, l’étoffe aurait été changée. Et encore une fois, cela ne peut pas disparaître rien

u’avec du savon !

Eh bien ! messieurs les jurés, si vous croyez que cet indice peut être suftisant pour vous permettre de dire que cet homme est coupable ; ditesle ; moi je ne le crois pas !

Je crois vous avoir démontrer qu'il n’y avait pasd’awtres indices. La Couronne n’a pas prouvé l'accusation. Ce n’est pas à nous à prouver que nousne sonimes pas coupables ; c'est à la Couronne à prouver que nous le sommes ! La Couronne nous accuse ; Nous répondons : ‘ nous ne sommes pas coupable !” Ce n’est pas à nous à faire la preuve ; et, la preuve de la Couronne ne prouve rien!

Cependant vous avez vu tous les efforts qui ont été faits, messieurs depuis le moment où le coroner à commencé son enquête, jusqu’à hier, les efforts n’ont pas été nézgligés. Dans le cours de ce procès on à eu recours à des personnes qui seraient peut-être mieux enfermées dans un asile, ou ailleurs. On a reculé devant rien. Pour trouvé des témoins on a vidé les lupanars ; on a cherché partout. Et, après tous ces efforts, on est arrivé à vous fournir comme résultat, quelle preuve ? — Cette preuve que je viens d'étudier devant vous, avec vous. A:t on trouvé une preuve, pouvant satisfaire douze honnêtes hommes, que l'accusé est coupable? Vous arriverez difficilement à cette conclusion.

Maintenant, j'attire votre attention sur la manière dont l'enquête du

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«oroner à été faite. Je respecte la loi et je me soumets à la loi. Mais les magistrats aecusateurs ne sont pas la loi. Quand ils agissent comme juges ils doivent se montrer représentant de la loi; ils doivent rendre justice. D'un autre côté, j'attire votre attention sur ce que l’on prétend être la loi et sur la manière de j'interprèter. Vous avez des droits qui ne peuvent être ignorés ; la loi ne peut pas les ignorer. Vous avez vu, d’après ce qui a été établi devant vous, que lors de l'enquête, au commencement de l’enquête, le coroner est allé chez une centaine de personnes qu’il a assermentées privément, à leur domicile. Eh bien ! messieurs, est-ce la loi cela ? je ne crois pas que ce soit la loi. Je ne crois pas que le coroner ait le droitd’entrerdans toutes les familles, de venir faire prêter serment ; de leur poser des questions sans aucune espèce de contrôle. Non, messieurs, cela ne peut pas être la loi. Je suis convaincu que ce n’est pas la loi. Et il n'a certainement pas le droit, après avoir examiné ces témoins, de faire un choix et d’aller dans les domiciles assermenter les gens. Ce n’est pas là cette liberté britannique dont on parle si souvent !...Comment un homme, quelqu’intelligent, quelque respectable qu’il puisse être, aurait le droit d'entrer dans les maisons, dans l’intérieur des familles, les questionner, et décider lui-même si se sont des choses utiles ou inutiles, suivant les besoins de la cause qu'il veut. connaître, [Il fera un choix des témoins qui lui seront nécessaires, sans que la personne contre laquelle il a des soupçons puisse être protégée ! IT pourrait aller poser des questions plus ou moins légales, suggestives si l’on veut ; toute espèce de questions, et, sur dix ou quinze témoins qu’il aura interrogés, il pourra faire un choix et il pourra amener les personnes seulement qui pourront faire condamner un homme et peut-être même le faire monter sur l’échafaud ? Cela messieurs, je dis que ce n’est pas la loi ; et, si c'était la loi, elle devrait être amendée ! si c’est la loi elle ne devrait pas exister ! mais Je ne crois pas que ce soit la loi.

Je ne veux pas attribuer de mauvais motifs au coroner ; mais, je crois qu'il à agi ici autrement qu’il aurait dû. Je ne veux pas dire qu’il avait un motif. 11 interprète la loi de cet façon peut-être, mais je crois qu’il a tort. Je cro s, comme je l'ai dit tout à l'heure, que s’il interprète la loi de cette façon, c’est une .njustiee et un danger pour tous.

C’est l’un des principes les plus reconnus du droit anglais que le domicile des citovens doit être inviolable, respecté ; et, jamais dans aucun endroit habité, dans aucun pays civilisé, l’on ne viendra violer ainsi le domicile privé. On ne permettra jamais au’un homme vienne faire ainsi un choix des témoins qu’il lui faut pour établir telle et telle chose qu’il voudra prouver.

Maintenant avant de terminer l'examen de la preuve de la Couronne, je veux attirer votre attention sur un certain point. Il fallait avoir la preuve d’un motif ; on ne trouvait pas de mobile. On a cherché, on à fait des efforts et, là encore, il s’est présenté des choses extraordinaires, des choses bien numiliantes. Croiriez-vous, messieurs, que pour avoir la satisfaction de pendre l’accusé, de conduire un homme à l’échafaud on ne respecte rien, ni réputation, ni innocence ; rien !

Vous avez entendu la preuve. Y a-til quelque chose dans la preuve! dans la preuve, telle que faite, des faits prouvés par la couronne qui ait pu laissé croire que Demers avait un complice? D'abord, je ne pouvais pas comprendr. quelle intention l'on avait en posant certaines questions ; je ne pouvais saisir quel était le but des questions qui ont été posées. Je voyais qu'il y avait quelque chose... que la couronne faisait une preuve inexplicable sur certains points ; que la preuve ne se rattachait pas à l'exécution du

meurtre, mais, ne sachant pas, ne pouvant savoir ce qui s'était passé, je me demandais où l’on voulait en venir. La couronne, bien au courant de ses propres faits et sachant, par conséquent, qu’elle ne pouvait faire cette preuve de complicité, a cependant essayé de faire croire à l'existence d’un complice imaginaire, d’un complice quelconque qui aurait endossé la robe que portait la defunte, En effet, la preuve mise devant vous tendait à prouver quoi ? Que mademoiselle Sauvé avait porté entre midi et une heure, cette robe de madame Demers ! Des personnes prenaient des mesures ; des témoins de la couronne laissaient croire que ce fait était certain. Et cependant la couronne avait en main la preuve contraire, puisque le grand eonnétable l'avait ; puisqu'il était allé faire des recherches dans un sac qui était à St-Charles, puisqu'il avait rapporté des morceaux d’étoffe de la robe qui avaient été mis dans les retailles, puisque Mme Darche avait aussi fait venir des Etats-Unis des morceaux d'étoffe semblables à cette robe et nous disait que la petite robe de l’enfant avait été faite avec la balance de l’étoffe qui avait servi pour faire la robe de Mme Demers. La couronne avait en mains cette preuve! Cependant, malgré cela elle faisait essayer, elle forçait même, malgré mes protestations, la jeune fille, mademoiselle Sauvé, à essayer cette robe, en la salle d'audience laissant ainsi soupçonner qu’elle avait pu la mettre ! Et cela pendant que l’on avait dans la preuve même, par le père Deguise, que la fille Sauvé était arrivée vers une heure moins dix, ou une heure moins cinq; qu’Ile était montée puis deseendue immédiatement, disant qu’elle avait vu un homme couché. On est allé même chercher mademoiselle Sauvé et, pendant une journée, elle a été sous la garde du shérif : on l’a surveillée !

Messieurs, que dire de cette conduite tenue à l'égard de cette jeune fille ? Je ne suis pas ici pour la défendre ; mais j'attire votre attention sur ces faits étranges pour vous faire comprendre combien quelquefois le zèle peut faire exagérer les choses.

Voici une jeune fille âgée de vingt ans ; elle a été élevée honorablement, elle a toujours vécu dans l’honnêteté, on n’a jamais rien entendu dire sur son compte ; cependant cette jeune fille parait salie, toute salie par ses soup çons. Elle à vingt ans, avec un avenir souriant. Au matin de la vie, ceci peut gâter tout son avenir. Et cependant on n'hésite pas devant cette tentative odieuse !

Puisque j'en suis à vous parler de la position dans laquelle on a voulu mettre cette jeune fille. Je dirai quelque chose de madame Roy. Il n’y avait chez elle que de l'imagination ; peut-être l’effeu de ce qu’elle avait lu dans es journaux. Elle s’est simplemen imaginée avoir vu cette Mme Demers, car les circonstances qu’elle nous donne établissent évidemment qu’elle ne l’a jamais vue, Elle n’a jamais pu rencontrer l’accusé et sa femme. Mais néanmoins cette preuve a été mise devant vous ! Et il nous fallait détruire cette preuve que cette simple d'esprit avait donnée. Cette preuve pouvait avoir une certaine influence sur le jury.

Messieurs, je vous ferai remarquer comme on a reculé devant rien. On a amené cette fille pour avoir un témoignage contre le prisonnier. La preuve qu'on a mise devant vous par madame Roy est une preuve sur laquelle j’ai cependant attiré l’attention de la Cour comme étant illégale.

Ce témoin qui était parti, qu’on n’a pas retrouvé, ce témoin que j'aurais voulu voir devant vous, qua j'aurais voulu voir dans la boîte pour le questionner quelque temps, afin de vous convaincre que cette femme n’était pas dans un état d'esprit ordinaire, Eh bien ! on a lu sa déposition ; cette dépo: sition a été mise devant vous Maintenant, dans cette déposition elle dit quoi ?

; Passé, je me Jurant de ses Cette preuve un complice è que portait er quoi ? Que e de madame

la couronne

Elle dit deux choses. Cette femme vous dit qu'elle à aidé la défunte madame Demers lors de la naissance de son premier enfant. Elle aurait été là quelques jours ensuite et, pendant cette période, Demers aurait battu sa femme. 11 y a de celacinq ans. Je lui ai posé plusieurs questions à cette femme ; je lui ai posé la question : “Savez vous combien cela fait de temps ?” Elle a dit que cela faisait cinq ans ; et elle restait dans le temps près de la rue Carrière et de la rue Mont-Royal, dans ces environs-la.

Cette femme est venue ici l'esprit surexcitée par les racontars des jour-

nne avait en uisqu’il était isqu'il avait les retailles, orceaux d’éenfant avait be de Mme int, malgré ns, la jeune dience laisnt que l’on vé était arétait monme couché.

urnée, elle

eune fille ?

lOn sur ces e zèle peut

naux, par le sentiment créé dans le publie pur la lecture des journaux.

Je ne croyais pas qu'on offrirait son témoignage ; cependant la couronne qui, par la lecture de la déposition, devait savoir ce qu'était cette femme, a insisté pour mettre devant vous cette déposition priie à l'enquête préliminaire,

Dans cette déposition cette fille rapportait certains faits dont lu fausseté était évidente, Elle serait allée voir une dame, prétendant que cette dame était madame Demers. Ceci remontait à cinq ans ; et cela, c'était à la naissance de son premier enfant. Elle a commencé par dire qu’elle était vieille fille, ensuite qu’elle était mariée. Je lui ai fait préciser la date à laquelle elle avait soignée madame Demers. Pour la contredire, j'ai été obligé de faire venir de St-Charles la mère de l'accusé qui avait soignée à Mme Demers durant cette maladie. Et elle vous a dit que jamais cette dame Roy n'avait mis les pieds là.

Messieurs, le témoignage de la vieille fille Roy a été contredit dans son entier. Dans cette déposition qu’elle à donnée à l’enquête préliminaire, dans le mois de juillet, elle a dit, d’abord, qu’elle était française, ensuite, qu’elle était irlandaise d’origine, mais que par sa mère elle était canadienne ; qu'elle s'était mariée deux fois ; qu’elle avait voyagé en différentes places au Canada et aux Etats Unis : qu'elle avait été vingt ans dans une place, dixsept dans une autre place ei sept dans une autre. Il lui était impossible de

RoHent À donner le nom exact d'aucun endroit où elle était restée ; elle ne pouvait u dire sur j donner ni le numéro, ni le nom de la rue où elle était dans la cité de Montr ses soup- réal. Et cette femme-là avait complètement oublié tout ce qui pouvait s'être a vie, ceci à passé, comme vous l'avez constaté. Elle à juré qu’elle s'était mariée deux cette ten- ‘4 fois.

Eh bien! un avocat qui a eu une cause pour elle, qui a eu à prendre des navoulu À procédures pour réclamé des effets qu’elle prétendait lui appartenir, est venu Inyavait À déclarer que cette femme avait déjà déclaré sous serment étre fille et avait it lu dans à avouée qu'elle vivait en concubinage avec un capitaine de barge; et que ep, Car À c'était contre cet homme qu’elle avait pris des procédures, contre cet homme k elle ne qui vivait en concubinage avec elle. Elle prétendait qu'il retenait certains ® Mais \ effets lui appartenant. Ces procédures je les ai fait mettre devant vous ; détruire É afin d'établir ce qu’elle était.

e pouvait É Maintenant croyez vous qu'avec des témoignages comme celui-là on puisse : envoyer un homme à l’échafaud'? Je crois qu'il n’est pas nécessaire d’apen. On puyer davantage quant au témoignage de cette femme. # .REeUvE Parlons mainten1nt de la fille Hawkins. Vous l'avez vue ; vous avez quelle j'ai entendu les réponses de cette honnête personne ; nous sommes obligés de À j prendre cette déposition parce qu’elle est parmi les témoignages. Elle dit j aurais qu’elle ne croirait pas Demers sous serment. Elle est venue jurer qu’elle le ques- ne le croirait pas sous serment. Il pourrait se parjurer, pour s’éviter de Ftait pas monter à l’échafaud ! Il n’y a pas de doute, messieurs, que la société doit te dépo: se protéger ; elle doit, sans doute, chercher à punir ceux qui se rendent cou-

lit quoi ?

pables, ceux qui commettent certaines violations de la loi ; mais la société

doit en même temps agir comme une bonne mère. La société doit venir

devant vous non pas pour se venger mais pour demander seulement que justice soit rendue, et, sa preuve, elle doit la faire d'une manière régulière, d'une manière équitable, digne. Est ce là ce qu’elle x fait ? Se servir d’une prostituée qu’elle sait être indigne de toute confiance, est un moyen indigne que vous désapprouverez énergiquement, j'en suis sûr. Je passe maintenant à un autre point, On a reproché à l’accusé de ne pas avoir fait de recherches pour trouver le meurtrier. Et enfin, on lui a dit : ‘ si ce n'est pas vous, trouvez le coupable ! ” Messieurs, ce n’est pas à l'accusé à trouver le coupable !...

Comment, voici un homme qui n’a aucuns moyens ; qui est obligé de travailler pour vivre ; pendant que la couronne a sous sa direction une foule d'employés, de gens habiles et habitués à ces sortes d’affaires. On lui dit: “Si vous n'êtes pas le meurtrier, dites et prouvez qui est le meurtrier de votre femme !”?” Est-ce assez absurde ? Ce n’est pas à nous à le savoir. C’est à la couronne de prouver que l’accusé est coupable ; et, si elle prouve cette culpabilité l'accusé devra détruire cette preuve pour démontrer son innocence.

Mais, messieurs, laissez moi encore une fois vous répéter les faits : L’accusé est arrivé chez lui le soir ; il lui a été impossible de voir sa femme. Il a trouvé sa femme assassinée ; c’est ce qu'il a appris après son arrivée. On lui a demandé s’il avait des soupçons contre quelqu'un. Il a dit : ‘“ moi je n'en ai aucun, je ne sais rien.” Alors on lui à dit : “ Prouvez que c’est un autre, prouvez que ce n’est pas vous !” Ce n’est pas juste ! Nous ne sommes pas obligés à cela par la loi; ce n’est pas à nous à prouver que nous ne sommes pas coupables ! Cependant nous avons fait plus que nous n’étions tenus de faire. Nous avons prouvé une proposition négative, nous avons prouvé même notre innocence, par un grand nombre de personnes et l’on n'a pas réfuté cette preuve !

La couronne connaissait parfaitement, la police était censée savoir, et pouvait avoir la preuve que nous avons faite. Elle n’a pas cherché de preuve pour venir établir ce qui était véritablement arrivé ; elle n’a pas examiné les témoins qui devaient être entendus. Qu'est-ce qui est arrivé ? La femme Bergeron, la fille Bergeron, l'enfant Bergeron et Migneault ont été entendus sous serment à l'enquête du coroner. Vous en avez la preuve ; cela a été admis par le coroner ; il est allé les examiner, pour voir s'ils ne se trompaient pas ; le coroner vous a admis qu’il les avait questionnés. Il n’a pas conduit l'enquête de manière à s'assurer quel éta't le vrai coupable. Une partie de la preuve qui a été donnée devant le coroner a été donnée à l’enquête préléminaire Mais les témoins, favorables à l’accusé nous ne les avons pas revus, à l'enquête préliminaire ; peut-être que si nous les eussions eus vous n’auriez pas à vous prononcer sur cette cause, Ces témoins si positifs, si importants la couronne les à intentionnellement laissés de côte !.…

Mais ce ne sont pas les seuls témoins laissés de côté. Il était connu dans Saint-Henri ; il était connu à Montréal, qu'il y avait un autre témoin ; on l'a ouhlié ; mais heureusement que je le savais, moi aussi et je l'ai cherché et je l’ai trouvé !

Messieurs, ceci est encore bien important puisque ce témoin était connu. Ceci fait ressortir comment l’enquête a été faite, puisqu'il n’a pas été examiné. Le témoin Trudeau est venu ici ; vous l’avez vu, messieurs, ce témoin quand il a été amené devant vous ; vous l’avez entendu parler avec la franchise d’un honnête homme. Malgré la transquestion sévère dont il 'a été l'objet de la part de l'avocat de la couronne, vous l’avez entendu donner ses

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