PIÈCE N
Dans l'affaire de l’appel de la minorité catholique romaine des sujets de Sa Majesté dans la province du Manitoba, à Son Excellence le Gouverneur général en conseil, de deux certains actes de la législature de la dite province, étant les chapitres 37 et 38 de 53 Victoria, intitulés respectivement : ‘“ Acte concernant le Département de l'Education,” et ‘ Acte concernant les écoles publiques.”
Je, William Forbes Alloway, de la cité de Winnipeg, dans la province du Manitoba, banquier, jure et déclare ce qui suit:
1. Au ou vers le mois de janvier en l’année de Notre-Seigneur 1888, l'honorable Thomas Greenway, alors premier ministre de la province du Manitoba, avec qui j'étais intimement lié, eut plusieursentrevues avec moi au sujet de la composition de son gouvernement qu'il était occupé à former dans le temps, et spécialement quant à l’attitude de l’archevêque catholique romain de Saint-Boniface, et du clergé et des membres de l'Eglise catholique romaine envers son gouvernement; et le dit Greenway me fit part de son désir de rencontrer le dit archevêque de Saint-Boniface pour discuter avec lui certaines affaires touchant la formation du gouvernement et spécialement quant au choix d’un membre parlant français du gouvernement, et comme il me dit qu’il ne connaissait pas personnellement l'archevêque il fut décidé que dans ce but je le présenterais à Sa Grandeur.
2. En conséquence j'accompagnai l'honorable M. Greenway au palais épiscopal à Saint- Boniface, dans la dite provinces, peu après que cette entrevue eut lieu, afin d'y rencontrer le dit dit archevêque comme il est dit ci-dessus,
3. Arrivés à la dite résidence nous trouvâmes quel’archevêque était alors maladeet retenu au lit, mais nous vîmes le révérend J. Allard, le vicaire général de l’archevêque, qui fut informé par M. Greenway et moi-même que M, Greenway était venu voir Sa Grandeur l'archevêque pour une affaire confidentielle, ce à quoi le dit vicaire général dit'que comme vicaire général il pouvait recevoir toutes communications confidentielles et en faire part à l'archevêque.
4, En conséquence une conférence eut lieu entre le dit vicaire général d'une part, et M. Greenway et moi-même d’autre part, dans laquelle M. Greenway informa le vicaire général, pour l'information de l’archevêque, qu'il avait été appelé à former un nouveau gouvernement dans la province; qu’il était désireux de le renforcer en prenant dans son cabinet un des membres français de la législature, et qu’i! désirait consulter l’archevêque au sujet de la personne qui lui serait agréable comme tel membre français.
5. Là-dessus le vicaire général déclara qu'il y avait certaines questions sur lesquelles probablement l'archevêque désirerait en venir à une entente avant de favoriser l'entrée d'aucun membre français dans le nouveau gouvernement, M, Greenway alors dit qu’il avait avec ses amis discuté certaines questions qui, ils le savaient avait créé du malaise dans la population catholique romaine et française de la pro-
vince et que lui et ses amis politiques formant le gouvernement étaient tout à fait préparés à entreprendre de faire rerpecter les sentiments de la partie catholique . romaine de la population sur ces questions et que leur posit 1n sur ces questions serait pleinement maintenue,
6. M. Greenway et le vicaire général parlèrent alors de ces questions, questions qui avaient été tant soit peu chaudement discutées pendant une élection qui avait récemment eu lieu dans un comté de la province dont la population est en grande partie composée de catholiques romains et de français.
7. Ce” questions étaiont ( premièrement }) celle de la continuation ou abolition des écoles séparées dont les catholiques avaient joui jusqu'ici, (secondement ) quant à l'usage de la langue française comme langue officielle dans la province, et (troisièmement ) en rapport aux changements dans la représentation à la législature de Ia province qui pourraient affecter le nombre de divisions électorales françaises.
8. Sur toutes ces questions M, Greenway, en ma présence, assura au vicaire général que son gouvernement était préparé à maintenir la position de la section catholique romuine de la population et qu'il ne toucherait pas non plus aux écoles séparées ni à l’emploi dela langue française comme langue officielle ou à la diminution du nombre de divisions électorales françaises.
9. Le vicaire général piomit à M. Greenway de communiquer immédiatement sa déclaration à l'archevêque catholique romain, et il fut alors convenu que M. Greenway et le vicaire général se rencontreraient à mon bureau de banque à Winnipeg le jour suivant,
10. Le matin suivant, selon qu’il était convenu, M. Greenway et le dit vicaire général se rencontrèrent à mon bureau, où le vicaire général fit rapport qu’il avait vu Sa Grandeur l'archevêque qui l'avait prié, lui, le vicaire général, de faire part à M. Greenway de la satisfaction que lui causait l'assurance ct la promesse à lui faite par M. Greenway au sujet de ces questions.
11. Une nouvelle conversation s’engagea alors entre M, (treenway et ie vicaire général, au cours de laquelle l’assurance donnée le jour précédent concernant l'attitude du gouvernement sur ces diverses questions fut substantiellement répétée,
12. Je fus présent tout le temps que dura l'entrevue du premier jour à la résidence épiscopale à Saint-Boniface, et je pris un intérêt particulier à la discussion parce que j'étais très intime avec M. Greenway et anxieux de voir son gouvernement renforcé, et désireux d'acquérir le support additionnel de l'archevêque, du clergé et des membres de son église, et il n’y a aucun doute quelconque qu’une assurance favorable à la position du parti catholique romain sur toutes ces questions fut donnée par M. Greenway dans les termes les plus formels.
13. A l’entrevue du second jour dans mon bureau je fus présent la plus grande partie du temps ct ai entendu la plus grande partie de la conversation, et il n’y a aucun doute quelconque que les promesses et les assurances du jour précédent furent en substance répétées et qu’il y eut une parfaite entente entre M. Greenway et le vicaire général représentant l'archevêque, que le gouvernement de M. Greenway respecterait et maintiendrait la position du parti catholique romain sur toutes ces questions.
en la province d’Ontario, ce jour de W. F. ALLOWAY.
Assermenté devant moi dans la cité d'Ottawa, février A.D. 1895.
Joun $S, Ewarr, Commissaire etc.