RAPPORT SUR LES ÉCOLES FRANÇAISES
(A. L. Youna.)
J'ai l’honneur de soumettre le rapport suivant sur les écoles françaises de la province du Manitoba pour l'année 1894.
D'après les registres de la section catholique de l’ancien bureau d'écoles, il appert qu'il y avait quelque quatre-vingt-onze arrondissements scolaires sous bon contrôle avant l’entrée en vigueur du présent acte des écoles. Un certain nombre de ces arrondissements, toutefois, avaient été organisés dans des endroits où la population catholique n’était pas suffisante pour les supporter, conséquemment plusieurs d’entr’elles ne furent jamais mises en opération, tandis que d’autres ne durèrent que peu de temps,
Le nombre d’arrondissements abolis pour diverses raisons est de vingt-quatre. Dans la majorité do cos cas les enfants catholiques assistent aux écoles publiques là où il leur est possible de le faire.
Vingt-sept de ces vieux arrondissements, avec neuf de ceux récemment formés, ont accepté le système d'écoles publiques, faisant un total de trente-six arrondissements scolaires maintenant sous le contrôle du gouvernement,
Des arrondissements récemment formés plusieurs sont dans des établissements mixtes, les français et les anglais étant divisés à peu près également, Dans ces cas, je trouve que, même quand les catholiques ont plein contrôle de l'arrondissement ils nomment généralement un syndic anglais. Dans un cas le seul protestant dans l'arrondissement a été élu unanimement membre du bureau des écoles.
Des ccuvents supportés par souscriptions volontaires, honoraires, ete., sont en opération dans les endroits suivants:—Winnipeg, Saint-Boniface, Saint-Norbert, Saint-Tean-Baptiste, Sainte-Anne, Saint-Pierre-Jolys, Saint-François-Xavier et Brandon. En sus de ceux-ci, il y a quelque trente-huit écoles dans la province encore conduites comme écoles séparées et supportées par souscriptions volontaires. Les salaires payés dans ces cas sont très bas,
En visitant les différents établissements français dans la province, j'ai trouvé une intérêt croissant en matières d'éducation.
J'ai visité la contrée du Dauphin pour la première fois en novembre dernier. Ici j'ai trouvé un grand nombre de métis et canadiens-français établis le long de la rivière à la Tortue, Tous étaient extrêmement anxieux d’avoir une école et s’empressèrent de signer une pétition demandant la formation d’un arrondissement à cet endroit, Une autre pétition fût envoyée dans le même temps par les colons français des environs du relai Elliott, sur le chemin du Dauphin. Vu la saison avancée, j'ai été incapable de visiter l'établissement français sur la rivière Massey entre les lacs du Dauphin et Winnipegosis.
J'ai aussi visité les établissements français le long du lac Manitoba pour la première fois l'automne dernier. La mission catholique à Saint-Laurent est très densément colonisée par les métis et quelques canadiens-français, Les syndics
rennent un intérêt considérable dans les affaires d'écoles, et ont engagé Alex. Tolsioude, B.A., qui assiste maintenant à l’école normale à Winnipeg, afin de prendre la direction de deux écoles qui sont situées à cet endroit. Il y a à peu près soixante élèves enrôlés dans chacune de ces écoles,
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Les colons français des environs du lac du Chêne sont maintenant passablement bien pourvus d'écoles, Plusieurs nouveaux arrondissements ont été formés depuis ma première visite en 1893,
L'ancien arrondissement scolaire Decorby à Fort-Ellice a été réorganisé l'automne dernier, mais par suite de l’empiétement sur leur territoire durant les cinq dernières années, ils sont maintenant limités à onze sections de très pauvre terre, Les probabilités sont qu’ils auront une forte lutte à soutenir pour maintenir une école à cet endroit,
A mon retour de Fort-Ellice, j'ai traversé l'établissement hongrois dans la vallée Huns. L'école ici avait été fermée depuis quelque temps. On est à sortir les matériaux et faire les préparations pour construire aussitôt que possible, J'espère que la nouvelle école sera ouverte à bonne heure le printemps prochain,
La majorité des arrondissements dans la partie est de la province ont besoin d’être réorganisés, vu que plusieurs d’entre eux semblent ne pas avoir de limites définies qui soient reconnues par les municipalités.
À l'exception d'un très bon approvisionnement de cartes géographiques, l’équipement de ces écoles laisse beaucoup à désirer, L'espace pour le tableau noir est très limité et serait considéré tout à fait inutile par tout instituteur qui aurait fait un cours d'école normale,
Un grand désavantage pour quelques-unes des écoles, spécialement dans les arrondissements plus pauvres est le manque de livres d'écoles; cette difficulté est surmontée dans quelques cas par les syndics en se servant des fonds des écoles pour l'achat des livres 1 equis, et les fournissent gratuitement aux enfants.
Comme règle les instituteurs ont l’habileté et l’énergie de faire du bon travail, mais ils manquent de la préparation de l’école normale, Les différents sujets sont pris et enseignés de la même manière que cela se faisait dans la province de Québec il y a vingt ans,
Du très bon travail, sur une certaine ligne, est fait dans certains sujets. Par exemple, j'ai en ma possession un certain nombre de lettres reçues d’instituteurs français, quelques-unes d’entre elles étant écrites en anglais, et qui peuvent être comparées favorablement avec la correspondance reçue d’instituteurs anglais.
J'ai vu un nombre d'engagements écrits avec des instituteurs d'écoles qui reçoivent des octrois du gouvernement, et dans tous les cas il était convenu qu’aucune instruction religieuse ne serait donnée avant quatre heures. Vu que les heures d'écoles sous l’ancien système étaient de 9 à 11,30 heures a.m., et de 1 à 3,30 p.m., il est considéré quelque peu dur par ces instituteurs de faire une heure et demie de travail supplémentaire,
L'agitation constante qui a eu lieu durant les dernières cinq années a certainement eu l'effet de créer un intérêt croissant dans les matières d'éducation; et je suis satisfait que quand ja question scolaire sera définitivement réglée cet intérêt croissant aura un offet bienfaisant sur les écoles françaises de la province du Manitoba.
D'après mes rapports avec les Français et les Métis catholiques de la province, je n'ai pas d’hésitation à dire que la vas'e majorité d’entre oux est prête à se conformer à la décision finale des autorités sur la question des écoles. Ils espèrent encore que le système d'écoles séparées sera rétabli dans la province, mais si cet espoir ne se réalise pas dans un avenir prochain, ce ne sera qu’une question de temps avant que le système d’écoies publiques sera universellement adopté dans toute la province.