PLAIES D ARMES A FEU DES PARTIES GÉNITALES
Le scrotum , prolongement de l'abdomen , les testicules , organes sécréteurs du sperme, la verge organe essentiellement érectile et le périnée sorte de plancher qui termine le bassin , ont été isolément , quelquefois en même temps que d'autres organes, blessés plus ou moins profondément par un ou plusieurs projectiles.
Plaies de la verge. — Tantôt le gland , tantôt les deux corps caverneux sont coupés par une balle et entièrement
séparés du reste du corps j?dans quelques cas une partie seulement , par exemple im corps caverneux , est atteinte , froissée ou emportée.
Les phénomènes qui suivent la lésion de cet organe important varient suivant le degré de la blessure, suivant l'état actuel du corps caverneux au moment où le projectile l'a frappé, suivant le point où celui-ci s'est fait jour, suivant que l'urèthre a été ou n'a pas été endommagé , suivant enfin mille circonstances particulières qu'il serait inutile d'énumérer, mais qui peuvent compliquer cette grave plaie. Lorsque je dis grave , ce n'est pas qu'il y ait danger pour la vie du malade ; non , sous ce rapport il n'y a rien à craindre, ou alors il faudrait qu'il y eût des complications extraordinaires ; seulement j'entends dire par Va que la structure particulière de l'organe et l'importance des fonctions auxquelles il est appelé, jointes a la facilité avec laquelle ces fonctions peuvent être troublées , font de ces blessures un genre a part et demandent du chirurgien une attention sérieuse.
Le blessé n'accuse pas de douleur bien vive au moment de l'accident ni même plus tard , malgré que l'exquise sensibilité de la partie semble devoir nécessairement s'accompagner d'un pareil symptôme. L'écoulement de sang qui a lieu immédiatement n'est pas non plus en rapport avec la structure toute spéciale de cet organe : cependant il est un peu plus abondant que partout ailleurs. Le fait n'a rien qui puisse étonner; du reste la différence est peu sensible, bientôt l'inflammation s'empare du trajet que la balle a parcouru ; mais cette inflammation se comporte ici d'une manière toute particulière , et c'est encore a la structure qu'il faut demander compte de cette spécialité. Elle n'est pas purement phlegmoneuse , car le tissu cellulaire qu'on y rencontre est peu abondant et s'y présente sous une forme
qui n'a pas d'analogue ailleurs , ou qui du moins n'en a que fort peu ; elle n'est pas non pins purement érysipélateuse comme le veut Pierre Frank : c'est une inflammation a part ; c'est une sorte de juste milieu entre l'érysipèle et le phlegmon. La surface interne du sillon parcouru parla balle se nettoie par une espèce d' exfoliation , et une cicatrice ferme et solide succède a des bourgeons charnus qui s'élèvent de sa surface. Cette cicatrice est imperméable au sang ; elle s'oppose efficacement a son transport des points inférieurs aux supérieurs, intelligence fonctionnelle entre les deux tronçons du pénis qu'elle sépare. Avec le doigt on peut la sentir; on la reconnaît a la sensation qu'elle donne d'un tissu dur , fibreux , solide : ce n'est autre chose en effet que du tissu fibreux accidentel.
De ces dispositions anatomiques nouvelles résultent de grands changemens dans la forme et le volume de l'organe; cela ne pouvait être autrement. Que dans cet état, en effet, l'appétit vénérien vienne a. se faire sentir , on prévoit ce qui va arriver. La turgescence du membre viril ne se fera qu'en partie : les portions du corps caverneux qui n'ont pas été atteintes par le projectile éprouveront leur dilatation ordinaire , de ce côté-là l'érection sera complète : mais en sera-t-il de même de l'autre côté? Nullement : la portion du corps caverneux située au-dessous de la cicatrice se mettra seule a l'unisson, tandis que le reste n'éprouvera aucun changement notable et se maintiendra a jamais dans une espèce de statu auo physiologique contre lequel l'excitation même la plus énergique ne pourrait absolument rien. Il résulte de Ta une particularité digne de remarque ; c'est que la verge subit une inclinaison plus ou moins prononcée suivant les cas, et précisément du côté de la cicatrice. Enfin, il n'est pas impossible que cette incurvation qui, du reste, s'explique assez
d'elle-même, soit portée à un point tel que la copulation soit ultérieurement d'une difficulté notable, ou même tout a fait empêchée : c'est une impuissance acquise a laquelle même l'art ne saurait porter aucun remède efficace ; il faut avouer cependant que cette conséquence malheureuse doit retomber un peu sur le chirurgien , et cela parce qu'il n'aura pas su donner a la cicatrisation une direction convenable. J'ai vu deux cas en effet dans lesquels il m'a été possible de parer a ce grave inconvénient, ou tout au moins j'ai rendu la difformité peu sensible : l'organe médiocrement dévié de sa rectitude naturelle pouvait encore remplir facilement la mission a laquelle la nature l'a appelé.
Il peut se faire que la verge soit seulement effleurée et la peau plus ou moins endommagée : le cas alors est peu grave. Il reste tout simplement une adhérence de cette gaine membraneuse au corps érectile, mais le résultat est peu important et les fonctions de l'organe n'en sont nullement troublées. Il n'en est pas de même si la lésion a lieu au prépuce ; dans ce cas en effet , si on n'y prend garde, il pourra arriver une adhérence dont l'inconvénient, sans être bien grand, ne laissera pas cependant d'être d'une certaine portée en changeant la direction normale du prépuce. C'est ce qui est arrivé au nommé P***? il a été forcé de subir une opération après son entière guérison : il a fallu détruire l'adhérence vicieuse et recommencer sur nouveaux frais un traitement consécutif que le chirurgien aurait pu facilement éviter d'abord , s'il avait pris la peine de surveiller la cicatrisation et de lui donner une direction convenable. C'est pourtant un chirurgien habile, ou du moins passant pour tel , qui avait donné les premiers soins au malade; maison l'a dit : Quidquid délirant j'eges, plectnntur Aclrivi.
Quand la verge est traversée par une balle d'un coté a l'autre , le cas est grave alors , surtout si la lésion a lieu près de
la racine ou même près des bourses. Le nommé H*** nous en offre un exemple frappant. Ce malheureux fut atteint par un projectile semblable, qui, de la partie moyenne delà verge, du côté gauche, alla jusqu'à la pointe de la fesse droite, en traversant le corps caverneux, les bourses, le périnée et le détroit inférieur du bassin. Dès cet instant, l'érection n'a plus été possible, le malade est demeuré impuissant.
Le cas est bien plus grave encore quand l'urèthre aussi se trouve compris dans la même lésion que le corps caverneux. Indépendamment, en effet, de la cruelle conséquence dont je viens de parler, le malade a encore a supporter les inconvéniens d'une fistule urinaire incurable. Il n'est cependant, pas absolument impossible de le débarrasser de cette dernière; c'est ce que nous a prouvé M. Earle en empruntant à la peau voisine un lambeau propre a recouvrir la surface fistuleuse. Ce moyen a en effet réussi ; mais qui est-ce qui pou-.rait assurer un succès pareil? Que de raisons au contraire pour échouer dans cette hasardeuse entreprise ! Combien de chances n'at-on pas contre soi ! J'avoue cependant que je me suis reproché de n'avoir pas essayé de ce moyen sur le nommé D***. Chez celui-ci il y avait une plaie a ouverture unique, car la balle resta long-temps perdue ; cependant plus tard on parvint a constater sa présence au centre des bourses, entre les deux testicules, et on en fit l'extraction ; mais en pénétrant elle avait atteint une moitié du corps caverneux et l'urèthre , restait une fistule que probablement ce malheureux porte encore. Certes, si je venais a le rencontrer , je n'hésiterais pas à lui proposer le procédé d'Earle : melius anceps quam nullum remedium.
Plaies des bourses. — Les plaies d'armes a feu de ces sortes de sacs membraneux n'ont pas été moins fréquentes dans les
journées de juin que dans celles de juillet. Plusieurs fois je les ai vus traversés sur la ligne médiane, sans lésion des testicules. Un vieillard de 65 ans , nommé Gui**, a eu ainsi toute l'épaisseur de cette enveloppe parcourue par une balle d'avant en arrière, et dans l'étendue de trois pouces environ. Il fut d'abord pansé a plat. Les ouvertures d'entrée et de sortie s' exfolièrent , des bourgeons charnus se développèrent , l'espace détruit se combla , et le blessé guérit a. merveille.
Chez un autre, la balle ayant rasé la surface interne de la peau, et l'ayant par conséquent amincie , j'incisai tout le trajet qu'elle avait parcouru. Les tégumens se renversèrent un peu en dedans, mais cela n'empêcha pas la guérison d'avoir lieu, et même bien plus vite que dans le cas précédent. Dans une autre circonstance, le projectile était a la fin de sa course quand il atteignit un des combattans de juillet ; une vive inflammation s'empara de tout le scrotum , une ecchymose étendue s'y faisait remarquer, mais on vint a bout de l'une et de l'autre, seulement une escarre se forma au point même que la balle avait frappé. Quelques jours après elle se détacha, et le blessé guérit sans autre accident.
Le nommé P*** reçut une blessure a ouverture unique et par éclat déballe. Le corps vulnérant, logé dans l'épaisseur du cordon testiculaire, y détermina spontanément un gonflement considérable qui ne permit plus qu'on constatât sa présence; on s'en tint a combattre les accidens inflammatoires. Le malade guérit parfaitement et en peu de temps, malgré la présence de ce corps étranger qu'il porte encore, et qui ne lui occasione aucune espèce d'incommodité. Le testicule a conservé son volume normal.
Enfin, comme par opposition a l'observation précédente, le nommé E***, chez qui la balle n'avait fait que traverser les bourses sans aucune lésion apparente des testicules ni des
cordons, a conservé pourtant, après la guérison , un engorgement considérable des uns et des autres.
Lorsque le projectile lancé par la poudre a canon ne produit sur les bourses qu'un délabrement peu étendu, et qu'en même temps il n'atteint pas le testicule, ce dernier ordinairement conserve ultérieurement toute son intégrité, et ses fonctions n'en sont pas troublées ; mais assez souvent les choses ne se passent pas d'une manière aussi heureuse , et il n'est pas rare de voir une plaie par arme a feu des bourses , même légère, être suivie d'une atrophie, tantôt des deux testicules , tantôt d'un seul. Il y a encore mieux , c'est qu'une plaie produite par une balle ou tout autre projectile peut être accompagnée du même résultat, par cela seul qu'elle existe dans le voisinage des parties sexuelles , et lors même qu'aucune de ces parties n'aura été atteinte. J'ai remarqué plusieurs fois sur des blessés de juillet cette espèce de paradoxe physiologique , et M. Larrey lui-même a également constaté le fait a l'expédition d'Egypte. Faudra-t-il , avec ce chirurgien, rapportera la chaleur, la singulière particularité que je signale? Faudrat-il supposer avec lui que cette chaleur aura vaporisé les particules les plus volatiles de l'organe sécréteur du sperme, et que l'absorption aura fait le reste? Quoi ! le testicule réduit en vapeur! Quoi ! sa substance volatilisée, et traversant le reste des organes génitaux comme un liquide qu'on distille! Oh! M. Larrey, je vous en demande bien pardon, c'est un peu trop fort ; convenez avec moi , a propos de cette bizarre volatililé, que l'explication est elle-même par trop éthérée.
Cependant le fait est réel, comment alors s'en rendre raison ? Je l'ignore , j'en suis étonné , mais j'aime mieux avouer tout modestement mon ignorance que de me perdre dans le vague d'explications pareilles. Il est des circonstances néan-
( Toi )
moins dans lesquelles on peut se rendre compte de cette atrophie sans que l'organe sécréteur du sperme ait été endommagé; c'est lorsque la perte de substance du scrotum est très -considérable, soit par la destruction immédiate opérée par le projectile, soit par ses suites, c' est-a-dire l'inflammation et la gangrène. Il peut arriver alors que la cicatrice, en se formant, presse tellement le testicule et l'étrangle au point d'en déterminer la diminution progressive, plus tard même la disparition complète. J'ai constaté ce fait sur plusieurs blessés, et le résultat a été le même chez ceux dont la blessure avait été déterminée par des corps contondans ordinaires, comme chez ceux sur le scrotum desquels avait agi le plomb lancé par la poudre. C'est aussi probablement ce qui est arrivé a un blessé de juillet traité par M. Roux. Celui-là non plus n'avait eu aucune atteinte directe portée a ses testicules de la part du projectile; le scrotum seul avait été désorganisé dans une étendue notable : je dois dire cependant qu'une des glandes spermatiques avait été largement mise a découvert. Le chirurgien de la Charité visa alors a la conserver au malade, et traita celui-ci en conséquence. Tout alla a merveille, au dire de M. Roux; la plaie marcha rapidement vers la guérison , et ses espérances se réalisèrent complètement. Son malade guérit, et il guérit en conservant son testicule dans toute son intégrité première: c'est du moins ce qu'annonce M. Roux, dans son rapport lu en présence de l'Académie. Or, tout le monde sait qu'un rapport est toujours l'exposé fidèle de la vérité et qu'on dit toujours vrai dans ce haut sanctuaire de la science médicale. Voila pourquoi en effet le malade ne nous parut plus porter qu'un testicule, lorsque, quelque temps après , il nous arriva a la maison de convalescence de Saint-Cloud. En lisant les exclamations extatiques du rapporteur sur cet admirable succès, nous avons eu peine
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tout d'abord a en croire nos yeux , nous doutions de l'exactitude de notre propre examen : mais nous l'avons répété plusieurs fois et toujours sans pouvoir rencontrer ce testicule qui avait coûté tant de peine a conserver.
Plaies d'armes à feu du testicule. — Si, comme je l'ai indiqué, le testicule peut disparaître dans quelques casy sans avoir été directement atteint par un projectile , toujours ou presque toujours on le voit se perdre complètement, lorsque lui-même a été endommagé ou même simplement froissé par ce genre de corps contondant.
R*** reçut une balle qui chemina de la partie droite de la cuisse gauche vers la région correspondante des bourses, après avoir traversé le testicule, et du côté droit de la partie interne et supérieure de la cuisse , vers les postérieure et supérieure: blessure guérie avec atrophie du testicule droit.
Th*** fut blessé par une arme a feu aux bourses et à la cuisse droite de la partie inférieure gauche de cette partie vers la cuisse, et de la partie supérieure et interne de celle-ci vers la postérieure : blessure guérie, mais avec perte de substance.
S*** fut atteint de deux blessures par armes a feu. L'une traversa le testicule gauche , et nécessita l'ablation de cet organe ; l'autre intéressa la partie supérieure et interne de la cuisse droite.
Plaies d'armes a feu du périnée. — B*** fut atteint d'une blessure par arme a feu, au bassin : elle marcha de la partie postérieure droite de la marge de l'anus vers la racine des bourses, en traversant le rectum , la partie membraneuse de l'urèthre et le prostate. Cette blessure détermina des épanqhemens, des infiltrations de matières stercorales et urineuses,
et laissa une communication entre le rectum et les voies urinaires.
Ce cas nous offre un exemple de plaie d'armes à feu extrêmement compliquée , puisqu'il est vrai que presque tous les organes situés dans le périnée ont été intéressés. Si je l'ai cité comme plaie du périnée, c'est qu'en effet la balle s'est fait jour dans cette région , et qu'elle a laissé après elle une fistule urinaire. Comme on le voit d'ailleurs , les plaies par armes à feu , du périnée, ne sont graves que par la complication des organes lésés.