PRÉFACE
Depuis le grand Ambroise Paré , une foule de mémoires, un grand nombre de traités eoc professo j ont successivement enrichi la science , si c'est l'enrichir toutefois que de la surcharger d'ouvrages qui, la plupart, ne lui impriment aucun progrès , sans compter même ceux qui tendent à lui faire faire des pas rétrogrades. On nous promet, il est vrai, un énorme traité général d un célèbre chirurgien de l'Hôtel-Dieu. En attendant quecette grande œuvre , qui a tant de peine à voir le jour, vienne sans doute répandre sur cette partie si intéressante de la chirurgie une lumière éclatante... nous ne possédons aucun traité complet desplaies d'armes à feu. On trouve bien cà et là des observalions isolées et des aperçus tant soit peu neufs.
Ici, des principes généraux développés et appuyés sur des faits; d'un autre côté , des groupes complets d'altérations produites par les projectiles , quoique assez bien étudiées, quoique ordinairement sans méthode , etc.; mais nulle part on n'a rencontré même une esquisse générale où ces lésions soient présentées dans un ordre philosophique. Nulle part on ne trouve un tout qui comprenne avec détails ou résume convenablement l'ensemble des matériaux de cette branche importante de la chirurgie.
La chirurgie militaire elle-même ne s'est avancée dans le progrès que d'un pas lent, mal assuré, et, sous ce rapport encore, elle fait exception à la marche ordinaire des sciences médicales. Elle n'a eu en effet aucun de ces élans magiques qui ont signalé tour à tour l'avancement de la plupart des branches de la médecine, et lui ont fait atteindre rapidement un degré de perfection au-delà duquel les portaient encore de nouveaux accès de progrès, si je puis dire ainsi, revenant par intervalles, et marqués de loin en loin , par des temps de repos. Un coup d'oeil général, mais succinct , peut d'ailleurs prouver cette vérité.
Avant tout, il se présente une difficulté première ; c'est qu'il est impossible de préciser au
juste l'époque à laquelle les plaies d armes à feu ont pu être observées pour la première fois, puisque l'histoire n'en a pas tenu un compte exact, et que sur ce point les historiens ne sont pas d'accord entre eux.
Suivant Polydore Virgile, on doit l'invention de la poudre à un chimiste , son contemporain , qui , après avoir mis en contact les diverses substances qui entrent dans sa composition et recouvert le tout avec une pierre, entendit bientôt une forte détonation ; la pierre avait été envoyée au loin.
Thevet, au contraire , nous apprend que c'est un moine de Fribourg, Constantin Avelzen, qui la découvrit ; mais Belleforest et d'autres soutiennent que c'est un nommé Barthalde Schwartz ; les auteurs assurent qu'au moins ce fut lui qui en enseigna l'usage aux Vénitiens, en i33o, pendant la guerre qu'ils eurent avec les Génois , et que même toute l'Italie s'en plaignit , comme d'une contravention aux lois du combat ; mais une preuve que l'invention de la poudre est encore plus ancienne , c'est que Pierre Mexia dit que les Maures étant assiégés, en 1342, par Alphonse II , roi de Castille, ils tirèrent certains mortiers de fer qui faisaient un bruit semblable au tonnerre. D'ailleurs, Royer Bacon, quiexistaitcentcinquante
ans avant Schwarlz , en parle formellement. Il est donc impossible d'assurer positivement à quelle époque on a en à traiter pour la première fois des plaies d'armes à feu. Au reste , ce point nous importe peu à nous, chirurgiens ; car ce n'est que bien plus tard que les fastes de l'art nous ont transmis quelques notions précises sur l'idée qu'on s'était faite alors de ce genre de blessures ; aussi faut -il sauter au quinzième siècle pour trouver des exemples.
Vers la fin de ce siècle , Brauns Weig , chirurgien à Strasbourg , les traitait comme des plaies envenimées ; il enfonçait un morceau de lard entre les lèvres de la plaie, et donnait de la thériaque à l'intérieur pourchasser le venin.
Jean de Vigo confirma les idées de Brauns Weig, et se contenta de modifier le traitement. 11 attribua les accidens de ces plaies à des causes diverses ; par exemple , à la forme ronde des balles, à l'ustion des parties , aux qualités vénéneuses de l'instrument et de la poudre, etc. Il signala les indications suivantes : humecter les parties cojituses pour guérir la brûlure , dessécher ensuite la plaie , pour détruire le poison. Et à cet effet, il conseillait le fer rouge, l' onguent égyptiaque, l'huile bouillante; puis il frictionnait les parties avec du beurre
frais. Pour dé lâcher l'escharre et pour calmer les douleurs, il appliquait un digestif de jaunes d'oeufs et de térébenthine.
Les Arabes et les arabistes n avaient rien fait pour cette branche de la chirurgie; ils partageaient les erreurs communes sur la véritable étiologiede ces blessures. Nous n'avons donc rien eu à leur emprunter. La question est toujours restée la même, et toujours au même point d'obscurité.
Les premiers chirurgiens du seizième siècle ne furent que les serviles imitateurs d'Albucasis , aussi les onguents étaient-ils les mêmes, aussi en faisait-on un usage continuel et dégradant pour l'art. On aurait dit que la chirurgie avait quitté le bistouri pour s'armer de la spatule, et que le chirurgien avait tout oublié pour descendre au rôle commode , mais avilissant, de faiseur d'emplâtres. Cette branche de la médecine était , il est vrai, singulièrement tombée dans le mépris, précisément à cause des personnages qui la pratiquaient : alors elle était abandonnée à des mains vulgaires , à quelques moines sans pudeur , à de misérables charlatans qui s'étaient arrogé le droit d'être téméraires , et qui parcouraient l'Italie en y pratiquant ça et là les opérations les plus graves, la taille, par exemple, le trépan, la cataracte, etc.
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Que pouvait-on espérer pour la chirurgie d'un patronage aussi déshonorant? rien, si ce n'est l'abjection , F avilissement et le mépris ; aussi , de ce côté, fut-elle richement dotée. Cependant elle ne tarda pas à se relever un peu de cet état d'abaissement. Elle fit quelques progrès.... , bientôt elle grandit, et dans ce même siècle commence la série des saines doctrines qui peu à peu ont éclairé le traitement rationnel des plaies d'armes à feu.
Comme Brauns Weiget Jeande Vigo, Alphonse Serride Saenza, médecin du pape Paul III, soutint que les plaies d'armes à feu étaient empoisonnées, et il en donna pour preuve l'exemple de la mort par le vent du boulet , qui , suivant lui , tue par la vapeur vénéneuse qui s'en dégage. Pour rester fidèle à ces erremens théoriques, il traitait les plaies graves par des caustiques de son invention , dans lesquels entraient le sublimé corrosif, le vitriol et la litharge. Cependant il alla plus loin, il conseilla l'extraction des corps étrangers , et pour faciliter la pratique de son conseil , il inventa un instrument qui devait extraire ces corps sans dilater la plaie extérieure ; mais , malgré la bonne opinion qu'il avait de son invention , bien qu'il fût convaincu d'avoir rendu à la science un grand service, au point qu'il désespéra de trouver un meil-
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leur moyen d'éterniser sa mémoire, et qu'il baptisa lui-même son instrument du nom d'alphonsin, l'expérience fit justice de ses prétentions, et bientôt il resta seul pour l'admirer. Je dois ajouter ([ue plus tard il tira quelque profit de son expérience, de ses observations, et qu il donna quelques bons conseils sur les balles perdues, sur le pansement des plaies ; il insista particulièrement sur la nécessité de les tenir bien propres.
Ambroise Paré embrassa d'abord les doctrines anciennes sur les plaies d'armes à feu ; mais son génie ne pouvait se laisser long- temps égarer; cependant il l'était encore, quand un hasard heureux vint le mettre sur la route de la vérité : c'est lui qui le premier a émis les saines idées qui nous ont conduits à l'étiologie parfaite des plaies d armes à feu. Maggi , vers la même époque , avait également saisi la vérité, au milieu du fatras théorique des chirurgiens qui lavaient précédé, et en même temps que notre illustre compatriote, il fécondait, en Italie, la juste idée qu'il s était faite de ce genre de blessures.
Pour rendre justice à chacun, pour rester fidèle à l'histoire et nullement pour satisfaire un sentiment de fierté nationale , je dois faire remarquer que le travail d'Ambroise Paré parut avant celui
(le Maggi. J'ajouterai aussi, ne fût-ce que pour constater, à l'honneur du chirurgien français, cette candeur , cette probité scientifique cpii percent dans tous ses ouvrages, qu'il avoue lui-même que les travaux des chirurgiens italiens lui ont été d'un grand secours, et qu'il y a puisé des principes importans qu'il n'a eu qu'à développer ; mais on voit bien que cet aveu ne peut nullement se rapporter à Maggi, puisque ce dernier n'avait pas encore fait connaître ses doctrines , et comme les théories rationnelles des plaies d'armes à feu ne datent, à proprement parler , que de cet auteur pour l'Italie, l'antériorité appartientà la France. Maggi, doué d'un esprit sévère , voulut éviter les erremens dans lesquels ses prédécesseurs s'étaient perdus , en s'abandonnant au gré de leur imagination à une discussion purement théorique des faits, et pour cela il prit une route opposée ; il eut recours à la voie expérimentale; cette manière de procéder , si simple , suffit pour lui révéler les secrets les plus importans. 11 y trouva la bonne théorie, en même temps qu il détruisit tous ces systèmes grossiers qui long-temps avaient paralysé les efforts de la chirurgie et arrêté ses progrès. 11 étudia avec soin la composition de la poudre , et il n'y trouva aucune substance vénéneuse
qui , une fois mise en contact avec les tissus divisés , nécessitât un traitement particulier; c'était déjà un grand pas.
L'idée absurde d'empoisonnement fut donc détruite; il la combattit encore par d'autres preuves sans réplique qu'il serait trop long de rapporter ici. Cette opinion , que les balles brûlaient les chairs en les traversant, fut également combattue avec le plus grand soin par cet habile chirurgien. Il fit encore, à ce sujet, un appel à l'expérience, et comme pour l'empoisonnement , l'expérience lui répondit d'une manière positive. Elle démontra que le projectile ne pouvait jamais avoir un degré de calorique suffisant pour brûler, même les corps les plus combustibles, l'étoupe par exemple , et a fortiori ne pouvait produire cet effet sur les tissus vivans, baignés de liquides, etc.
Non content d'avoir détruit les théories ridicules reçues de son temps , il renversa aussi le mode de traitement employé à cette époque, et lui en substitua un à la fois, plus simple, plus rationnel et plus avantageux ; ainsi , il repoussa l'huile bouillante et tous ces moyens barbares qu'avait inspirés une fausse étiologie. Il conseilla l'extraction des balles , toutes les fois qu'on en avait constaté la présence. Il blâma les lotions trop fréquemment ré-
pétées. Il s'opposa à ce que toutes les esquilles fussent retirées dans les cas de fracture , et conseilla iusage d'un bandage expulsif ; pour en faciliter l'effet, il dilatait la plaie au moyen de tentes faites ordinairement avec la racine de gentiane. Pendant les premières périodes de la blessure , il faisait des lotions avec l'huile de rose. Enfin, il précisa assez nettement les cas d'amputation, et conseilla, quand elle était nécessaire, de la pratiquer dans les parties saines , en ayant la précaution de laisser pendre des lambeaux de muscles sulïisans pour recouvrir l'os et former le moignon.
Paré lit plus encore : il insista particulièrement sur l'utilité d'extraire les corps étrangers, et il inventa des instrumens particuliers , tels que le tirefond, le bec de grue, le bec de perroquet, etc. Il inventa enfin un bandage expulsif , qu il employait surtout dans les cas d'oedème des membres, à la suite des plaiesd'armes à feu de ces parties.
En Italie, encore , J. B. Cancano Leone , de Milan , résuma les idées des deux célèbres chirurgiens dont je viens de parler , développa leur doctrine , la propagea avec zèle , et lui rallia tout ce qui existait alors de personnes éclairées dans l'école italienne.
Botal lui-même travailla à la propagation de la
saine doctrine : par exemple, il veut qu'on traite les blessures par armes à feu comme des plaies contuses , et, après avoir extrait les corps étrangers, il conseille de laisser au bandage expulsif le soin de chasser les esquilles.
Fallope , en France, s'établit le défenseur des idées d'Ambroise Paré.
Félix Wurtz, chirurgien allemand , s'éleva contre les instrumens à extraction trop compliqués. Il blâma l'usage de la corde enduite de graisse , qu'on introduisait dans la plaie , avec l'intention d'y fixer le venin , et il proscrivit les corps gras et les cathéré tiques. Il insistait à l'extérieur sur le traitement antiphlogistique, sur l'emploi du miel et les tentes de tragacanthe, etc.
Guillemeau recommanda la prompte extraction des corps étrangers et la dilatation des plaies.
François Thanchin regardait les blessures par armes à feu comme des plaies extrêmement contuses, sans aucun autre caractère spécial.
En 1792 , Percy et Mossot publièrent deux ouvrages sur les plaies d'armes à feu : c'était ce qu'il y avait jusqu'alors de plus remarquable sur cet important sujet, c'était ce qu'il y avait de plus complet. Le premier s'est particulièrement attaché à démontrer la nécessité d'extraire le plus promp-
teraeot possible toute espèce de corps étrangers , et a donné sur ce sujet les règles les plus importantes à suivre pour y parvenir avec facilité.
Depuis cette époque, plusieurs ouvrages intéressans sous différens rapports ont paru tour à tour sur la même matière. Il me suffira d'avoir signalé les Guthrie , les Larrey , les Samuel Cooper , les Richerand , les Boyer , etc.
Après cet examen rapide , se souvenant de ce que j'ai dit sur la pauvreté de la chirurgie militaire, sinon sous le rapport des faits , au moins pour ce qui regarde un cadre complet , qui les résumerait et en tirerait les conséquences qui en découlent naturellement, on pourrait croire peut-être que j'ai eu l'intention de combler le vide , et que j'ai voulu donner un traité général des plaies d'armes à feu. Non assurément , mes vues sont moins ambitieuses, et voici, en peu de mots, pourquoi et dans quel but je me suis décidé à faire paraître cet
ouvrage .
Lors de la révolution de i<83o, je me suis trouvé dans toutes les conditions favorables pour observer les blessures à toutes leurs périodes, au début, à leur terminaison.
D'abord à l'hôpital Saint-Louis et à la maison de santé du faubourg Saint-Denis, j'ai eu à secou-
rir dans les premiers jours un très-grand nombre de blessés. Plus tard, nommé chirurgien en second à la maison de convalescence qui fut établie à rhô tel des gardes du corps de Saint-Cloud , malgré Y empressement du chirurgien en chef et son désir à tout réunir, j'ai pu , au moins , observer beaucoup de blessures rares et curieuses. Enfin, nommé membre du jury médical institué pour constater la gravité relative des blessures de tous les combatlans de juillet, je me suis de nouveau trouvé placéà merveille pour examiner les diverses lésions produites par les armes à feu , et traitées dans tous les hôpitaux de Paris. Le résultat a passé dans son triste ensemble une dernière fois sous mes yeux, et j'ai pu apprécier le mérite respectif des divers modes de traitement employés, suivant les vues particulières de chaque chirurgien de la capitale.
Ce sont précisément ces conditions favorables dans lesquelles je me suis trouvé qui mont déterminé à essayer d'en tirer quelque avantage pour la science. J'ai cru qu'il pourrait être utile de mettre sous les yeux de ceux qui voudront à lavenir s'occuper de ce sujet les observations les plus curieuses dont j'ai pu suivre le résultat. Ce n'est donc pas un traité général de ce genre de blessures
que j'ai voulu faire : loin de moi , encore une fois , un aussi prétentieux projet; mais bien une espèce de programme, un simple répertoire de faits intéressans où pourront venir puiser ceux qui plus que moi confians dans leurs forces voudront faire ce que je n'ai osé entreprendre.
Ce ne sera pas non plus un recueil aride d'observations ; me bornant à détailler les faits qui , par leur particularité , me paraîtront sortir de la ligne commune, je réduirai les autres en propositions générales , qui serviront de texte à des dissertations, dont l'étendue sera en rapport avec l'importance du sujet.
Mais je dois dire qu'il ne marriverà pas de poser un principe , sans l'avoir moi-même discuté ; sans l'avoir, si je puis dire ainsi, retiré du creuset de l'expérience; sans pouvoir fournir à l'appui une somme imposante d'observations particulières et surtout exactes.
Convaincu par-dessus tout que lorsque l'on traite un sujet , quelles que soient d ailleurs son importance et son étendue, il faut toujours une méthode, un ordre systématique quelconque, qui aide la mémoire et favorise son exercice, en lui présentant par groupes naturels les lésions qui olfrenl un certain nombre de rapports, j'ai cru de-
voir sortir de la route commune , et j'ai essayé de régulariser un peu le désordre. Aussi , après avoir examiné en général la manière dont se comportent les projectiles lancés par la poudre à canon sur les différens tissus qui entrent dans la composition du corps humain , je les ai suivis dans leur trajet à travers les organes, en ayant soin toutefois de faire rentrer ceux-ci dans l'étendue des régions naturelles auxquelles ils correspondent.
En parlant des lésions du système nerveux, je n'ai pas voulu passer en revue toutes les théories brillantes et solides émises sur les fonctions de ces renllemens et basées sur les observations pathologiques, car alors j'aurais cité les Bouillaud, les Cruveilhier, lesLallement, les Serres, les Flourens, les Rostan et les Andral, qui, parleurs travaux et leur génie, ont éclairé ce point alors obscur de la pathologie et jeté une vive lumière sur les actes souvent impénétrables de ces organes merveilleusement disposés. MM. Pinel Grandchamp, Olivier d'Angers et Rolando ont enfin contribué à l'avancement de la pathologie du système nerveux. Je n'ai eu l'intention que de donner un exposé de ce qui a été soumis à mon observation. 11 sera facile de faire les applications.
Les journées de douloureuse mémoire des 5 et
6 juin dernier m'ont également Fourni plusieurs cas curieux ; j'aurai soin de les rapporter. L'hôpital Saint-Louis eut , en effet , le triste privilège de recevoir de ces malheureuses victimes de la fureur des partis plus qu'aucun autre hôpital de Paris. Les blessures ont été très-variées, mais généralement graves. Le tableau de frères égorgés par des frères était certes assez rembruni par lui-même, et pourtant le choléra a trouvé encore le moyen d'y ajouter une teinte et plus triste et plus sombre. A différentes reprises, pendant une courte période, rompant tout à coup l'espèce de trêve qu'il nous avait accordée, nous l'avons vu détruire nos espérances et emporter en peu dinstans des malheureux que nous avions déjà disputés avec succès à la balle et à ses redoutables effets. Voilà le secret de la forte proportion des pertes que nous avons eu la douleur d'éprouver relativement au nombre de nos blessés; c'est là la véritable cause à laquelle nous joindrons encore la pourriture d'hôpital, car nous avons eu à lutter contre elle. Il n'en faut pas davantage à un homme sensé et de bonne foi pour expliquer convenablement, au moins dans beaucoup de cas , l'insuccès de nos elïorts. Fallait-il , comme l'a fait un médecin que , par respect pour le corps, je veux bien ne pas
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nommer, par de perfides réticences, chercher à faire retomher sur les chirurgiens de l'hôpital auquel je suis attaché un résultat que leur zèle et leurs soins n avaient pu parvenir à conjurer ? N'était-ce pas assez pour eux d avoir épuisé inutilement toutes les ressources de l'art? fallait-il encore que l'on vint insulter à ce regret? A-t-il donc guéri beaucoup de cholériques , ce médecin à ressources extraordinaires , lui qui n'avait même pas à combattre des complications fâcheuses de blessures graves! Mais non — car sa science est Y oubli Av la vérité...
Je viens de parler du choléra , et je ne puis m'empècher de remercier ici publiquement tous ceux qui , pendant la cruelle atteinte que j'ai éprouvée de cette maladie , m'ont prodigué leurs soins, m'ont donné tant de preuves de leur amitié, et avant tout cette famille qui me sera toujours chère , et dans laquelle je suis heureux de compter un véritable ami , M. Plé , la bonne et excellente famille Guidée. Le souvenir de leurs tendres soins , de leur touchant intérêt, ne peut désormais s'éteindre qu'avec ma vie.
Je remercie aussi de leur sollicitude M. Riche rand, mon illustre maître, M. le professeur Alibert, M. le docteur Biett, mon ami, mon cher Alph. Ca-
zeiiave, et M. Jourdan , administrateur qui ma toujours témoigné une bienveillante et constante amitié , dont le souvenir sera éternel.
J'ai ajouté à la (m de ce livre un mémoire sur là cautérisation, dans lequel on trouve la description d'un nouveau spéculum dont j'ai pu constater les avantages. Mon ami , M. L. Cogniet , a bien voulu prêter son admirable crayon pour représenter cet Instrument. Je l'en remercie mille fois, et je saisis cette occasion pour lui olï'rir toute ma gratitude et l'assurer de mon inaltérable amitié.