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Depuis la découverte de la poudre a canon , on a eu a observer des plaies d'armes a feu de tous genres. Certes, assez d'accidens, assez de combats singuliers et de batailles sanglantes ont eu lieu depuis cette invention , a la fois utile et funeste, pour qu'il ait été facile de bien étudier sur l'homme les effets variés de ce nouvel agent destructeur, et d'apprécier d'une manière certaine la nature, la marche et le traitement de ses lésions : mais tel est l'esprit humain qu'il marche toujours avec lenteur, et ce n'est le plus souvent qu'après avoir mainte et mainte fois quitté et repris lechemin de l'erreur, qu'il rentre enfin dans la voie étroite de la vérité : c'est ce qui est arrivé pour le sujet qui va nous occuper.
Je n'eu finirais pas si je voulais énumérer toutes le s idées bizarres auxquelles il a donnélieu. Que d'explications ridicules ! Combien de suppositions gratuites n'ont-elles pas enrayé ses progrès ! Quels traitemens homicides ! Quel chaos ! Erreur dans la nature de la lésion , erreur dans ses effets , erreur dans
sa marche, erreur dans les moyens les plus convenables à lui opposer; quelques observations curieuses, quelques idées pratiques jetées ça et la comme par mégarde , voila le fruit de plusieurs siècles! Heureusement qu'au milieu de cette espèce d'imbroglio scientifique le hasard, toujours fidèle aux grandes découvertes, vint au secours de l'humanité : en effet, \m moyen barbare vient a manquer , on le remplace par un autre : il soulage, il guérit; dès-lors il est trouvé, tout est expliqué, et cela grâce au génie d'un grand homme qui reçoit la leçon, en devine la portée et sait la faire fructifier. Ce n'est donc qu'à' dater de l'ingénu et célèbre Ambroise Paré que de saines idées ont été émises sur les plaies d'armes à feu : la chirurgie moderne a fait le reste. Les chirurgiens français et étrangers, aune époque peu éloignée de nous, ont rivalisé de zèle et d'intelligence , et. la science, enrichie de leurs précieux travaux, semble enfin avoir atteint la borne au-delà de laquelle l'esprit humain ne parait plus pouvoir la porter.
Les plaies d'armes a feu tirent leur nom de la cause qui les produit; elles ne diffèrent , quoi qu'on en ait dit, des plaies contuses ordinaires, que par un plus haut degré de contusion qui est sur tout le trajet du projectile, et dans une profondeur variable , portée jusqu'à l'attrition , la désorganisation ; elles offrent du reste de nombreuses différences entre elles, tant sous le rapport de cette désorganisation elle-même que sous celui de leur siège, du nombre et de l'importance des parties intéressées , de leurs symptômes , de leurs terminaisons , de leurs nombreuses complications , et particulièrement du traitement qui leur convient le mieux, etc., etc.
Une plaie d'arme a feu peut être bornée a la peau ; c'est ce qu'on désigne sous le nom de plaie par balle morte ; nous en traiterons dans un article a part.
La description par région des plaies par armes a feu nous
offre certainemenlune marche naturelle qu'il est important de suivre, mais encore tout n'y serait pas compris- et pour rendre le cadre plus complet et plus simple, nous décrirons en autant de paragraphes spéciaux les lésions des systèmes nerveux, vasculaireet osseux; enfinles organes les plus importans seront aussi passés en revue , et nous nous étendrons particulièrement sur ceux qui ont été déjà pour nous l'occasion de travaux antérieurs, tels que ceux qui composent les appareils digestifs et gastro-urinaire, etc.
Avant d'entrer dans les spécialités que je viens d'indiquer, il ne sera peut-être pas inutile de donner une idée générale des instrumens qui produisent les lésions que j'ai a décrire tout naturellement; aussi je dirai quelques mots des différentes espèces déballes, de leurs formes diverses, des corps variés que quelquefois on leur substitue. C'est ainsi qu'il nous sera facile de détruire des préjugés en coréen crédit parmi les classes inférieures de la société, et de mieux apprécier certaines théories sur quelques phénomènes en apparence extraordinaires que présentent quelquefois les plaies d'armes a feu.
Donnons, avant tout, une idée générale de la manière dont, se comportent, à travers de nos tissus, les projectiles lancés par la poudre a canon .
Une balle vient frapper nos organes, tantôt en ligne directe, c'est quand elle ne rencontre pendant sa course rien qui puisse la faire dévier ; tantôt dans une direction oblique (ce qui importe peu du reste quant à la lésion elle-même), c'est lorsqu'elle a donné en route contre quelque corps qui a plus ou moins diminué sa vitesse, et qui l'a plus ou moins éloignée de la ligne qu'elle parcourait au point de départ : c'est ce qui constitue ce que tout le monde connaît sous le nom de mouvement par ricochet.
Une balle tirée horizontalement est facilement déviée ,
même par les corps ies moins capables de lui résister , lorsqu'elle approche du terme de sa course. Alors aussi la plaie qu'elle produit offre en général peu de gravité. Mais en est-il toujours ainsi, ou, pour mieux m' expliquer, peut-on dire que toujours la lésion produite par un projectile est plus forte quand ce projectile atteint la fin de la carrière que la poudre lui a fait parcourir? nullement, ou au moins la proposition présentée ainsi serait trop générale et laisserait en dehors d'elle une exception qu'il est pourtant utile de noter. Ainsi, par exemple , lorsqu'on tire un fusil en l'air et en ligne droite, comme l'a fait M. Barruel , chef des travaux chimiques a l'Ecole de Médecine , il arrive ce que tout le monde concevra a merveille : la balle ayant a combattre en même temps la résistance des couches atmosphériques et la force centripète qui tend continuellement a la rappeler vers la terre, doit nécessairement parcourir un espace moindre que si elle était lancée horizontalement. C'est en effet ce qui arrive , quoi que certains physiciens en aient pu dire ; mais ce n'est pas tout : au moment où le mouvement de projectile , consommé par les deux causes que je viens d'indiquer, cesse entièrement, une force nouvelle s'empare de la balle et la sollicite vers le centre de la terre , tout le monde le sait : le corps est alors sous l'empire de la gravitation. Or , comme les espaces parcourus croissent comme les carrés des temps employés a les parcourir, il pourra arriver que , si la balle a été lancée très-haut , elle soit douée , en revenant a la terre , d'un degré de force qui approchera de celui que l'instrument lui avait transmis , mais dans un sens précisément inverse. M. Barruel a remarqué, en effet, que la balle s'aplatissait , en tombant sur un corps résistant, autant et quelquefois plus que lorsqu'elle y arrive directement, poussée par la décharge de l'arme a feu. Il est donc possible qu'une plaie grave dépende de ce mode
(l'action , et pourtant on serait autorisé, a la rigueur, a ne pas appeler cela une plaie par arme a feu, puisque le corps vuluérant obéit alors a une force toute différente et entièrement opposée.
Lorsqu'une balle sort d'un fusil parfaitement cylindrique, et si sa surface est bien uniforme, bien lisse, elle suit, dans ce cas , une direction parfaitement droite ; que si , au contraire, elle offre des rugosités, des angles, alors elle marche rarement en ligne directe, et presque toujours elle exécute un mouvement de rotation sur elle-même , qui se continue même au milieu de nos tissus , qui par conséquent s'en trouvent plus violemment déchirés. Celles lancées par cette espèce de fusil connu sous le nom de tyrolienne en sortent en ligne droite, mais effilée et cylindrique, parce. qu'on a forcé leur introduction a coups de marteau ou de maillet.
Les projectiles lancés parla poudre a canon sont de forme et de nature différentes ; ce sont, suivant les cas, des chevrotines, des grains de plomb, des morceaux de fer ou de tout autre métal, des billes de marbre , des biscaïens, des boulets , divers corps étrangers que ces projectiles ont rencontrés et poussés devant eux.
Les balles, en arrivant a nos organes, éprouvent parfois de bien singuliers changemens de direction, suivant l'organe atteint, et aussi suivant la direction dans laquelle il a été frappé. Viennent-elles donner obliquement sur une partie élastique et polie, une aponévrose, un tendon, un cartilage, par exemple , eh bien ! toutes ces parties cèdent a leur effort , et répétant l'effet des billes de billard , les balles glissent, sont plus ou moins déviées de leur route, et parcourent des trajets tortueux et quelquefois directement opposés a ceux qu'elles avaient d'abord parcourus. Cela fera comprendre comment îi a pu se faire que des chirurgiens militaires aient vu desballe!»
a demi mortes qui, venant frapper en plein sur la face postérieure du tendon d'Achille , avaient été rejetées dans un sens diamétralement opposé par l'élasticité propre de ce tendon. Tous les tissus lisses qui jouissent en même temps d'une certaine élasticité peuvent, je le répèle, faire changer de route au projectile. Voici un exemple assez remarquable de ce genre de déviation. Lors de la révolution des trois jours, un homme fut apporté a la maison de santé : une balle l'avait frappé vers l'extrémité inférieure de l'abdomen. Au lieu de pénétrer dans cette cavité, elle fut réfléchie par les aponévroses des muscles larges ; elle changea de route, sillonna les parties molles qui se trouvent au-dessus des pubis , contourna le fémur et vint se placer en dehors de la cuisse , dans l'épaisseur du muscle vaste externe, au milieu duquel elle resta perdue. Les accidens inflammatoires qui survinrent furent violens : le long trajet parcouru par le projectile en donne assez raison. Une médication active, des antiphlogistiques sous toutes les formes parvinrent cependant a s'en rendre maîtres, et la plaie fut bientôt amenée a l'état de plaie simple. Lorsque l'engorgement énorme qui s'était manifesté eut tiré vers sa fin , quand la traînée douloureuse que le malade éprouvait vers la cuisse se fut affaiblie, et, quelques jours plus tard, eut entièrement disparu , alors le malade , en palpant sa cuisse, sentit au niveau de la partie moyenne du muscle vaste externe une petite tumeur qu'il appelait un calus, et qu'il était disposé a considérer comme ancienne. Cependant un examen attentif me fit bientôt reconnaître la véritable nature de ce prétendu calus; c'était la balle. Une incision fut faite, et le projectile fut bientôt entre nos mains. Il était noirâtre , recouvert par un simulacre de fausse membrane où l'on reconnaissait a peine quelques traces d'une organisation commençante , et l'une de ses faces était aplatie, en même temps qu'une partie de sa circonférence.
«tait rugueuse, chagrinée. Au bout de trois mois, la plaie d'entrée n'était pas encore cicatrisée, et elle ne le fut que lorsqu'un corps étranger, ressemblant beaucoup aune portion de tendon mortifié, eut été senti et extrait. La cicatrice fut adhérente et fortement déprimée a son centre.
Les balles , dit-on, se coupent quelquefois en deux quand elles viennent donner contre des angles osseux qui sont un peu saillans ; et à ce sujet on rapporte des cas où cette singulière particularité a eu lieu a. l'olécrane et a l'angle inférieur de la rotule. Le fait me paraît bien extraordinaire, car certainement la force nécessaire pour couper une balle en deux est bien plus que suffisante pour traverser et briser l'os a qui on fait jouer un rôle aussi peu probable. Mais des auteurs recommandables garantissent le fait, et comme un peuple foi ne gâte rien, je veux bien l'accepter.
Quand une balle est inégale, elle peut couper les tissus ; mais ce n'est pas le seul effet que peuvent lui faire produire ces inégalités : il peut arriver en effet (c'est même assez commun), que le projectile, déjà affaibli dans son impulsion lorsque ses aspérités s'engagent au milieu des parties molles qui offrent cependant un certain degré de résistance , finisse par exécuter dans divers sens un mouvement de rotation sur luimême, qui suffit pour rendre compte des vastes excavations que , sans cela , on aurait bien de la peine à s'expliquer. Ce n'est pas tout encore : voyez plutôt ce qui se passe autour des cavités , des articulations, etc. Ici la balle contourne en partie un point donné du corps ; la c'est un demi-cercle ; plus loin c'est un cercle entier qu'elle décrit, tel cet exemple curieux observé par Hermen : une balle pénètre au-dessous du cartilage thyroïde, elle plonge dans la profondeur de cette îegion, contourne le col, et vient ressortit- aupoint par où elle avait pénétré !
En thèse générale, le désordre produit par un projeetile est en raison de la force d'impulsion dont il est animé et delà résistance que lui opposent les parties qu'il traverse. Cependant il y a quelques exceptions : si , en effet , la vitesse a laquelle il obéit est extrême , et si , en même temps , la substance contre laquelle il vient donner est peu résistante, il peut la perforer sans produire de ces éclats qui entraînent toujours après eux de graves dangers , tandis que le dégât serait plus considérable , si cette vitesse était moindre. Ceci s'explique par l'exemple d'un coup de fusil tiré sur une lame de verre : s'il est bien chargé, la balle traverse ce verre en ne lui faisant qu'un simple trou; dans le cas contraire, elle le réduit en débris nombreux. C'est par la même raison qu'on a vu souvent un os , même qfcscz volumineux, être rompu ainsi sans esquille aucune. Cette particularité, dit M. Boyer, est arrivée au général Rapp : il eut l'humérus fracturé, et cela a la manière des fractures simples : rien de varié, du reste, comme le mode d'action des balles sur les os. Ici l'os est simplement perforé ; la il est creusé d'une excavation qui loge le projectile : chez l'un il est simplement écorné ; chez l'autre, au contraire, il est comme moulu et réduit en innombrables esquilles. Enfin nous ne ferons qu'indiquer ici que c'est surtout dans ce genre de plaies qu'on observe le plus souvent les fractures longitudinales des os longs, ainsi que l'ont remarqué, en iSiA, Guthrie et Sam. Cooper, et que si M. Campaignac n'avait levé tout doute a cet égard , l'observation de quelques fractures par les balles n'aurait plus permis de contestation sur ce point. Nous reviendrons plus tard sur ce genre de blessures.