‹ Plaies d'armes à feu; mémoire sur la cautérisation et description d'un spéculum à basculeChapitre 28 sur 29 · AU · texte numérisé non relu

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cessèrent leurs fonctions, les membres supérieurs et inférieurs ne tardèrent pas a être entrepris avec une lenteur peu commune; mais bientôt des symptômes mortels se développèrent avec rapidité. Ces prolongemens du tronc ne se mouvaient plus et ne sentaient plus, excepté la peau de la plante des pieds, qui fut toujours sensible aux attouchemens ; tandis que celle de la jambe et de la cuisse ne jouissait plus de cette propriété si utile à notre conservation. Pendant l'excitation de la plante des pieds, le membre se retirait vers le tronc comme les tentacules du limaçon reviennent sur elles-mêmes par un excitant quelconque. Ce retrait n'était pas celui delà volonté, car le malade ne pouvait le produire par sa seule pensée.

Les voies urinaires et digestives devinrent de plus en plus malades , la respiration s'embarrassa , la face s'injecta en sang veineux, et cette chaleur dont jouissent tous les corps vivans diminua graduellement presque a dater du commencement de la maladie. Les tégumens étaient glacés. Malgré l'absence de sensibilité, malgré l'absence delà chaleur, malgré l'absence du mouvement, il existait dans les membres des douleurs vives et insupportables semblables a celles que produiraient des chocs électriques. M. de FI** avait tout son esprit et toute son intelligence, parce que le cerveau était intact. Dans la moelle existait donc le désordre, aussi appliquai-je le feu le long de la colonne vertébrale : cette ustion fut peu utile, et ce malade succomba, asphyxié par l'altération de la moelle épinière cervicale. L'autopsie fut faite avec soin , et nous éclaira tout-a-fait sur la nature de la maladie : la muqueuse digestive était rouge , la muqueuse pulmonaire injectée en sang veineux, et les poumons gonflés par ce liquide. Les lames des vertèbres enlevées , la dure-mère rachidienne ouverte . j'aperçus dans la région cervicale une tumeur du volume d'un œuf de pigeon, développée dans l'épaisseur même de la

moelle, qu'elle avait détruite complètement. Elle était enveloppée par les restes de la membrane propre de la moelle et de la pie-mère rachidienne ; sans ecs restes de membrane, il y aurait eu interruption dans le prolongement rachidien.

Les organes génitaux présentaient des fistules aboutissant aux testicules qui contenaient des tubercules de la nature de celui rencontré dans le canal vertébral. Ce dernier tubercule blanc, fusiforme, n'avait pas encore subi le ramollissement et offrait beaucoup de dureté.

Cette altération pathologique explique on ne peut mieux le rhumatisme lombaire et dorsal, la paralysie du rectum et de la vessie , la mort par asphyxie , l'abaissement de la température du corps , faits qui démontrent combien le système nerveux a d'influence sur la chaleur, et enfin l'absence du mouvement et du sentiment. Mais comment expliquer cette sensibilité excessive de la plante des pieds par les irritans, et cette perte de sentiment de la peau de la jambe et des cuisses par des piqûres? C'est que le fluide chargé de porterie sentiment et le mouvement ne fait que parcourir les cordons nerveux de la cuisse et de la jambe, et qu'à la plante des pieds et des mains il s'y accumule , ce qui donne par conséquent l'explication de ces phénomènes, c' est-a-dire de l'absence de la sensibilité dans le premier cas et de la persistance des restes de cette faculté commune a tous les êtres vivans dans le second.

De la brûlure contre les paralysies locales. — Il est de ces paralysies purement locales qui dépendent de l'atrophie complète d'un muscle ; aussi n'avons-nous aucunement obtenu le rétablissement des mouvemens volontaires : si les effets de la brûlure n'ont pas été toujours suivis de la guérison , au moins il v a eu une amélioration sensible chez les uns, et l'action du feu a été efficace chez les autres.

Cette atrophie musculaire est fréquente a Ja suite des rhumatismes, d'où il résulte une grande gêne ou absence dans les mouvemens. D'autres fois, cette paralysie reconnaît pour cause une action rhumatismale sur les nerfs. Dans ce dernier cas, il y a insensibilité a la peau, perte de mouvement, ce qui suppose interruption complète de l'influence nerveuse sur la libre motrice. Ne sait-on pas en effet que, pour qu'il y ait mouvement, il faut intégrité du muscle et libre pouvoir des nerfs? car, sans innervation, point de mouvement. Comme nous le dirons, il suffit, pour guérir, de rétablir le courant nerveux par une forte excitation a la peau.

Il est vrai que l'inflammation du nerf, au lieu de douleur , produit quelquefois la paralysie. C'est ce que nous avons observé sur un homme qui avait reçu un coup de couteau suivant le trajet du nerf radial. Une paralysie de la couche postérieure des muscles de l'ayant-bras survint; le pus ayant fusé le long de ce cordon nerveux, l'inflammation s'en était emparée. Il y avait tout a la fois, chez cet homme, perte de sen sibilité et de mouvement, et, par conséquent, absence volontaire de pronation et de supination. La sensibilité seule a reparu par des frictions irritantes et ammoniacales.

Roycr, polisseur d'acier, âgé de quarante-six ans, entre à l'hôpital Saint-Louis pour s'y faire soigner d'une paralysie des deux avant-bras, qu'il ne pouvait ni étendre, ni fléchir, ni porter dans aucun sens.

Depuis six mois il était dans cet état d'insensibilité et d'absence de mouvemens. Ce malade habitait un lieu bien aéré , et rien ne pouvait faire croire a l'existence d'un rhumatisme déterminé par l'humidité.

Cette infirmité m'engagea a irriter la peau avec le cautère actuel, et j'obtins un succès presque complet. Le 20 novembre, un fer rouge fut promené sur toute la surface postérieur*

des deux avant-bras ; des compresses trempées dans l'eau furent appliquées sur les brûlures. Tonte douleur avait cessé le deuxième ou le troisième jour. Ce malade put exécuter quelques mouvemens ; ils ne furent pas également faciles dans les deux membres. La pronation et la supination reparurent, et aujourd'hui, 10 décembre, époque où les brûlures sont guéries, la sensibilité de la peau, le mouvement, et même l'extension des doigts, sont revenus; mais la main ne peut encore être étendue très-facilement sur l' avant-bras.

Un homme , qui avait une paralysie des muscles extenseurs des orteils , fut cautérisé une première fois le long de la face dorsale du pied. L'amélioration fut assez évidente. Il sortit de l'hôpital; mais il rentra bientôt, a cause de la difficulté qu'il éprouvait dans la marche , par le défaut d'équilibre entre les muscles extenseurs et fléchisseurs. Cette seconde fois je promenai un fer rouge le long de la partie antérieure de la jambe. Dans quelques points, la peau fut entièrement détruite, et dans d'autres , l'épiderme seulement intéressé. Les mouvemens, quoique très-incomplets, sont pourtant plus faciles qu'avant la cautérisation transcurrenle. J'espère que de jour en jour ils deviendront plus aisés.

A la suite de douleurs névralgiques dans les membres, les muscles quelquefois s'atrophient ; de la une faiblesse qui peut disparaître par la cautérisation.

L'observation suivante en est un exemple.

Le nommé Vieilles-Caze (Gabriel), âgé de vingt-sept ans , facteur de la poste aux lettres, d'une constitution faible et d'un tempérament bilieux , ressentît, au mois de juin dernier, de La lassitude, dés douleurs sourdes dans le pied gauche; les mouvemens de l'articulation tibio-tarsienne devinrent difficiles et incertains. Peu a peu la douleur gagna la jambe, le genoti , où elle devint assez intense pour forcer le malade

d'interrompre son état et de garder le repos. Des frictions avec l'alcali volatil furent ordonnées, et on appliqua des vésicatoires sur les articulations du pied et du genou. Après huit jours de leur usage, aucune amélioration n'existant, le malade se décida a entrer a l'hôpital Saint-Louis le 9 septembre 1 85 1 .

Le pied ne présente ni rougeur ni gonflement ; le malade nous fait un long détail de ce qu'il éprouve. Les heureux effets que nous avons déjà obtenus du cautère actuel nous engagent a l'employer.

Le 14, un fer rougi a blanc est promené autour de l'articulation du genou. Le malade est mis a l'usage d'une tisane laxative et au repos absolu. Le lendemain, il se réjouit de ne plus éprouver ses anciennes douleurs , et ne parle que de celles produites par la brûlure. Les premières n'ont point reparu depuis ce moment ; la faiblesse est diminuée, le membre a repris de la force , et le malade peut actuellement ( 10 octobre) marcher avec facilité. Les excoriations produites parla cautérisation sont presque cicatrisées.

Le 19 décembre 1 851 , le nommé Duthoit (César) , âgé de trente-deux ans, d'un tempérament bilioso-nerveux, fut admis dans la salle Saint-Augustin, pour y être traité d'une, faiblesse de la jambe droite, avec douleurs intermittentes.

Dans les journées de juillet, ce malade reçut un coup de crosse de fusil sur la grande échancrure sciatique. Quelques jours passés a l'hôpital de la Pitié suffirent pour le guérir de celte forte contusion ; néanmoins le membre abdominal droit ne reprit pas sa première force.

Au commencement de septembre 1 850 , Duthoit devient militaire et fait partie du cinquième régiment de dragons. Obligé de faire l'exercice a cheval, il s'aperçut, quelque temps après , que toutes les fois qu'il s'appuyait fortement sur

rétrier, des douleurs assez a ives se faisaient sentir dans la jambe et la cuisse droites ; leur violence augmentait à chaque exercice un peu forcé. Des soins lui furent donnés a l'hôpital de Maubeuge, et a la revue de l'inspecteur il fut mis a la réforme. On lui accorda d'aller passer quelque temps aux eaux de Barèges , où il resta pendant les mois de juin et juillet. Les douleurs se calmèrent, mais la jambe droite resta dans le même état. Le pied était porté en dedans avec une telle force qu'il y avait un commencement de luxation.

M. Rieherand ayant reconnu une faiblesse des péroniers latéraux, conseilla a cet homme quelques raies de feu sur leur trajet. M. Rieherand exécuta lui-même cette opération. Trois jours après il redressait le pied.

Mon intention n'est point de faire l'histoire des tumeurs blanches; je renvoie au travail de Brodie et a la Nosographie de mon maître, M. le professeur Rieherand, auquel il m'est si doux de témoigner publiquement ma reconnaissance.

Les tumeurs blanches, maladies si variées par les altérations pathologiques qui y donnent lieu, sont sans cesse, par leur fréquence, soumises a l'observation du chirurgien. Sans aucun doute , l'altération la plus fréquente qui les produit et les entretient sont les changemens morbides qu'éprouve la membrane synoviale des articulations. Telle est l'influence fâcheuse qu'entraîne l'inflammation de cette membrane sur les parties environnantes, que bientôt l'irritation se communique aux tissus environnans, ce qui faitque l'articulation augmente en volume, tant par le liquide accumulé dans son intérieur que par celui qui est exhalé dans les tissus environnans.

Cette membrane synoviale enflammée, le plus ordinairement très-douloureuse, perd sa cohésion, se déchire parles plus petits mouvemens ou par le simple effort du pus, qui bientôt fuse au travers du tissu cellulaire et de la peau , qui

est dans cet endroit amincie et violacée. Si un stylet est introduit par cette ouverture fistuleuse , on lui fait quelquefois parcourir un trajet considérable, a cause de la voie étendue de la fistule.

Cette inflammation de la synoviale enlève le poli des surfaces articulaires et diminue les mou vemens. Ceux-ci finissent même par devenir tout-a-fait impossibles, lorsque les tissus extérieurs a l'articulation se gonflent et s'enflamment, de telle sorte que les ligamens sont distendus, et ne peuvent plus se prêter a l'extension et a la flexion.

Aussitôt que l'inflammation diminue, les liquides déposés dans l'intérieur ou autour de l'articulation sont résorbés ; aussi la distension des ligamens cesse-t-elle , et les mouvemens reparaissent-ils. Par conséquent, une fois que l'inflammation de la synoviale est éteinte, lors même qu'il existe des adhérences filamenteuses , les mouvemens sont en partie conservés, les ligamens ayant repris leur premier état, et les tendons pouvant aisément glisser dans leurs gaines.

Ainsi, toute distension forcée des ligamens par des liquides entraîne presque l'absence momentenée du mouvement , surtout lorsqu'elle est portée très -loin.

Tout ce qui peut éteindre l'inflammation, favoriser la résorption des liquides, a pour résultat le retour des mouvemens et la disparition du gonflement.

Je ne veux point parler du traitement antiphlogistique, si utile dans la période aiguë, non plus que des nombreux moyens conseillés contre les tumeurs blanches, me bornant à décrire longuement un remède énergique, l'application du feu.

Rien n'anéantit aussi bien la douleur, rien ne détruit une irritation profondément placée, rien ne favorise la résorption des liquides comme le feu ; rien enfin n'est aussi favorable au retour des mouvemens.

L'art vétérinaire a tiré un grand parti de cet agent puissant sur les chevaux dans les maladies articulaires, qui ne sont au demeurant que des tumeurs blanches.

Les animaux qui ont été brûlés conservent des traces indélébiles , affectent des formes différentes et qui, le plus ordinairement, suivent la longueur de l'articulation1. Les nombreux succès obtenus sur ces quadrupèdes ont dû éclairer le chirurgien, et lui faire apprécier toute la puissance de la cautérisation.

Je rapporterai d'abord des observations de tumeurs blanches sans fistules.

Première observation. Le nommé Bourdier, clerc de notaire, vint à l'hôpital Saint-Louis pour y être traité d'une tumeur blanche du genou gauche, avec gonflement énorme de cette articulation et impossibilité de la fléchir.

Ce jeune homme, âgé de dix-neuf ans, fut atteint d'un rhumatisme qui le fit cruellement souffrir. Depuis cette époque, l'articulation fémoro-libiale gauche est restée volumineuse, et, malgré les moyens employés par les médecins de son pays, il ne pouvait étendre et fléchir complètement la jambe.

A son entrée a l'hôpital, l'articulation était très-volumineuse et peu douloureuse a la pression. Trois jours après son entrée a l'hôpital, je cautérisai la surface de l'articulation avec un fer rougi a blanc. Ce malade avoua que la violence de la douleur n'avait pas été proportionnée a l'effroi que lui avait causé la vue d'un pareil remède. Deux jours après, les douleurs et la tuméfaction résultant de la brûlure avaient diminué et disparu entièrement; les mouvemens devinrent de plus en plus faciles , et aujourd'hui (14- décembre), a la grande satisfaction de Bourdier, la flexion delà jambe gauche

s'exécute presque aussi complètement qu'avant la maladie , et même sans douleur.

Deuxième observation. Ribouleau , âgé de vingt-cinq ans, bijoutier, fut admis a l'hôpital Saint-Louis pour y être traite d'une tumeur blanche de l'articulation tibio-fémorale gauche.

Il fut traite à l'Hôtel-Dieu pour des douleurs rhumatismales qui le faisaient souffrir depuis onze ans. Des vésicatoires et des moxas furent appliqués sur l'articulation malade; ils produisirent du soulagement, mais de la raideur et du gonflement persistèrent dans les mouvemens.

Le gonflement de cette articulation a beaucoup augmenté depuis six mois. Ribouleau, à son entrée a Saint-Louis, ne pouvait étendre ni fléchir la jambe sur la cuisse.

Le 23 novembre, deux jours après son entrée, j'ai cautérisé la surface du genou , tantôt en effleurant avec le fer la peau , tantôt en la désorganisant dans toute son épaisseur, et quelquefois dans une partie seulement.

Le malade souffrit beaucoup de la cautérisation , c'est pourquoi l'articulation fut immédiatement recouverte de compresses imbibées d'eau froide. Le lendemain , les douleurs avaient complètement disparu, et la tuméfaction a fini par diminuer de jour en jour; aussi cet homme a-t-il pu étendre la jambe davantage.

Ainsi donc , a mesure que la suppuration diminuera , que la raideur inséparable d'une brûlure étendue s'évanouira , et que la tuméfaction n'existera plus, on verra bientôt les mouvemens revenir.

Troisième observation. Jouberl ( J.-B. ) , âgé de seize ans, d'une stature élevée, d'une constitution en apparence bonne, a teint clair, coloré, cheveux châtains, entra a l'hôpital Saint-

Louis, le là novembre 1851, pour y être traite d'une tumeur blanche , ayant son siège a l'articulation du poignet droit.

Il y a environ six mois que ce jeune homme, en prenant une leçon d'équitation , se força le poignet droit en tombant sur la selle. La tuméfaction, la douleur, la difficulté dans les mouvemens, ne tardèrent pas a se manifester avec tous les autres signes caractéristiques des tumeurs blanches.

Traitée d'abord par une trop faible application de sangsues, la maladie prit un nouveau degré d'intensité. Deux vésicatoires volans, appliqués sur le siège du mal, parurent apporter une amélioration prompte, mais de peu de durée, ce qui l'engagea a entrer a l'hôpital.

A son entrée a Saint-Louis, Joubert présentait , au niveau de l'articulation radio-carpienne droite , une tumeur molle , pâteuse , paraissant formée aux dépens des trousseaux fibreux de rarticulation et des parties environnantes. Les doigts effilés, sensiblement amaigris, sont tenus dans une extension forcée ; les mouvemens de flexion ne peuvent s'exécuter sans le secours de la main opposée ; les régions carpiennes anté rieure et postérieure sont déformées par une tuméfaction pâteuse ; du reste la santé générale paraît bonne.

Le 15 novembre, un cautère rougi a blanc est promené en serpentant sur les parties postérieure, antérieure et latérales du poignet malade. Le 22, les plaies, a la suite de la cautérisation, sont a peu près cicatrisées, et déjà on peut voir que les mouvemens volontaires de flexion et d'extension sont plus faciles et plus étendus. Le 28, les mouvemens ont encore sensiblement gagné. Une nouvelle cautérisation est jugée nécessaire au niveau des ligamens latéraux, qui paraissent le siège principal de l'hypertrophie. Cette nouvelle cautérisation a été douloureuse, mais les mouvemens sont devenus plus aisés,

plus étendus, et plus tard ils seront probablement aussi faciles que précédemment.

Les trois observations suivantes prouveront jusqu'à quel point le cautère actuel peut être utile dans les tumeurs blanches.

Première observation. Jeanne-Marie Noël , bonne d'enfans, âgée de dix -neuf ans, s'aperçut, dans les premiers jours de février 1851, d'un léger gonflement autour de l'articulation du coude du bras droit ; des douleurs se firent bientôt sentir dans cette région ; l'avant-bras et la main s'engourdirent, et la malade pouvait cependant s'en servir. Un mois après, 15 sangsues furent appliquées sans aucun effet autour de l'articulation; alors elle entra a l'Hôtel-Dieu. Dans l'espace de huit jours, on lui fit appliquer environ cent sangsues et des cataplasmes émolliens ; le gonflement éprouva une diminution sensible. On fit faire des frictions mercurielles , qui furent continuées pendant huit jours. Une violente inflammation se déclara; le gonflement devint considérable, et s'étendit a la main et aux doigts. Les douleurs étaient intolérables; l'avant-bras et la main ne pouvaient exécuter aucun mouvement. On cessa les frictions , et des moxas furent appliques autour du coude. Enfin la malade fut reçue a l'hôpital Saint- Louis le 7 août. Elle se trouvait dans l'état suivant :

L'articulation du coude est le siège d'un gonflement considérable, borné a cette partie , où de vives douleurs se font sentir; l'avant-bras est à demi fléchi , et ne peut être redressé ni exécuter de mouvement. Si l'on soulève l'avant-bras, la main reste fléchie; le sentiment est presque nul, de telle sorte que la malade ne peut distinguer quel est le doigt pincé.

Des bains sulfureux sont ordonnés et continués plusieurs jours sans aucun résultat satisfaisant.

Le 12 août, je promène autour de l'articulation un cautère rougi a blanc ; immédiatement après, on y applique des compresses trempées dans l'eau froide. Le 15, la malade n'éprouve plus que les douleurs de la brûlure. Le 14, l'inflammation est vive. (Saignée de trois palettes.) Les jours suivans, les douleurs causées par la brûlure se calment peu a peu; l'inflammation perd de son intensité, et le gonflement diminue. Le 25 , l'avant-bras peut être redressé, la main et les doigts exécutent des mouvemens étendus de flexion et d'extension , et les objets sont saisis et serrés par l'extrémité digitiforme du membre. Le sentiment est revenu; la malade sent lemoindre attouchement et distingue parfaitement quel est celui des doigts qu'on pince , et chaque jour on a pu apprécier un nouveau progrèsvers la guérison.

Deuxième observation. Esther Bassery , âgée de vingt ans, d'une bonne constitution , régulièrement menstruée, éprouva, il y a environ huit mois, dans le poignet droit, des douleurs continues, lancinantes, plus vives la nuit que le jour; le malin , la main était engourdie. Des cataplasmes émolliens et des bains locaux furent employés sans succès. Elle entra a l'hôpital de la Charité, où on lui fit d'abord appliquer un vésicatoire à la partie postérieure du poignet , et ensuite deux moxas autour de cette articulation. Les douleurs restèrent stationnaires, mais le mouvement disparut entièrement, et un gonflement considérable s'empara de l'avant-bras et de la main.

Esther Bassery est entrée à l'hôpital Saint-Louis le 17 août 1831. Un gonflement œdémateux considérable occupait l'avant-bras, et surtout la main. Celle-ci ne pouvait exécuter aucun mouvement, puisqu'elle demeurait dans la flexion lorsqu'elle n'était pas soutenue pendant que l'avant-bras

était élevé horizontalement. Les mouvemens de latéralité qu'on peut faire exécuter a l'articulation sont si étendus, que la carie des os est a craindre. A ce symptôme on peut joindre la douleur fixe et continue qui s'y fait sentir, et qui est augmentée par la pression exercée sur les côtés de l'articulation.

Le 20, un cautère rougi a blanc est promené a la surface de la peau, tout autour de l'articulation. La brûlure est couverte de compresses imbibées d'eau froide. Le 21 , la malade déclare ne sentir que faiblement les premières douleurs. Le 22 , l'œdème est un peu diminué ; la main exécute de légers mouvemens ; les jours suivans , l'amélioration continue. Le 26, un boursoufflement s'aperçoit sur le dos du poignet. Le 28, un érysipèle s'est déclaré sur l'avant-brs et la main malades; il semble s'étendre jusqu'à la partie supérieure du bras. Il est combattu avec succès par le traitement ordinaire. Le 9 novembre, les mouvemens deviennent plus libres, moins douloureux, et tout semble annoncer une guérison prochaine. Cependant, dans la nuit du 24 au 25 novembre , la malade est éveillée par des douleurs de l'articulation. Des cataplasmes laudanisés sont appliqués ; quelques jours après, elles ont disparu entièrement.

Troisième observation. Constance M***, âgée de trente ans, jouissant habituellement d'une bonne santé , éprouva , le 15 juillet 1 831 , des douleurs très-aiguës dans l'articulation du poignet droit. La nuit suivante, elles prirent un nouveau degré d'intensité. Quinze sangsues furent appliquées autour de l'articulation, mais ne produisirent point d'amélioration. Tout mouvement cessa bientôt dans la main et les doigts ; un gonflement considérable s'empara subitement de toute cette extrémité jusqu'au-dessus du coude. On eut recours à de non-

velles applications de sangsues, qui n'eurent pas un meilleur résultat. Enfin la malade entra a l'hôpital Saint-Louis le 26 septembre 1851 .

Le gonflement s'étend depuis les doigts jusqu'au tiers inférieur du bras droit ; il est surtout prononcé au niveau de l'articulation radio-carpienne, qui est raide et ne peut se prêter a aucun mouvement de flexion ou d'extension ; les appendices digitiformes sont tenus dans une extension permanente. Toutes ces parties sont le siège de douleurs continues. Les succès que j'ai déjà obtenus de la cautérisation m'engagent à appliquer ici ce moyen.

Le 27, je trace avec le fer rouge des lignes longitudinales autour de l'articulation malade, et immédiatement après je fais couvrir les brûlures de compresses trempées dans l'eau froide. Le 28 , la malade assure ne sentir que de très-faibles douleurs ; celles de la brûlure sont vives ; le gonflement est bien plus grand qu'avant l'opération. On panse avec un linge enduit de cérat laudanisé et recouvert d'un cataplasme.

Pendant quelques jours , la tuméfaction reste à peu près la même; mais bientôt elle diminue sensiblement. La brûlure se cicatrise , et les anciennes douleurs disparaissent ; le poignet est cependant encore sensible à la pression. Le 15 octobre, les mouvemens sont libres dans les doigts et gênés dans le poignet; l'œdème n'a pas encore disparu; un bandage roulé est appliqué sur l' avant-bras et la main. Le 24, le bandage a produit un peu de diminution de l'infiltration ; j'en fais cesser l'application et je prescris des douches de vapeur. Le 8 novembre, la malade a quitté l'hôpital ; elle n'éprouve plus de douleur, les mouvemens des doigts sont faciles, et le poignet conserve de la raideur ; l'œdème est entièrement dissipé ; il reparaît un peu le soir, lorsque la malade est restée long-temps levée.

Je me bornerai a rapporter quelques cas de tumeurs blanches avec fistules où ce puissant moyen thérapeutique , encore peu connu , a cause de l'oubli dans lequel il a été plongé par l'effroi qu'il inspire , a produit cependant des changemens heureux dans ces sortes de maladies compliquées.

Renault (Charles), âgé de dix-huit ans, d'un tempérament athlétique, a été atteint, dans son enfance, de tubercules cervicaux et inguinaux.

Il y a deux ans et demi, Renault vit sa jambe gauche devenir douloureuse et acquérir, sans cause appréciable, un volume inaccoutumé. Le gonflement, combattu par plusieurs applications de sangsues , par les topiques émolliens , les vésicatoires volans , le repos absolu , n'en continua pas moins a augmenter, mais d'une manière lente.

Après deux ans d'un traitement inutile , Renault entra a l'hôpital Saint-Louis le 16 mai 1851 . Il présentait a la jambe un énorme gonflement, très-douloureux a la pression , et compliqué de quatre fistules, suite d'autant de petits abcès froids. Traite par les frictions avec l'hydriodate de potasse , par les infusions amères, le sirop antiscorbu tique et les bains sulfureux , le malade vit la tuméfaction diminuer lentement ; trois de ces fistules s'oblitérèrent, après avoir été touchées avec le nitrate acide de mercure. Néanmoins, dans les derniers jours de novembre, la jambe était encore beaucoup plus volumineuse que la droite, et surtout très-douloureuse à la pression .

Une si grande résistance aux tiaitemens essayés inutilement me décida a tenter la cautérisation , le 28 novembre. Le 29, Renault m'assura ne plus rien éprouver de ses anciennes douleurs, et le 4- décembre elles n'ont point reparu. Il était difficile de dire alors si les parties tuméfiées avaient diminué de volume; depuis , les plaies se sont cicatrisées, le

malade se trouve beaucoup mieux ; ce qui nous annonce déjà une heureuse modification clans les tissus.

La nommée Jably, âgée de quinze ans , d'une constitution faible et peu développée, non encore réglée, est entrée a l'hôpital Saint-Louis, le 28 juin 1851, pour s'y faire traiter d'une tumeur blanche du genou droit. Elle nous a fourni les renseignemens suivans : dans le commencement du mois d'avril , cette jeune fille ressentit , a la suite d'un coup , de vives douleurs dans le genou, qui augmenta progressivement de volume. Plusieurs applications de sangsues n'apportèrent aucun soulagement ; au contraire , la tuméfaction ne fit que s'accroître de plus en plus. La malade n'a pu nous dire à quoi avait donné issue une ponction faite avec la pointe d'une lancette a la partie interne de l'articulation fémoro-tibiale.

L'intensité des douleurs ne fit qu'augmenter, malgré des vésicatoires volans appliqués autour du genou. Voyant l'insuffisance de ces moyens , les parens de la jeune Jably se décidèrent a la faire entrer a l'hôpital Saint-Louis. Le genou était alors très-volumineux ; des douleurs vives et continues s'y faisaient sentir ; aussi cette malade ne jouissait plus des douceurs du sommeil, les plus légers mouvemens exaspéraient ses souffrances, et lui faisaient pousser pendant le pansement des cris aigus; elle redoutait ce moment, et le regardait comme terrible, malgré les précautions les plus minutieuses.

Les huit ou dix premiers jours de son entrée à l'hôpital, on appliqua seulement des cataplasmes arrosés de laudanum. Les douleurs étant toujours les mêmes , je mis en usage la cautérisation transcurrente. La malade souffrit beaucoup les jours qui suivirent cette opération, et il survint un ërysipèle qui s'étendit du genou à la jambe et a une partie de la cuisse ; il fut combattu par des cataplasmes émolliens et l'application

de compresses trempées dans l'eau de sureau. Cet accident, d'ailleurs léger, se calma en peu de jours, et les douleurs profondes et anciennes ne se firent plus sentir. Le genou diminua bientôt de volume , et les mouvemens de l'articulation devinrent possibles et purent être exécutés sans douleur.

Le \ 8 août , Jably ne ressent aucune douleur ; elle demande la permission de se lever et de marcher. Les mouvemens de l'articulation sont libres, non douloureux, et assez étendus ; cependant il reste encore du gonflement ; les extrémités osseuses du fémur et du tibia , qui concourent a former cette articulation, sont plus volumineuses que celles du membre opposé. La rotule, quoique très-mobile , est portée a la partie interne du genou ; elle est en rapport avec le condyle correspondant du fémur. La ponction que nous avons dit avoir été pratiquée était convertie, lors de l'entrée de Jably à l'hôpital, eu un trajet fistuleux qui s'est rétréci avec lenteur, et qui paraît sur le point de se cicatriser entièrement.

Depuis, j'ai eu l'occasion de cautériser une jeune fille qui avait une tumeur blanche de l'articulation féinoro-tibiale, avec fistule et gonflement considérable. Il y a eu une amélioration sensible et prompte.

Chez un homme qui a un raccourcissement du membre abdominal gauche, suite d'une usure probable de la tête du fémur, j'ai cautérisé tout le pourtour de l'articulation ilio-fémorale, et les douleurs intolérables qu'éprouvait ce jeune homme ont disparu comme par enchantement.

Le col de la matrice n'a pas été lui-même a l'abri du fer ronge. J'ai brûlé, avec un fer rougi a blanc, une ulcéraration non cancéreuse assez profonde. La malade n'a senti qu'un peu de chaleur, et la douleur a été presque nulle. Plusieurs jours après, l'escarhie est tombée , et la cicatrice n'avançant qu'avec lenteur, a cause de la densité du tissu, j'ai

été forcé de cautériser de nouveau avec du nitrate acide de mercure.

MM. le professeur Bon illaud, Biett et Emey, observateurs habiles, ont bien voulu assister a cette opération et a plusieurs amputations.

Un ulcère qui occupait toute la lèvre inférieure, regardé comme cancéreux , et qui n'était que de la nature de ceux qui résistent a tous les moyens, a cause du peu de vitalité du sujet et de la vicieuse nutrition des parties malades , a complètement guéri par la cautérisation transcurrente.

Je me résume par les propositions suivantes :

I ° La cautéritation détruit d'une manière radicale les névralgies, ou amène de grands soulagemens quand elles dépendent de tumeurs développées sur les nerfs , ou de maladies des os.

2° Comme il est prouvé par les exemples précédens , la cautérisation anéantit les douleurs dans les luxations spontanées du fémur.

5° Elle change la vitalité des ulcères, favorise et amène une prompte cicatrisation.

4° Dans les tumeurs blanches, elle active l'absorption des liquides, diminue le gonflement, et rétablit les mouvemens complètement ou incomplètement.

5° Dans tous les cas où je l'ai employée , elle a supprimé la douleur.

6° Le cautère actuel est plus effrayant que douloureux, puisque plusieurs malades ont demandé une seconde cautérisation.

7° La douleur et les congestions cérébrales ont été avantageusement combattues par la cautérisation.

8° Les douleurs de la brûlure ont cessé peu de temps après la cautérisation , comme deux ou trois heures, et rarement plus tard, excepté toutefois celles qui sont inséparables d'une inflammation suppurante, quand on a profondément désorganisé la peau.

9° Après la cautérisation transcurrente , la cicatrice est superficielle , rouge d'abord , puis blanche ; elle est peu marquée.

10° La cicatrice n'est jamais, par le cautère actuel, aussi prononcée que par l'action lente et profonde du moxa.

M0 Certaines névroses des voies digestives et des organes génitaux ont fui et disparu devant le cautère actuel.

Un homme , employé au théâtre de Franconi , en proie a de vives douleurs qui partaient du cou pour se rendre h l'estomac , épuisé par des vomissemens continuels des boissons et des alimens, amaigri par un défaut de nutrition et par un affaiblissement qui indiquait un abaissement progressif de la vie, se présenta a nous, après avoir mis en usage toute espèce de traitement. Eh bien! je promenai, en présence de M. le docteur Bernardin, jeune médecin distingué, un fer rouge sur le devant du cou , et la face antérieure du thorax jusqu'au creux de l'estomac. Des compresses d'eau froide firent cesser les douleurs de la brûlure , et peu a peu le malade put avaler des livres de glace sans les vomir, et enfin prendre une nourriture facile a digérer et de plus en plus nourrissante. Le feu triompha donc de cet appareil alarmant de symptômes.

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